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Le second motif qui se détache, en contre-temps, sur le premier est une véritable trouvaille; le charme en est pénétrant. Au mineur, le chant qui doit venir bien en dehors, nous rappelle les fines pages de Schumann et, lorsque le premier motif se représente avec largeur et vigueur, l'émotion ne fait que croître. Nous voudrions entendre cette belle composition exécutée par l'orchestre du Conservatoire.
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h' Allegro vivo est un morceau de fantaisie qui nous remet en mémoire telle page champêtre de Frédéric Kiel. C'est vif, pimpant et plein d'humour.
Nous aimons moins le final, dont la carrure et l'idée feraient plutôt songer à un divertissement ou à une scène de ballet qu'à un dernier morceau de symphonie. Il est à remarquer du reste que tous les compositeurs, à peu d'exceptions près (et dans ces exceptions il faudrait compter Beethoven), ont été généralement moins bien inspirés pour le final que pour les autres parties de l'œuvre symphonique.
L' Aubade printanière (op. 37) et la Sérénade catalane (op. 39) pour orchestre ont été conçues dans un sentiment moins profondément artistique; elles ont été composées en vue d'être exécutées devant un public aimant surtout les œuvres qui ne viennent à l'encontre ni de ses habitudes ni de sa quiétude. Elles n'en sont pas moins musicalement écrites. Dans Y Aubade l'auteur nous mène gaîment, par une belle matinée de printemps, dans les sentiers fleuris. La nature est en fête; les effets d'ombre et de lumière se voient au loin dans les allées du parc. Tout cela est franc d'allure, sans prétention. Peut-être, aurions-nous à critiquer le mouvement en forme de danse qui domine dans tout le morceau. — La Sérénade catalane, bien qu'inspirée par des motifs pris au delà des Pyrénées, a un caractère très individuel. Nous y avons relevé des effets piquants de basson et un joli motif confié au violoncelle.
Dédié à Mme Roger-Miclos, le Divertissement (op. 40) pour piano et orchestre a été couronné par la Société des compositeurs de musique, au concours de i885. Le prélude est un peu cherché; c'est un hors-d'œuvre dont
pourrait se passer, selon nous, cette page fort bien écrite, lestement enlevée, très intéressante dans ses développements, et qui nécessite de la part de l'exécutant une prestigieuse virtuosité.
C'est un souvenir non équivoque du style de Chopin qui a inspiré P. Lacombe, lorsqu'il a composé le <f Impromptu pour piano (op. 42) dédié à Mme Bordes- Pène. Il devait certes cette dédicace à la vaillante artiste, qui a su si bien mettre en valeur les œuvres de la jeune Ecole. Dans ce trait au tissu léger procédant par chromatique, dans sa grâce un peu subtile, nous retrouvons le faire du Maître au talent original qui passionna toute une génération. Mais, tout en puisant comme bien d'autres à cette source enchanteresse, le compositeur s'est bien gardé de toutes réminiscences, de nature à enlever son mérite à cet Impromptu, qui doit être exécuté simplement et sans affectation.
U Album pour piano (op. 46), dédié à Louis Diemer, se compose de six morceaux portant tous un titre différent. C'est une sorte de programme, dont l'auteur a cherché à rendre la pensée de la manière la plus exacte. Dans Nuit étoilée nous écoutons le charmant dialogue de deux âmes très éprises sous le ciel constellé d'étoiles. L'accompagnement en triolets donne à l'ensemble le calme voulu; la phrase mélodique s'épanouit le plus adorablement du monde au tempo primo (pianissimo). Peut-être adresserions-nous une critique à cette fusée, qui, au clavier, a la prétention de faire songer à l'étoile filante! C'est un hors-d'ceuvre dans cette fine page! — Très bien venu, cet allegro con moto, A travers champs, avec ses changements de modulations, où la note mendelssohnienne perce tant soit peu! — Dans la Valse nous
remarquons un jeu de quintes très bien présenté, très original. — Le Chant du pâtre est dans la note voulue; la fin est très élégante. — En poste est plein de vie, de mouvement; la facture en est très carrée; le morceau est difficile à exécuter pour bien marquer surtout les coups de fouets et les grelots.
