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MARIE ALEXIS VICOMTE DE

« Heureux l'homme qui, jeune et le cœur plein de songes meurt sans avoir douti de son cher idéal. »

Paul Bourget. — (La Fie inquiète).

e treize décembre i838 naissait à Chartres (Eure-et-Loir), rue des Lisses, un enfant qui devait être en France un des précurseurs de la musique de chambre réellement digne de ce nom. D'autres musiciens, avant lui, avaient bien tenté d'introduire dans notre pays ce genre jusqu'alors exclusivement réservé à la nation allemande; mais leurs tentatives, quoique louables, n'avaient abouti, à de rares exceptions près, qu'à Téclosion de compositions pour la plupart incolores et sans envergure.

Alexis de Castillon de Saint- Victor fut donc un des premiers à imprimer un cachet particulier aux pages intimes qu'il écrivit pour plusieurs instruments et qui dénotaient chez lui aussi bien un tempérament original qu'un goût très marqué pour les œuvres émanant des grands symphonistes d'outre-Rhin. Ces dernières avaient été

ses premières éducatrices ; mais l'étude approfondie qu'il en avait faite ne lui avait pas enlevé le style si original qui distingue ses premières Comme ses dernières créations. Aussi peut-on dire qu'il fut pour la musique de chambre ce que Berlioz avait été pour les grandes œuvres lyriques, c'est-à-dire l'artiste portant un coup fatal aux conventions, à la routine. Hector Berlioz était, du reste, un des compositeurs qu'il adorait et, lorsque l'on vilipendait devant lui les ouvrages du maître de la Côte Saint -André, il disait dans son entourage: «on verra dans vingt ans » ! La postérité lui a donné raison. Des natures de cette trempe ont été, comme Delacroix en peinture, des créateurs puissants, agissants, donnant l'idée d'une humanité plus forte et plus vivante. Voilà l'art pathétique au premier chef!

La vie d'Alexis de Castillon dut être mêlée de quelque amertume, puisque ses contemporains l'oublièrent un peu, pour ne pas dire beaucoup. Les générations futures rendront-elles à son très réel talent l'hommage qu'il mérite ? Nous le souhaitons vivement. Il se consola certes, comme César Franck, de cette indifférence et même de l'insuccès de quelques-unes de ses œuvres, lorsqu'il les présenta au grand public : il lui suffisait de se renfermer dans son temple pour adorer le Beau éternel. Si, de son vivant, la foule ne le connut pas, il eut en revanche l'estime et l'approbation de tous ceux qui avaient su distinguer sa forte nature de musicien. La Société nationale de musique, dont il fut un des fondateurs, lui rendit toujours pleine justice en faisant exécuter ses compositions ; le grand violoniste Ysaye, qui est un des fervents de cette Société, a fait entendre son beau Quatuor en la mineur pour cordes et le Quatuor en sol

mineur pour piano et cordes. Rendues par son archet magique, les beautés de ces pages fougueuses et tristement sentimentales vinrent en belle lumière. C'est qu'en effet, à côté de la puissance, c'est une impression de profonde tristesse qui se dégage d'œuvres dans lesquelles le compositeur a mis toute son âme; le sentiment d'une fin prématurée s'y laisse entrevoir. N'est-ce pas un phénomène étrange que ce jeune musicien trempant sa plume dans les larmes amères, dès l'enfance, pour raconter par anticipation ses désespérances, ses désenchantements, le néant d'une vie qui devait être brisée dans sa plus belle expansion? Et, cependant, cette tristesse, dont sont revêtues ses créations, n'est pas l'abattement du désespoir, ni la colère pleine de révolte. Elle est virile et résignée : c'est que l'on devine chez lui une grande religiosité qu'un de ses amis, M. le comte d'Osmont, a signalée dans Reliques et Impressions.

« Castillon était un croyant, il avait la foi ! la jeunesse... et sa place se trouvait marquée parmi cette pléiade de jeunes musiciens dont l'avenir s'entrouvre plein de promesses...

«Alexis de Castillon est mort en chrétien, aussi courageux devant l'Eternité que résigné à la douleur. Cependant cette nature d'artiste ne devait pas quitter la terre sans un salut, sans une marque d'affection... Car tous ceux qui l'ont connu l'ont aimé! Et, si j'ose écrire au courant de la plume ces lignes si imparfaites, c'est que j'ai été moi-même sous son charme. Aussi, aujourd'hui qu'il est remonté vers le Dieu de ses pères, dans le deuil de nos souvenirs nous voulons oublier le compositeur pour ne songer qu'à l'ami qui n'est plus.»

Notre rôle à nous esc de nous occuper de l'artiste Nous avons vu qu'il était né à Chartres, d'une famille noble dont plusieurs représentants témoignèrent des tendances assez marquées pour l'art musical. Son oncle maternel, M. de Montainville, avait un talent remarquable comme violoniste et était élève de Baillot. Son père, le marquis de Castillon, aimait également la musique et chantait assez agréablement *.

