‹ Profils bretonsChapitre 12 sur 13 · M. DE BAUDRY D'ASSON · texte numérisé non relu

M. DE BAUDRY D'ASSON

Le voilà bien le chasseur légendaire de la Vendée, le petit-fils des combattants de la grande guerre, le député qui résista à la force armée cherchant à l'arracher d'une place où près de dix mille Vendéens l'avaient envoyé.

Regardez-le, son œil est doux, son apparence est paisible. Rien en lui n'indique J'homme qui, en pleine séance du Parlement, a crié : — Vive le Roi ! — le royaliste fidèle qui, jusqu'au dernier m^oment, a donné des preuves du plus grand dévoûment au comte de Chambord et que je retrouvais à Eu le jour où Mgr. le comte de Paris partait pour l'exil.

Peu de temps avant, je m'étais trouvé auprès de M. de Baudry d'k&%^\îi* Çi^vs^îv.'^

une de ces grandes cérémonies telles qu'en voit Notre-Dame de Paris une fois Tan, le jour de la réunion de tous les membres des cercles catholiques. Il marchait auprès du comte de Mun, Tinfatigable organisateur de toutes ces fêtes. Sa grande taille dominait toute lassistance. Certes, le peuple qui était là nombreux, regardait beaucoup le député de la Vendée dont la mâle figure avait bien là son cadre. Qui sait s'il ne songeait pas quand Tarchevêque, Mgr. Guibert, dit : — Benedicat vos — à ces mêmes mots prononcés, la veille du combat de Savenay, où uft Baudry d'Asson trouva la mort, par un recteur breton bénissant les hommes de saparoisse.

Hélas ! ces temps de la grande guerre ne

sont plus. Au milieu de notre époque tout s'est rapetissé, aussi les hommes comme

M. de Baudry d'Asson semblent-ils extraordinaires aux républicains qui ne peuvent comprendre une telle fidélité au passé.

La Bretagne est trop unie à la Vendée non seulement par des intérêts communs mais encore par le sang versé sur les

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champs de bataille en défendant une même cause, pour que M. deBaudry d'Asson, quoique Vendéen, n'occupe pas dans ces Profils Bretons la place à laquelle il a droit.

La famille de Baudry d'Asson est connue en Vendée depuis un temps immémorial.

Soit par de brillantes alliances, soit par une exploitatioa bien entendue de leurs immenses domaines, les Baudry d'Asson joignirent à la haute considération dont ils jouissaient une fortune considérable. Aussi quand, en 1793, la contre-Révolution éclata en Vendée, tous les paysans vinrent-ils demander à Tarrière-grand-père de M. de Baudry d'Asson de se mettre à leur tète.

Avec de tels ancêtres comment s'étonner que M. de Baudry d'Asson ait cette énergie et cette indépendance dont il nous a donné tant de preuves à la Chambre ?

Né en 1836 à la Rocheservière, M. de Baudry d'Asson avait donc quarante ans quand, en 1876, il se porta comme candidat à la députation pour le département de la Vendée.

Elu par 6,240 voix, il alla siéger à l'extrême droite auprès des Bourgeois, la Bassetière et Sabouraud.

En 1877, il n'hésita pas à donner un vr^'

de confiance au cabinet formé par le duc de Broglie. La Chambre ayant été dissoute^ il se représentait devant ses électeurs et était élu par 8,560 voix sur 9,397 votants.

C'est pendant la session de 1880-1881 qu'çut lieu à la Chambre un fameux incident qui fît alors tant de bruit. Le caractère fougueux de M. de Baudry d'Asson n'avait pu s'accommoder aux infamies sans cessé renouvelées des républicains. Un prince de la maison de Bourbon, don Carlos, venait d'être expulsé. Des prêtres avaient été chassés de leurs demeures. Des citoyens français étaient forcés de prendre le chemin de l'exil. C'en était trop pour M. de Baudry d'Asson.

Chaque fois qu'un républicain montait à la tribune, le fougueux député de la Vendée l'interrompait. C'étaient des phrases qui arrêtaient net l'orateur et l'empêchaient de continuer. Quelques-uns cherchaient à réfuter l'interruption, un dialogue s'engageait alors entre l'orateur et M. de Baudry d'Asson, à la plus grande joie de nos amis de la droite. Les républicains furieux demandaient la censure et le rappel à Tordre.

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