LE VOYAGE CRÉPUSCULAIRE
Le vent fait serpenter dans l'eau les branches noires, Entre ses bords de lierre un bassin tangue un peu, Sur le fond g-ris du ciel un peu d'or pâle moire Le reflet du soleil qui se cache à mes yeux.
Est-ce l'eau qui remue ou la maison qui tremble? Un même rythme bat sur la terre et le ciel, Le parc et son image assombrissent ensemble La blancheur de ce jour de neiges et de geL
A l'horizon un toit laisse sur ses deux pentes Couler un fleuve gris vers une source d'or ; Le bassin à sa proue enfonce en l'ombre lente, Mais un dernier rayon retient sa poupe encor.
On croit voir s'embarquer dans Teau le paysag'e, Il attend de la nuit le sig-nal du départ, Et le ciel égalise autour de son voyag-e Ses îlots nuageux tracés par le hasard.
LA DEMEURE TRANSPARENTE lOI
L'OMBRE DU PRlNTExMPS
Le printemps a fleuri de pommier en pommier. Et le jardin tout blanc est son bosquet de pierre, Son marbre fugitif de dieu aventurier Qui lui-même construit ses temples éphémères !
0 désir avivé par les neuves chaleurs,
Tu bondis d'arbre en arbre, et des jardins aux routes.
En levant le bouquet passager de tes fleurs
D'un élan triomphal qui s'achève en déroute !
Car celui qui te suit sur l'éternel chemin, Etendant sur tes pas sa grande ombre pensive Qui tresse le feuillage, emporte dans ses mains La corbeille enlacée aux pelouses captives.
Printemps, bassin dont Teau ne g-arde aucun reflet! L'été recueille ici ta floraison frag-ile Et rejoint dans son ombre ég-ale tes bosquets Dont les marbres ternis sont devenus d'arg-ile.
Il est plus près de nous que toi, et plus humain, Car du chemin joyeux vers les allées obscures Il s'en va parmi nous, promeneur incertain, Qui sait mêler l'amour, le rêve, et l'aventure...
LA DEMEURE TRANSPARENTE Io3