AUBE DE VOYAGE
J'ai vu toute la nuit passer les plaines vides,
Et dans l'aube j'ai vu leurs tristes sommeils blancs,
Leurs maisons sans couleur avec leurs cieux liquides,
Reflets morts ressurs^is du fond noir d'un étang- 1
Et les gens au matin déjà lourds de fatig-ue,
Et qui semblent monter vers leurs propres tombeaux,
Sur les routes courant comme de longues digues
Vers l'infini, parmi de ténébreuses eaux,
Les arbres frissonnant au vent de notre course.
Les oliviers légers et les sapins profonds,
Luths d'ébène et d'argent où le sommeil des sources
Nocturnes offre un songe obscur au soleil blond !
C'est ainsi que parfois je te vois étendue. Tandis que, déroulant ses toiles aux carreaux, Le matin incliné tend aux âmes perdues Le halo pâle et bleu de ses proches flambeaux.
l6 PROFILS d'or et de CENDRE
Tu dors tranquillement, les deux mains sous ta tête.
0 langueurs de la forme, ombres du corps, clartés,
Bois purs où l'on pourrait rêver toutes les fêtes,
0 baisers passagers d'éternelles beautés !
Je vois s'ouvrir' tes yeux. . . Le soleil dans les plaines
Précise avec lenteur les couleurs, les contours;
Tu n'es pas encor toi, tu m'es encor lointaine,
Petite esclave pâle aux bras de mon amour !
Des bruits naissent au loin, ton âme balbutie,
Tu parles pour parler et comme en hésitant,
Et presque réveillée, à demi avertie,
Tu laisses s'approcher le jour triste qui ment.
LKS ESTAMPES PENSIVES