Dès la plus tendre enfance, le jeune Alexis de Castillon se révéla musicien et, à l'âge de quatre ans, il reproduisait sur le plus vulgaire des instruments, le flageolet, toutes les mélodies qu'il entendait. Jusqu'à l'âge de onze ans il resta chez ses parents, où il apprit le piano avec la plus vive ardeur. En outre, étant voisin de la belle et antique Cathédrale, il avait obtenu de l'organiste l'autorisation de monter aux grandes orgues et d'en jouer. Avec son tempérament musical s'épanouissant de jour en jour, quelle joie teintée d'une douce mélancolie il devait avoir à s'établir à cette tribune dans un jour voilé par les magnifiques vitraux, devant lesquels pâlissent les plus riches verrières du XIIIe siècle! Combien attirante cette solitude de la Cathédrale à l'heure où les fidèles en sont absents. Quel recueillement et quel agrandissement de la pensée, lorsqu'après avoir jeté un regard sur toutes les merveilles de la nef, surtout sur la

1 Voici les noms exacts de ses père et mère: Pierre-Guillaume-Félix de Castillon de Saint-Victor; — Marie-Victorine-Anastasie Texier de Montainville.

splendide clôture en pierre sculptée du chœur qui l'enveloppe comme d'une ceinture de dentelle, le futur compositeur montait au buffet des orgues, beau spécimen de la transition du style de l'ogive à celui de la Renaissance !

On conçoit l'enthousiasme de l'enfant, déjà subjugué par la Beauté, remué par l'idée de créer : c'est à lui qu'auraient pu également s'adresser les beaux vers dédiés par Paul Bourget à Vincent d'Indy :

« En ce siècle où les Dieux sont tous éteints, j'estime Que l'artiste est un prêtre et doit, pour rester tel, Dévouer tout son cœur à l'Art, seul Dieu réel, Comme un Consul Romain une dépouille opime. »

Ce fut bien en effet à l'Art qu'Alexis de Castillon consacra sa vie, avec cette persuasion toutefois que Foi et Art ne faisaient qu'un.

La fréquentation assidue qu'il fit des grandes orgues de la Cathédrale de Chartres et de celles de la chapelle du collège, où il avait poursuivi ses études, le familiarisa avec le mécanisme de cet instrument merveilleux, qui n'eut plus de secrets pour lui. L'étude patiente et passionnée des œuvres des grands maîtres d'outre-Rhin inculqua à ses travaux cet esprit germanique, tout de suggestion et de profondeur que l'on retrouve chez plusieurs compositeurs français de la fin du XIXe siècle. En certaines natures, cette greffe des idées germaniques paraît avoir étouffé et tari la sève ; chez d'autres, au contraire, plus fortement trempées et imbues de la discipline latine, elle n'a fait que donner une transformation heureuse à leurs concepts. Tel fut le cas pour Alexis de Castillon.

Dès son arrivée à Paris, Alexis de Castillon entra à l'Institution de la rue des Postes pour terminer ses études et se préparer à l'École Saint-Cyr. En même temps, sa famille lui donna comme professeur de musique M. Delioux, qui, après avoir concouru sans succès pour le prix de Rome, en 1847, et être sorti du Conservatoire dans l'année 1849, s'était livré spécialement à l'enseignement du piano.

Admis à l'École Saint-Cyr en i856, à l'âge de dixhuit ans, il suivit la carrière militaire non par goût, mais pour se conformer au désir des siens. A la sortie de l'École, il entra comme officier dans un régiment de cuirassiers, puis permuta peu de temps après dans les lanciers de la garde impériale. Le métier des armes n'était pas fait pour séduire une nature qu'attiraient les combinaisons harmoniques; aussi son séjour sous les drapeaux ne fut pas de longue durée. Entraîné par un penchant de plus en plus irrésistible vers la musique, notre futur compositeur donna sa démission. De son passage dans l'armée, il rapporta de fort jolies anecdotes musico-militaires, du Ramollot inédit, qu'il se plaisait à narrer entre intimes.

Libre de toute entrave, le voilà lancé à pleines voiles dans le travail assidu de la composition. Mais Bach, Beethoven, Mozart, Weber, Mendelssohn, Schumann, qui étaient ses auteurs préférés, ne suffisaient pas pour le perfectionner dans les études souvent ingrates de l'harmonie, delà fugue, du contrepoint! Un directeur lui était nécessaire. A qui s'adresser? Tout embarrassé, le

