‹ Profils d'or et de cendreChapitre 16 sur 87 · L'ETREINTE · texte numérisé non relu

L'ETREINTE

Le g'este de l'amour caresse, ô mon amie, La chambre où tout le soir a l'air de soupirer, Nous sommes étendus dans Talcôve endormie, Et j'écoute ton cœur fragile respirer.

Au-dessus de nos fronts la lumière se joue, Et pose sur le mur un léger cadre rond, On dirait que soudain la pierre se dénoue, Qu'une fenêtre s'ouvre auprès d'un jardin blond : Formes de la lumière, ombre que l'on transporte, Rêve de la couleur, masque noir qui nous suit, 0 lampes qui veillez près de la lune morte, Couronnes qui dormez au chevet de la nuit...

Laisse-moi te tenir à peine par la taille, Laisse-moi croire encor que j'aime chastement... Que le g-este est plus doux avant qu'il ne défaille Dans le brûlant sanglot d'un proche enlacement !

Laisse-moi désirer tes bras nus et tes lèvres, Désire le désir tout en te refusant, Que nous soyons au bord suprême de la fièvre Qui d'un baiser mortel blesse Tag-onisant ! Que notre étreinte soit un instant éternelle, Et que malg'ré le sang* qui fait trembler nos corps Nous ayons l'air de vaincre, en la lutte cruelle, Qui jette le baiser aux pieds nus de la mort !

LA DEMANDE

Laisse la porte ouverte afin que lentement

Nous sentions dans nos cœurs monter un grand silence ;

Et je serai peut-être enfin en m'endormant

Grâce à la nuit, g-râce à l'oubli, grâce à l'absence,

Dont le sommeil couronnera mon front pâli,

A ton reofard trop las une amante nouvelle. . .

Peut-être en me voyant au clair-obscur du lit,

Dont les long-s rideaux blancs battent comme des ailes,

Pourras-tu retrouver dans l'obscur souvenir

Des nuits où tu froissais tes baisers à mes lèvres,

Le parfum de l'amour, l'angoisse du désir,

Et dans un songe neuf un peu d'ancienne fièvre I

Si tu ne m'aimes^plus, que^^pourtant quelquefois

Je puisse être pour toi mystérieuse et nue,

Grâce au sommeil, qui te ferait aimer en moi

La passante étrangère ou la morte inconnue...

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