‹ Profils d'or et de cendreChapitre 3 sur 87 · LA TRANQUILLITÉ · texte numérisé non relu

LA TRANQUILLITÉ

Quel repos immobile a conquis la nature,

Le vent ne trouble plus ni les arbres ni l'eau,

Une mort lumineuse arrête son murmure^

On dirait que rêvant après une lecture

Le jardin tout entier s'endort dans son manteau.

Ses song'es aux sentiers où les ombres se tressent, Branches encorbeillées alentour des gazons. Font trembler dans nos cœurs un oubli sans faiblesse, Et joignent dans nos mains de si chastes caresses Que le désir y trouve enfin sa guérison.

Nous devons être ici depuis toute une vie. Tout est si naturel et simple autour de nous, Nous' n'avons jamais eu de peine ni d'envie, Il semble que toujours les heures asservies Se sont couchées au pied de notre rendez- vous.

Serait-ce que le temps a trouvé sa demeure, Et va-t-il s'endormir dans la suprême paix, Que rien ne troublera, ni le sanglot de l'heure, Ni l'espoir étranger dont il suivait le leurre... On dirait que l'angoisse est brûlée à jamais I

LA DEMANDE

Reg-arde sur le ciel passer comme des masques Sombres sur les reg-ards fanés des anciens dieux. Les nuag-es lég-ers où s'allument les yeux Incertains et g-risés des étoiles fantasques.

La chaleur me fatig-ue et l'air m'enfièvre un peu. L'horizon qui s'éteint esquisse une terrasse, Je crois y voir trembler, dans la pénombre lasse. Aux balustres du soir un jardin vaporeux.

L'heure est divinement chaste et sentimentale ; Gomme la nuit disperse et chasse le brouillard, Ma prunelle ag-randie assombrit mon reg-ard Où l'iris g-ris n'est plus qu'une couronne pâle.

Veuille que mon silence à tes yeux soit pareil Au silence éternel d'un parterre de roses, Respire le parfum de mon cœur qui repose Auprès de toi déjà dans un demi-sommeil.

Vois : le vent a mêlé de sa mort familière Les pétales ambrés et les pétales blancs, Et tressé de sojeux et frissonnants rubans Une robe persane autour de la poussière ;

Que je sois à ton bras comme l'âme du soir, Insaisissable et proche, amoureuse et farouche. Respire mon baiser sans désirer ma bouche, Regarde doucement vivre en moi ton espoir !

Ne devine-t-on pas devant le crépuscule Si la nuit sera sombre ou pleine de clarté ? Ne peux-tu t'émouvoir de cette volupté De pressentir l'amour que je te dissimule ?

LKS ESTAMPES PENSIVES

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