néophyte, écoutant les conseils de quelques amis amateurs, alla frapper à la porte de Victor Massé. L'auteur des Noces de Jeannette, dont nous n'avons pas ici à discuter les mérites ou le genre de talent, était-il de taille à influencer heureusement celui qui a écrit l'admirable et fantaisiste Quatuor? Nous ne le croyons pas. Après deux années d'études avec ce maître, Alexis de Castillon s'aperçut bien vite qu'il faisait fausse route et que la musique, ainsi comprise, ne lui donnait ni les satisfactions ni les jouissances qu'il en attendait. Désespéré, il en arriva même à regretter profondément la vie militaire et songea un instant à s'engager comme simple soldat aux spahis1, lorsque tout à fait inopinément il fit la rencontre de César Franck. Quel fut le trait d'union entre eux? Peut-être Henry Duparc, avec lequel il était très lié, ou encore Camille Saint-Saëns, qui lui avait voué une profonde affection. Quoi qu'il en soit, l'œuvre du musicien remarquable, dont le public n'a commencé à entrevoir le talent que du jour où il est mort, fut l'étoile lumineuse qui le guida vers les régions désirées. Loin de se poser en génie supérieur ou en professeur ex cathedra, César Franck se dévoila à lui comme l'homme simple par excellence. Cette simplicité du primitif et la science du grand artiste le conquirent immédiatement. Aussi, rentré chez lui, il déchira et livra aux flammes toutes ses compositions précédentes, désirant faire dater sa carrière musicale du jour de son entrée à l'école de Franck. C'est ce qui explique que le Quintette pour piano et cordes, œuvre d'artiste déjà mûr et réfléchi, porte le n° i des œuvres.

1 C'était avant la guerre de 1870-1871.

Ce fut chez César Franck qu'Alexis de Castillon fit connaissance avec les représentants de la jeune école française, notamment avec Vincent d'Indy. De ce dernier, il disait souvent aux siens: «Vous verrez qu'il arrivera loin! » A cette époque il y avait mérite à l'affirmer; car la personnalité du jeune musicien ne s'était pas encore dévoilée.

Sa liaison avec Saint-Saëns fut très étroite, et on le trouvait presque toujours, le lundi soir, chez l'auteur de la Danse macabre, alors que ce dernier habitait le faubourg Saint- Honoré. Il eut également en l'éditeur M. Hartmann un ami et un conseiller; ce dernier fut un des premiers à entrevoir les facultés du compositeur. Il possède encore une partie de ses œuvres manuscrites et non éditées.

Si Franck lui enseigna la composition, telle qu'il la comprenait lui-même, et lui ouvrit l'intelligence vers Gluck, Beethoven et Bach surtout, qu'il aimait profondément, Duparc et Saint-Saëns lui apprirent à connaître Richard Wagner: il est curieux toutefois de constater que, malgré la révolution opérée en lui par la notion de cet art si absorbant pour beaucoup de compositeurs, l'influence du vieux Jean-Sébastien Bach fut beaucoup plus forte dans ses œuvres. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire ses dernières compositions, les Danses barbares, les Pièces dans le style ancien, l'ouverture de Torquato Tasso et le Psaume pour soli, chœurs et orchestre. Et, cependant, un jour, dans son petit appartement de la rue Bayard, où il aimait à recevoir les jeunes et à les entretenir de ses idées artistiques, Vincent d'Indy, qui avait beaucoup de respect pour lui et le considérait comme son frère aîné en art, se rappelle qu'étant seul

avec lui, il se mit à exécuter la Méditation de Sachs au troisième acte des Maîtres chanteurs, que le futur auteur de Wallenstein connaissait à peine alors. Vers la fin de la scène, brisé par l'émotion, de Castillon alla s'agenouiller par terre contre le canapé, la tête dans les mains, et resta plongé dans ses méditations un temps assez long. Et ce n'était pas de la pose; car nul artiste ne fut plus naturel, plus franc et plus droit que lui.

A. de Castillon suivait également très assidûment les répétitions que dirigeait Pasdeloup dans la salle du Conservatoire et qui étaient consacrées à l'essai d'oeuvres nouvelles. Excellente coutume qui a été fort utile à nombre de compositeurs et qui est malheureusement tombée en désuétude ! En dehors des auteurs sur la sellette, les habitués de ces répétitions du mardi étaient : Georges Bizet, Octave Fouque, Vincent d'Indy, Henry Duparc, Camille Benoit, Robert de Bonnières.

Ne fut-ce pas à l'une de ces séances que prit naissance l'idée de la formation de la « Société nationale de musique » l, dont A. de Castillon fut jusqu'à sa mort un des membres les plus zélés?

La guerre de 1870 ne le laissa pas indifférent. Dès que la patrie fut en danger, il reprit son épée et combattit vaillamment à la tête des mobiles d'Eure-et-Loir. Bien que sa santé souffrît cruellement des fatigues et des

* Nous avons lieu de croire que les premiers pourparlers relatifs à la fondation de la « Société nationale de musique » eurent lieu chez M. Hartmann, éditeur, entre MM. Lalo, A. de Castillon, Bussine et Guiraud.

privations, rien ne put le décider à abandonner ses frères d'armes : ni les conseils de ses amis, ni ceux de ses chefs n'eurent d'empire sur lui. A tous il répondait : « Les gens comme nous marchent jusqu'à ce qu'ils tombent.» — Il ne tomba pas immédiatement; mais il rapporta de cette funeste guerre les germes du mal qui devait l'enlever trois ans plus tard, à la fleur de l'âge. Il faisait partie de la division Collin à la bataille du Mans, où sa brillante conduite le fit décorer.