La Marche êlégiaque (op. 5o) est un petit tableau dans lequel se dessine tout d'abord une marche funèbre très caractéristique, annoncée par les timbales; au second plan apparaît un épisode tout de charme, dans lequel la flûte et le cor anglais, soutenus par les harpes, laissent échapper des notes cristallines, et que le quatuor reprend avec chaleur. C'est une page ensoleillée qui fait songer à telle impression musicale du regretté G. Bizet. Dans les sanglots de l'orchestre réapparaît le motif initial qui reçoit une énergie nouvelle du mélange des rythmes à trois et à quatre temps. Puis, graduellement, la marche funèbre s'éteint en une sorte de glas sur une quinte de la tonique.
Un sentiment à peu près identique a inspiré le compositeur, lorsqu'il composa, dans la même année 1889, les Amours posthumes sur les vers d'Armand Sylvestre.
Quand j'irai dormir sous les saules, Où dans l'ombre tu m'attendras, J'enfermerai dans mes deux bras Ta tête blonde et tes épaules.
Nous serons deux morts amoureux, Et nos baisers, parmi les herbes, Feront croître des lys superbes, Mêlant leurs calices peureux. . . .
La phrase mélodique, traduction parfaite de cette poésie mélancolique, rappelle les échos de telle page de Schubert ou de Schumann.
La Suite pour piano et orchestre nous a plu extrêmement, lorsque nous avons eu le plaisir de l'entendre exécutée, à la Salle Pleyel, par Mme Roger - Miclos. L'orchestre y joue un rôle prépondérant. Le prélude n'est pas la partie la mieux venue; mais, aussitôt que nous pénétrons dans l'Allégro giocoso, la franchise du dessin mélodique et rythmique s'accuse très nettement; l'intermède à cinq temps est bien imaginé. Voici la page la plus réussie du Concerto: le Largo à 9/8! au début, choral de l'orchestre, sur lequel vient se greffer une ravissante phrase mélodique, d'un style un peu archaïque, qui persiste jusqu'à la fin sans retour sur ellemême. — La phrase du piano solo est très profonde de sentiment ; elle est reprise bientôt par l'orchestre et se développe pendant que le clavier égrène ses plus jolies notes. Quant au Presto, c'est une partie très brillante, alerte, bien écrite pour l'instrument, s'achevant par une cadence brillamment enlevée. L'intérêt est d'autant plus vif que l'auteur a su habilement ramener les motifs des quatre morceaux du concerto.
Composée à la même époque (1889) la Rapsodie pour violon et orchestre débute par une phrase légèrement exotique, qui se développe sans recherche. Puis survient un motif à cinq temps, très large et soutenu par les accords vigoureux de l'orchestre. A remarquer également la phrase épisodique sur la quatrième corde, qui a bien le caractère rapsodique, tout en étant très personnelle. Ce mouvement de rapsodie s'accuse de plus en plus nettement, jusqu'à la conclusion aboutissant à un trait vertigineux du violon.
La Ballade pour orchestre, exécutée au Concert donné parla «Société nationale de musique» à la Salle
d'Harcourt le 27 janvier 1895, est écrite dans une forme concise. A l'exception d'un mouvement à trois temps, très court, qui se trouve dans la partie médiane, sorte de petite marche funèbre avec deux pédales, l'une inférieure, l'autre supérieure (cette dernière donnant l'effet de cloches lointaines), tout le reste du morceau est bâti sur la phrase du début. Elle s'épanouit à la fin dans un majeur très franc de rythme et de mélodie, dont l'orchestration est absolument réussie. Au-dessus des harpes, flûtes, clarinettes et du quatuor divisé en sourdines, est superposé à l'octave le Violon-solo, sans sourdine. Il y là un effet de léger balancement, une sonorité délicieuse, un charme enveloppant.
