LE REGRET
Tu pleures de ne pas être semblable aux femmes Dont tu as lu l'histoire à la clarté du feu, Dont la robe amoureuse à la chaleur des flammes Se déployait devant tes yeux.
Tu pleures parce que cette nuit il te semble Etre soudain abandonnée au triste hiver. Parce que le silence est trop vide qui tremble Autour de ton foyer désert.
Tu crois qu'elles n'ont pas connu tant de détresse, Et qu'il fit toujours beau, jadis, pour les charmer. Tu crois que leurs amants avaient plus de tendresse Et qu'ils savaient mieux les aimer.
Mais les saisons que tu revois furent pareilles, N'as-tu pas eu tes fleurs, tes jardins, tes beaux soirs, Ne faut-il pas aussi que notre amour sommeille Dans un passag^er nonchaloir ?
Mais tu les vois dans leurs chansons,dans leurs histoires! Un éternel baiser caresse leurs seins nus, Il te semble que tout a g-ardé la mémoire De tous ces amants inconnus !
Que ce sont eux qui nous suivaient près du parterre Où tu leur ressemblais, où je te redisais En me penchant vers toi les mots pleins de mystère Que leur souvenir me dictait.
Pourtant leur beauté vient surtout de leurs soirs tristes. Surtout de leur vieillesse et surtout de leur mort, Et que de tant d'amour, ah I plus rien ne persiste Qu'un rêve dont on pleure encor !