Aussitôt la paix conclue, le compositeur reprit ses études musicales avec plus d'ardeur que jamais. On commença à entendre ses œuvres dans les grands et petits concerts; mais, il faut bien le dire, la malchance poursuivit ses exécutions. Le dimanche 10 mars 1872, Saint- Saëns jouait au quatrième Concert populaire, dirigé par Pasdeloup, le Concerto pour piano et orchestre. Le public, qui avait applaudi avec énergie la grande cantatrice Mme Viardot dans une scène d'AIceste de Gluck, siffla outrageusement le Concerto, dont l'originalité pouvait surprendre des oreilles non prévenues, mais qui, en raison de ses qualités, ne méritait pas un pareil accueil. On se souvient de Saint-Saëns quittant la salle au milieu du final, exaspéré et écrasant le clavier de deux formidables coups de poing.

Nous nous rappelons également à la Société nationale une exécution du Quatuor à cordes, où Lamoureux faisait la partie de premier violon. La chaleur était intense; dès les premières mesures la chanterelle de Lamoureux claque; on s'arrête forcément, le violon est remonté, on recommence. Vers la cinquantième mesure la nouvelle chanterelle casse! Nouvel arrêt; on reprend après l'introduction. Au même passage, rupture de la

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troisième chanterelle. On voit l'effet produit tant sur le public que sur le très nerveux et très rageur artiste (Lamoureux). Une autre fois, dans le Quintette, un altiste que nous ne nommerons pas, s'égare au milieu du développement et reste en avance de deux mesures sur ses partenaires pendant toute la durée du morceau! Castillon quitte la salle, et lorsqu'un de ses amis, outré, fait, après l'achèvement du Quintette, une observation à l'altiste en question, celui-ci lui répond flegmatiquement : «Oh! dans cette musique-là, cela n'a pas d'importance, c'est toujours faux ! »

Du reste, le public de cette époque n'était pas de force à comprendre l'œuvre d'Alexis de Castillon. «C'est de la musique de fou», disait-on le plus souvent1. Il n'est donc pas étonnant que le pauvre compositeur ait eu de terribles déboires dans ses exécutions, accentués encore par l'esprit peu ouvert des auditeurs. Nous devons toutefois signaler quelques éclaircies et réussites, qui durent relever un peu son moral. En mars 1872 la Société classique de MM. Armingaud, Jacquard, E. Lalo, Mas et Taffanel fit entendre son Quatuor pour piano et instrument à cordes: ce fut une très honorable revanche de l'insuccès du Concerto aux Concerts populaires. L'accueil fait à cette belle œuvre fut excellent; le Scherzando et le Finale, notamment, enlevèrent tous les

1 Dans ses Notes d'un librettiste, M. Louis Gallet raconte la petite anecdote suivante. « Un ami lui dit un jour : — Enfin, depuis le temps que tu travailles, quand seras-tu capable de faire seulement une petite opérette dans le genre de celles d'Offenbach ?

« — Oh, re'pondit de Castillon, avec une grosse importance malicieuse, il me faudra bien du temps !

« Et il faillait voir la mine déconfite du questionneur, se disant que, décide'ment, il avait devant lui un bien pauvre musicien.»

suffrages. Mais c'était surtout parmi un certain groupe d'artistes et d'amateurs admirablement doués que la musique de Castillon avait été appréciée dès son apparition. Nous avons assisté à des séances intimes, dans lesquelles la Sonate pour piano et violon ainsi que le Quintette pour piano et cordes transportaient exécutants et auditeurs.

Les fatigues de la guerre avaient malheureusement altéré sa santé. La tristesse l'avait gagné; il était même un peu amaigri, mais néanmoins toujours plein de foi en fart et en lui-même. Dans l'hiver de 1872- 1873 il fut en quête d'un climat plus clément, capable de lui rendre la santé et les forces qui déclinaient. Installé à Pau, puis au Château des Forges, au milieu de la famille d' Angosse, avec laquelle il était intimement lié, il put, sortant des brumes du nord, se retremper à la chaleur du soleil méridional. Il avait en face de lui ce merveilleux panorama des Pyrénées, revêtues de leur délicate robe bleue, comme tel paysage de Breughel de Velours; leur beauté sereine devait influer sur le tempérament d'un artiste comme lui et lui donner des illusions sur son avenir.

Une lettre, adressée au compositeur Paul Lacombe, le Ier novembre 1872, indique la quiétude relative dans laquelle il se trouvait. Nous croyons devoir la donner in extenso :

« Pau, Ier novembre.

« Cher Monsieur,

a. Je vous ai dit dans ma dernière lettre que j'avais été forcé par ma santé d'aller passer l'hiver dans un climat chaud, à Pau. C'est là que vos quatre morceaux pour piano et violon sont venus me retrouver. Je veux vous dire, sans tarder un

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instant, combien j'en ai été charmé. C'est d'un style très élégant et très hardi parfois, dans une grande correction d'écriture. Je suis bien flatté que vous ayez eu la bonne pensée de me les dédier. J'y vois en même temps une marque de sympathie de votre part et un grand honneur pour moi. Il me semble que vos pièces marquent encore un progrès dans votre talent, et je vous en félicite bien sincèrement; car n'est-ce pas là notre but à tous, et l'art ne peut subsister, je crois, qu'à la condition de toujours aller en avant. Je voudrais faire comme vous; je travaille un peu en ce moment, et j'aurai à vous faire connaître un Trio pour piano, violon et violoncelle, de toutes petites pièces de piano, et une grande Paraphrase d'un Psaume de David pour soli, chœurs et orchestre. Je voudrais que vous en fussiez content. En attendant, je vous donne rendez-vous pour cet hiver, car je pourrai retourner à Paris, je l'espère, aussitôt les grands froids passés. Merci encore, cher monsieur et de tout cœur pour votre si flatteuse dédicace. Je vous serre la main en bon confrère artistique et vous prie de croire à mes très sincères et dévoués sentiments.