Le compositeur, nous devons le mentionner, a fait souvent d'heureux essais dans l'emploi de mesures variées; celle à cinq temps lui est familière. Nous la trouvons dans la charmante Gavotte pour le piano; cela coule de source; de plus l'idée musicale est charmante et bien à lui. C'est une page-sœur des Esquisses et souvenirs.
Lors d'une excursion aux contrées méridionales de la France, nous avons pu accepter l'aimable invitation que nous avait adressée Paul Lacombe : les deux journées passées à Carcassonne et dans ses environs doivent compter parmi les jouis fastes. Cette visite, du reste, répondait au désir qui nous hantait, de longue date, de contempler cette antique Cité, défendue par sa double enceinte de murailles et de tours, dont les vestiges admirablement conservés, grâce aux efforts de Viollet-
Le- Duc, se dressent fièrement sur la colline, toute voisine de la ville basse et que sépare la jolie rivière de l'Aude. En parcourant ces curieux chemins de ronde, ce vieux donjon, ces tours presque toutes dissemblables et merveilleusement organisées pour la défense, en admirant ces puissantes portes, notamment celle dite Narbonnaise où se voit le buste informe de dame Carcas, ces hautes murailles, l'ancienne cathédrale des XIIe et XIVe siècles, Saint-Nazaire, remarquable par son transept à double rangée de colonnes peut-être unique au monde, ses beaux vitraux, ses tombeaux, nous ne pouvions nous empêcher de remarquer quel violent contraste cette architecture d'autrefois comparée à celle de nos jours établit entre l'homme ancien et l'homme moderne. La lutte pour la vie s'y faisait sentir plus durement. Il semblait qu'en pénétrant dans cette place forte du moyen âge, nous allions voir apparaître ces ancêtres, bardés de fer, toujours prêts au combat, ce farouche Simon de Montfort, dont la haute stature le faisait distinguer dans les batailles, et qui n'avait qu'à brandir son sabre pour mettre en fuite ses ennemis. Ce fut lui qui, nommé chet de la croisade contre les Albigeois en 1209, prit d'assaut Béziers et Carcassonne : son tombeau, une simple plaque tombale, se trouve dans la vieille église Saint-Nazaire.
La ville basse, elle, a remplacé sa ceinture de remparts par de belles allées tournantes, couvertes de hauts platanes qui donnent, dans la saison d'été, aux habitants un ombrage rafraîchissant. Bâtie sur un plan régulier, entourée de jolies prairies arrosées par la rivière de l'Aude, Carcassonne a un aspect tranquille et reposant. Ici, plus de souvenirs sombres du moyen âge; la vie y est facile : un square ombragé, couvert de gazons verts
et de fleurs, au milieu desquels émergent de gracieuses et sveltes statues en marbre blanc, un intéressant musée qui possède un des plus séduisants Chardin que nous connaissions, une de ces natures mortes où la magie de la palette du peintre se révèle par les colorations ravissantes, les gammes les plus variées, le rose, le bleu, le blanc surtout à faire pâlir tous les blancs de ses émules! Nous y avons vu encore, dans ce petit musée, de belles pages des maîtres anciens et modernes : des fleurs un peu tristes, mais élégantes, de Monnoyer, une coupe de cristal entourée de fleurs de Van Spaendonck, deux jolis portraits de femmes de Subleyras, une vigoureuse tête de soldat de Salvator Rosa, une nature morte de Jean- Baptiste Weenix; puis dans la galerie Courtejaire, un combat de Romains et de Gaulois de Luminais, le Départ des hirondelles de notre compatriote Hanoteau, un Caïn et Abel du sculpteur Falguière, une belle toile orientale de Benjamin Constant, etc.
