‹ Profils d'or et de cendreChapitre 14 sur 87 · DEUX FANTOMES · texte numérisé non relu

DEUX FANTOMES

Dans la maison d'hiver, assis auprès du feu, Dont la flamme tordue et toujours renaissante Jaillit du bois noirci qui semble le moyeu Du char sur lequel fuit la saison jaunissante, L'un près de l'autre, seuls, tout proches et distraits, Sans rien nous avouer, même sans rien nous dire. Nous nous cachons peut-être un semblable reg-ret Dont en nos yeux fermés le souvenir se mire... Je vois un toit mouillé, des murs aux volets clos, Un jardin déserté, des pelouses froissées, Et des sentiers boueux où dans les flaques d'eaux Tremblent un ciel fumeux et des branches blessées. Peut-être rentrons-nous, tous deux, sans le savoir, Et tous deux réunis, dans notre chambre vide. Et voyons-nous passer dans un même miroir Le fantôme brouillé du passé qui nous guide ?

Et peut-être accoudés tous deux au même seuil, Nous qui ne disons rien ici de nos pensées, Voyons-nous dans l'alcôve où le lit semble en deuil Nos deux ombres dormir l'une à l'autre pressées. Peut-être marchons-nous la lampe dans la main Et nous arrêtons-nous à la même fenêtre, Nous qui nous regardons ici l'air incertain, Et qui semblons ce soir à peine nous connaître ? Peut-être voyons-nous, l'un près de l'autre assis, Passer, en se cachant une même tristesse, Dans le même jardin deux fantômes unis Et dont chacun se dit que l'autre le délaisse...

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