« A. de Castillon. »

Dans ses moments d'accalmie, il orchestra le premier Impromptu en ut mineur de Schubert, qui fut exécuté aux concerts classiques du Casino de Pau (janvier 1873) l. Mais, rentré peut-être trop tôt à Paris, de Castillon fut atteint d'une fluxion de poitrine, qui l'enleva rapidement dans les premiers jours de mars 1873.

Ses amis éplorés suivirent son convoi à l'église, où Saint-Saëns donna une de ses meilleures improvisations

1 Voici un extrait d'une lettre qu'il e'crivait, à cette époque, à un ami de Paris, M. Emile Baudoux:

« Je fais exécuter ici par un très bon petit orchestre une transcription de Schubert, que je ferai aussi entendre à Paris. Car nous avons nos Concerts Populaires à Pau ! »

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sur le thème de X Andante de ce Concerto, qu'il avait, lui-même si vaillamment défendu devant le public houleux des Concerts populaires. L'émotion fut grande. On pleura la perte de l'ami aussi bon que dévoué et du compositeur qui avait déjà donné de si belles promesses à l'art.

La Revue et Gazette musicale du 9 mars 1873 annonçait en ces termes sa fin prématurée :

« M. Alexis de Castillon, l'un des plus vaillants parmi les champions de la jeune école française, vient de mourir à Paris, à la fleur de l'âge, d'une maladie de poitrine. Ce sympathique artiste a produit des œuvres instrumentales qui ont été très remarquées, quoique l'inspiration soit inégale, et de la plupart desquelles les musiciens font grand cas. M. A. de Castillon appartenait à l'une des meilleures familles de France. »

Depuis sa disparition, plusieurs de ses œuvres ont été entendues avec un certain succès. Le dimanche 4 mai 1873, dans un concert à orchestre donné au théâtre de l'Odéon par la Société nationale de musique, sous la direction d'Edouard Colonne, on exécuta la Suite d'orchestre. Si la pensée parut un peu contournée dans le premier morceau, la verve et l'originalité des autres parties, notamment de la Danse guerrière, furent très appréciées.

Le Psaume pour soli, chœurs et orchestre fut loin de trouver un accueil aussi flatteur auprès du public, lorsqu'il fut joué le 16 mai 1874 à la Salle Herz, sous la direction de la Société nationale de musique. Mais à qui la faute? Pas à l'œuvre, certes, mais bien à l'interprétation plus que bizarre de la partie de ténor. César Franck et Vincent d'Indy s'étaient évertués à faire travailler les

artistes et les chœurs; l'exécution s'annonçait bien. Le soir même du concert, Vergnet prévient la Société qu'une indisposition l'empêchera de venir chanter la partie de ténor. Navrés, les organisateurs renoncerontils à l'exécution? Où trouver un ténor assez musicien pour apprendre son rôle en vingt minutes! A ce moment, plusieurs musiciens donnèrent l'assurance que M. Cerclier, la trompette de l'orchestre, professeur au Conservatoire, avait une admirable voix de ténor et qu'il serait en mesure, si on le voulait, de chanter la partie. Faute de mieux, on accepte. Arrivé à son premier solo le malheureux artiste fit entendre un organe tellement grotesque et une diction si commune que la salle fut prise d'un fou rire qui ne s'éteignit qu'au dernier chœur.

Enfin nous arrivons aux exécutions merveilleuses qu'Eugène Ysaye a données de certaines pages d'Alexis de Castillon. Nous nous souvenons encore de la séance de musique de chambre organisée par lui et ses partenaires MM. Crickboom, Van Hout et J. Jacob, à la Salle Pleyel, le n mai 1894, avec le concours de MM. Vincent d'Indy, Marchot et Auguste Pierret. Jamais le Quatuor en la mineur (op. 3) pour deux violons, alto et violoncelle, et le Quatuor en sol mineur (op. 7) pour piano, violon, alto et violoncelle n'étaient apparus aussi lumineusement dans tout le rayonnement de leur beauté et de leur puissance. C'est que le « Quatuor Ysaye » ne forme pour ainsi dire qu'un seul et unique instrument, dont les éléments exécutent les traits avec une régularité mathématique, avec le même coup d'archet, donnant à la phrase les mêmes intensité et valeur d'expression et inculquant au morceau le sentiment que l'auteur a

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voulu. Il en résulte une unité merveilleuse que l'on rencontre rarement chez les quartettistes, artistes de grand talent certes, mais n'ayant pas travaillé de longue date ensemble et ne possédant pas cette homogénéité qui fait la force du Quatuor Ysaye. Ajoutons que les nuances et les accents ont pris dans la musique moderne un grand développement, qui nécessite des études plus particulières, plus longues que pour les œuvres moins compliquées des maîtres d'autrefois. Chez Alexis de Castillon l'introduction des styles dramatique et descriptif dans la symphonie, dans la musique de chambre, la recherche de combinaisons harmoniques nouvelles, l'application même à l'art musical des idées philosophiques, doivent forcer les interprètes de ses œuvres à pénétrer plus avant dans l'étude de l'expression et du sentiment pour acquérir les qualités qui y correspondent.