Les habitants ont la politesse et l'élégance de mœurs qui distinguaient déjà, du temps des Romains, la Narbonnaise, et qui faisaient dire à Pline : « C'est plutôt l'Italie qu'une province. »
Dans ce milieu tranquille, Paul Lacombe s'est créé un intérieur charmant, que ses goûts, servis par une belle aisance, l'ont amené à embellir. La façade de la maison donne sur les boulevards : un vaste et large escalier, comme on savait si bien les établir autrefois, conduit au palier du premier étage, orné d'une magnifique tapisserie des Flandres; c'est la préface de la demeure d'un artiste. Le cabinet de travail, de grande dimension, se présente sous le plus séduisant aspect : ce sont de belles toiles suspendues au mur, le portrait de son père, très fine-
5o PROFILS D'ARTISTES CONTEMPORAINS
ment peint par un artiste de la localité; une Vénus endormie, dont le faire et les carnations font songer à la Faucheuse de Natoire du Musée de Nîmes; des gravures, des dessins accrochés çà et là dans un pêle-mêle artistique, de gaies faïences du Midi qui viennent jeter le reflet de leurs fraîches colorations sur les meubles et les tentures. Une riche bibliothèque, renfermant nombre de partitions élégamment reliées, complète cet ensemble.
Puis, notre compositeur a le bonheur de s'être entouré d'amis qui cultivent également les arts. Il suffit de pénétrer dans l'hôtel princier de la famille de Rolland pour reconnaître que la musique y est en grande estime, qu'elle y est même prépondérante. Dans la saison hivernale ont lieu, tous les lundis, des séances où s'exécutent les pages des grands compositeurs. Le maître et la maîtresse de la maison se tiennent au courant du mouvement musical et font avec la plus grande amabilité les honneurs de leur sanctuaire artistique. Ce sont des réunions intimes qui viennent charmer les longueurs de l'hiver et permettent de faire connaissance avec les œuvres les plus récentes, avec les partitions, avant même qu'elles aient vu le feu de la rampe au théâtre ou au concert.
On comprend mieux alors la vie de Paul Lacombe, apparaissant à intervalles irréguliers sur la scène parisienne et trouvant dans son entourage les éléments d'une excitation au travail et le commerce constant des belles-lettres.
En été, il va se reposer et travailler aussi dans cette propriété de la Forge, près Montolieu, qui était autrefois occupée par des usines et a été convertie depuis en lieu d'agrément. L'habitation est enfouie dans une gorge étroite de la Montagne-Noire, chaîne parallèle aux Pyrénées et à laquelle on arrive peu à peu, sans que l'ascen-
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sion soit très sensible ; elle est assise aux bords d'un petit gave, dont la chanson ne cesse de se faire entendre. La gorge est boisée; au feuillage des chênes verts se mêlent les fleurs si délicates des rhododendrons qui y ont été jetés à profusion et dont les hautes tiges s'élèvent au milieu d'une frondaison assez dense et à travers les herbes folles. Un jardin, où la nature a été plus cultivée, envoie au loin les douces odeurs des fleurs qui l'embellissent, et un superbe tilleul vit en excellente harmonie avec des magnolias et un palmier qui résistent aux rigueurs de l'hiver.
Des hauteurs environnantes, la vue est des plus étendues : on perçoit fort bien, lorsque souffle le vent marin, la chaîne neigeuse et teintée de bleu des Pyrénées, ainsi que le Canigou, sommet le plus élevé des Pyrénées orientales. Sur le premier plan et, dans un air tout vibrant, s'accusent les arêtes rondes des collines, plutôt couvertes de moissons que de bois. De jolies fleurs s'épanouissent le long des pentes : le chèvre-feuille odoriférant, le poisfleur, aussi grand que celui qui pousse dans les jardins, la gentille centaurée rose, le mélilot doré avec son parfum de miel, les innombrables clochettes de la bruyère rose et blanche, le mille-pertuis...
« Dans ce sanctuaire aucun bruit n'arrive, Du reste du monde on est isolé.
La petite fleur demande : « Qui vive? » Quand dans l'air bourdonne un insecte ailé.
Victor Billaud. »
Dans cette petite gorge oubliée en un creux de la Montagne-Noire, le bruit seul du torrent y murmure et jase à loisir.
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