LE PRESAGE
Ah ! ton visage clair, et tes yeux, et ta bouche,
Et tout ce que je vois de toi, Ah! ton geste câlin, enfantin et farouche, Tout ce que je sens trop, hélas, et qui me touche. Ton jeune corps si près de moi t
Gomment le saurais-tu, de quelle affreuse étreinte,
Au plus tendre de tes baisers, Je sens soudainement toute ma vie atteinte, Tout mon corps fatigué et ma jeunesse feinte Qu'un mensonge avait apaisés!
Ah ! faut-il que ce soit sur ton jeune visag'e,
Sur tes lèvres et sur tes mains, Et sur ton geste blanc qu'un si triste présag-e Fasse trembler en moi d'avance les ravages Dont je devrai mourir demain...
L'ENDORiMIE
Je rêve au pied du lit, dans la chambre où tu dors...
Etrange solitude ! on dirait que ton corps
Immobile a prêté sa forme à ma tristesse,
Une ombre sur tes yeux a posé sa caresse,
Sur tes lèvres une ombre a l'air de soupirer...
Quelles phrases d'adieu vient-elle murmurer
A la chambre immobile, où seul dans le silence
Je vois se refléter dans ta paisible absence,
Sur ta bouche fermée et tes reg-ards de nuit,
Le chagrin sans raison dont le secret me fuit ?
Miroir où je verrais sangloter ma faiblesse,
Pâle image aux yeux clos, frissonnante souplesse,
0 gestes nonchalants qui tombez des doigts nus
Gomme pour caresser un visage inconnu !
0 corps silencieux où mon propre mystère
Semble prendre une forme et dort sous les paupières
D'argile, prisonnier dont j'entrevois soudain
Le fantôme vivant, dans un regard éteint.