La pensée chez Alexis de Castillon est toujours empreinte de grandeur, éloignée de toute banalité. Ce qui constitue le mérite de son art, c'est l'invention, aussi bien que l'élévation de ses œuvres; cet art exprime l'émotion dramatique revêtue d'une teinte de tristesse, «la mélancolie de la vie». Le sentiment en est absolument poétique; mais l'exécution n'est pas toujours à la hauteur de l'idée. Si la couleur est puissante, le dessin manque souvent de correction, l'ordonnancement est quelquefois fautif. Le sujet est exposé avec ampleur; parfois il se dérobe. L'œuvre n'est pas égal; aussi doit-on

l'embrasser par l'ensemble et non par le détail. Et c'est en cela surtout que nous trouvons une affinité entre lui et Hector Berlioz.

Chez l'un comme chez l'autre, le plan et l'harmonie générale sont le plus souvent grandioses; la pensée plane sur les hautes cimes. Mais la main trahit quelquefois l'artiste : de là des trous, des lacunes, des imperfections dans les détails.

Alexis de Castillon ne fut jamais satisfait, lui-même, de ce qu'il faisait. Toujours plongé dans des recherches incessantes, il fuyait le monde pour arriver plus rapidement au but qu'il entrevoyait, mais qu'il ne croyait pas avoir encore atteint.

Empruntons à M. Louis Gallet ce passage de ses Notes d'un librettiste indiquant les théories du musicien, sa manière de composer : « Les développements de l'idée lui venaient toujours avant l'idée même; en d'autres termes il s'appliquait à simplifier les traits spontanément éclos dans son cerveau pour en arriver à l'essence pure de cette première inspiration; il reprenait enfin ses idées premières, pour en faire les développements de ce thème musical, issu plutôt d'un martelage opiniâtre que d'un véritable premier jet. »

Nous avons laissé entendre que deux influences apparaissaient visibles chez Alexis de Castillon, celles de Bach et de Berlioz. On en découvre encore deux autres, celles de Beethoven et de Robert Schumann. Cette quadruple parenté sera révélée au fur et à mesure que nous étudierons ses compositions.

Lorsque l'on jette un coup d'œil sur le catalogue de ses œuvres, on voit de suite que la musique de chambre est celle qui l'a passionné le plus vivement; c'est donc

par elle que nous débuterons dans notre examen critique.

La Sonate pour piano et violon (op. 6), dédiée à E. M. Delaborde, est, sans nul doute, beaucoup trop développée; des coupures habilement faites allégeraient l'œuvre et lui donneraient une tenue plus serrée. Mais que de beautés à signaler et comme l'auteur a été souvent bien inspiré! Il y a là des pages dignes de Beethoven et de Schumann. Dans toute la première partie de Y Allegro moderato, le violon, sur une tenue prolongée à la basse du clavier avec les notes la, mi et ré en doubles croches pendant trente-deux mesures, dessine pianissimo le motif qui doit s'épanouir dans sa forme définitive à la cinquantequatrième mesure: Sorte de mystère d'harmonie, qui fait songer à une symphonie champêtre, à un lever de soleil et que l'auteur développera avec une certaine habileté dans le cours du morceau, jusqu'à le transformer en fugue au piu vivo (j 112). La conclusion est superbe, d'une fougue magistrale et rappelle par son style romantique, telle page de Robert Schumann. Dans Y Allegro scherzando, un peu haché comme certain fragment symphonique de Berlioz, s'élève très haut une large et émouvante phrase que n'aurait pas désavouée le Maître de Zwickau. UAndante est absolument beau, et nous ne voyons rien à y retrancher : c'est une lamentation que fait entendre le violon, soutenu par une sorte de pédale du clavier avec les notes ut et ré, méthode chère au compositeur et qu'il a employée souvent. Puis la plainte mélodieuse devient plus haletante et se résout, par un crescendo habilement amené, dans une violente explosion. Le Final {allegro molto) est beaucoup trop étendu; mais il se recommande par une fougue toute particulier

et par une phrase d'une large envolée que l'auteur y a introduite. On pourrait regretter que le premier motif si plein d'entrain et saccadé, dessiné par le clavier d'abord, alors que le violon soutient le trille â'nt sur la quatrième corde, soit maladroitement développé.

Dédié à Madame la marquise d'Angosse, le Quintette pour piano, deux violons et violoncelle (op. i), est peut-être de toutes les œuvres de musique de chambre dues à la plume d'Alexis de Castillon celle qui est la plus connue. U Allegro moderato à quatre temps débute par un thème dessiné tout d'abord par l'alto, le violoncelle et le clavier à la basse, alors que la main droite du pianiste frappe régulièrement à l'octave la note mi (huit croches par mesure), puis le second et le premier violons entrent tour à tour et le tout se résout dans un superbe forte : ce thème d'une magnifique envolée, que l'on peut considérer comme le monogramme du compositeur, sera développé dans tout le cours de Y Allegro avec des épisodes qui en dérivent. Nous aimons moins la deuxième partie, dont le début est pénible, haché, mal présenté. On devine que l'auteur a été quelque peu embarrassé pour lier cette partie à la première. Le Scherzo à 6/8 est charmant; le motif syncopé dessiné par le clavier auquel répondent les cordes est d'une heureuse invention et rempli d'humour; à la lettre C le sujet, avec ses tenues des instruments à cordes et les traits en staccati du piano, fait songer à une scène champêtre. \J Adagio, qui est lié au Finale, débute par une superbe exposition (maëstoso), que traverse le souffle du grand Bach, pour aboutir à une de ces phrases adorablement belles, empreintes d'un sentiment passionné, dans lesquelles se révélait le cœur d'Alexis de Castillon. Quant au Finale

{Allegro niolto), qui est fort court, il n'est que le développement du thème initial, si magistralement exposé dans Y Adagio.

Que dire du Quatuor à cordes en la majeur (op. 3), des deux Trios pour piano, violon, alto et violoncelle en sol mineur (op. 7), des diverses compositions pour le clavier, etc.! Elles portent toutes la griffe du compositeur et laissent entrevoir son originalité. Tout en accueillant les idées des maîtres qu'il vénère et qu'il a étudiés, de Castillon est toujours bruissant de ses propres pensées; quiconque aura été initié à ses travaux reconnaîtra sa facture, nous pourrions dire sa maîtrise. Par cette raison seule il aurait droit à être classé dans la phalange des êtres de çénie.

Dans son œuvre symphonique ou dans les compositions écrites pour soli, chœur et orchestre, nous choisirons l'Ouverture de Torquato Tasso (1871), les Esquisses symphoniques (1872) et la Paraphrase du 84* Psaume (1872).

L'Ouverture de Torquato Tasso, d'après le drame de Gœthe, a été écrite et terminée au Château des Forges, dans les Basses -Pyrénées, le 3 octobre 1871, aussitôt après la guerre. On aurait dit que les fatigues morales et physiques résultant de la funeste campagne de 1870-1871 n'avaient fait qu'activer en lui les idées créatrices; car ce fut presque coup sur coup que furent composées les trois œuvres indiquées ci-dessus, et elles ne sont pas les moins belles parmi les pages émanant de sa plume. L'Ouverture de Torquato Tasso est inédite; la Société natio-

nale de musique la fit exécuter pour la première fois dans l'année 1892. C'est une œuvre profondément dramatique qui serait parfaite si des longueurs ne venaient la déparer. L'auteur, lui-même, reconnut la nécessité de faire des coupures qui sont indiquées sur la grande partition d'orchestre manuscrite ; en outre, lors de l'exécution de l'œuvre par la Société nationale de musique, le Comité et Vincent d'Indy jugèrent indispensable d'en pratiquer une nouvelle, de la lettre U à la lettre V. Le début (Andante con moto) est un superbe lamento, dans lequel se dessinent des traits de violons et violoncelles et qui va s'accélérant jusqu'à Y Allegro, dont la phrase romantique et syncopée change rapidement de ton, suivant un procédé cher au compositeur. Sur une entrée de clarinette à la lettre E s'épanouit une phrase charmante d'une pénétrante émotion, qui est la caractéristique du talent de Castillon; elle se développe avec une profondeur étonnante. A la lettre O (Andante) des appels de trompettes se font entendre pianissimo, avec de grandes tenues du Quatuor, qui rappellent un peu l'Ouverture de Léonore; le motif, qui a été exposé dans la douleur, est repris dans le triomphe. A Y Allegro maestoso il se transforme en une fugue intéressante, mais trop longue. Puis la phrase si belle du milieu se reproduit dans des tons différents et avec un développement Beethovenien. La fin est mouvementée et très brillante.

Dédiées à Edouard Lalo, les Esquisses symphoniques (op. i5) ont été achevées à Paris le i5 juin 1872. Elles se composent de quatre parties : I. Prélude. — II. Gavotte. — III. Allegretto. — IV. Retour du Prélude et Finale. D'un sentiment Schumannien avec une conclusion développée dans le style de Wagner est X Adagio canta-

bile du Prélude. C'est le quatuor à cordes qui présente le thème auquel répondent par intervalles les bois; les violons le redisent bientôt à l'aigu avec sourdines ; puis, au poco accelerando, un air de danse très caractéristique vient interrompre pour quelques instants le beau motif du début qui est repris par les violons sur la quatrième corde avec quelques instruments à vent à l'unisson. La Gavotte, dont l'idée première est contenue dans l'air de danse du Prélude, est absolument charmante et rappelle quelque peu telle page de X Artésienne. Au poco meno mosso apparaît un Trio d'une couleur très primitive dans un mouvement lent, confié d'abord aux violoncelles et aux bois, et qui se développe en canon. Comme conclusion, le motif de la Gavotte. C'est la clarinette qui expose dans Y Allegretto un motif de style populaire fort gracieux et traité avec beaucoup d'habileté. Au début du Finale l'auteur fait revenir le chant du Prélude et le thème de la Gavotte. \J Allegro deciso n'est que le développement du premier thème de l'Introduction avec quelques effets rappelant le faire de Saint-Saëns. On devra signaler, à la lettre B, la phrase romantique et si expressive présentée par les bois, puis à la lettre H Y Andante dans le style de Haendel.

La Paraphrase du 8<f Psaume, sur les paroles françaises de Louis Gallet, porte, sur le manuscrit de la grande partition d'orchestre, le n° 17 des œuvres et fut dédiée au maître César Franck. Elle a été achevée au Château des Forges le 9 septembre 1872. L'œuvre débute par un prélude instrumental assez fantaisiste, évoquant le souvenir, en tant que contexture des traits confiés aux violons, de telle page d'Edouard Lalo et s'enchaînant avec le n° 2 (chœur d'introduction et Mélopée). Un des-

sin des violoncelles, dont l'idée première est en germe dans le Prélude, débute à découvert et persiste dans tout le cours du morceau; rien de plus suave et de plus divin que le chœur sans accompagnement répondant aux violoncelles : Éternel vers toi... Au poco pin mosso s'épand le chant du ténor : Comme l'enfant, mélopée absolument ravissante, remplie de jolies modulations avec une conclusion digne de Berlioz. Cette page est, selon nous, avec le n° 5, Strophes du chœur, la plus belle du Psaume. Très original, dans le n° 3 Lento à 6/4, ce trait lié des premiers violons à découvert, accompagnant en sourdines et enlaçant pour ainsi dire la voix du soprano solo. Tel le dessin du violoncelle solo dans l'air du Pater extaticus des Scènes de Faust de Robert Schumann. D'un sentiment pastoral au début, le chant Les passereaux ont des ailes s'élargit bientôt et devient chaleureux comme une page du maître de Zwickau.

Le n° 4 (air de basse avec chœur d'hommes), dans le style de l'Oratorio, est peut-être moins personnel.

Mais voici les strophes du chœur (n° 5 Maëstoso con moto), inspiration géniale du compositeur. Les timbales attaquent vigoureusement, les instruments à vent leur répondent, puis le chœur entonne : Dieu de Jacob, Dieu des armées. Les fanfares de trompettes dominant par moments les masses chorales donnent à ce morceau une allure superbe et magistrale.

Passons le n° 6, Duo pour soprano et ténor, qui se lie au morceau précédent, pour arriver au Finale, double chœur et soli, écrit dans le même sentiment que le chœur avec strophes (n° 5), dans lequel se développe une magnifique phrase exposée par les basses, reprise par le chœur, absolument inspirée par le Maître, auquel de Cas-

tillon avait voué une admiration particulière, Robert Schumann !

Que de pages intéressantes nous aurions encore à citer, les cinq airs de danse, les trois pièces dans le style ancien, la Marche Scandinave, les symphonies et la messe inachevées, le Concerto pour piano et orchestre! Espérons que nos chefs d'orchestre, renseignés sur la valeur de ces œuvres, auront l'heureuse idée de les produire : nous leur promettons un véritable succès, car le public musicien est aujourd'hui assez avancé pour les comprendre et les apprécier.

Nous avons sous les yeux, au moment où nous écrivons ces lignes, le portrait d'Alexis de Castillon. Ce fut un grand garçon blond, avec la moustache et les côtelettes, la mâchoire inférieure proéminente, un peu de bleu de pervenche dans les yeux, pétri de distinction, ayant gardé de son passage dans l'armée les apparences d'un élégant officier de cavalerie; aussi était-il impossible, à première vue, de le prendre pour un artiste. Il fut un véritable charmeur, très apprécié dans le monde qu'il fréquentait, très aimé de tous ceux qui, l'ayant approché, avaient pu découvrir sa bonté, sa nature affectueuse.

Le premier abord était froid et ne permettait pas d'entrevoir cette nature complaisante qui ne savait rien refuser aux artistes, aux jeunes talents de son entourage. Le mariage ne le tenta pas, par suite de la consécration de sa vie à l'art musical.

L'intelligence était grande. Lorsque la glace était rompue, la verve débordait, surtout dans l'intimité! Mais, éloigné de plus en plus par tempérament de la vie active, il se réfugia dans le rêve : de là un grand fond de mélancolie, dont la trace est visible dans la première comme dans la dernière de ses œuvres.

CATALOGUE

Op. i. Quintette pour piano, deux violons, alto

et violoncelle Durand.

Op. 2. Fugues dans le style libre pour piano . . Heugel.

Op. 3. Quatuor à cordes en la mineur .... Heugel.

Op. 4. Ier trio pour piano, violon et violoncelle. {Inédit).

Op. 5. iie Suite pour le piano (I. Canon. II. Scherzo. III. Thème et variations. IV. Gavotte.

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