‹ Profils d'or et de cendreChapitre 62 sur 87 · LA MAISON DE L'HIVER · texte numérisé non relu

LA MAISON DE L'HIVER

Je reviens aujourd'hui vers la ville de pierre Hiver, où s'endormait la maison au seuil froid. Etrangère pressée en la foule étrangère Sous l'espace plus sombre et prisonnier des toits.

La rue aux pieds des murs coule comme une eau noire, Qui naissant de la nuit s'enfuirait vers la nuit, Gomme une eau sans regard, sans vie et sans mémoire, Où je verrais dormir la vieillesse et Tennui.

L'averse ouvrant sur eux son éventail liquide, A changé en miroirs les trottoirs ruisselants ; Ils semblent les carreaux d'une demeure vide Où des flambeaux lointains fuiraient en chancelant !

l50 PROFILS D'Orv ET DE C^NDPiE

L'eau lég-ère eu tombant se mélange à la boue, Sa pureté n'a plus que des reflets en deuil ; Ce sont bien les miroirs où seule l'ombre joue, Ce sont les compagnons qu'il faut à votre accueil !

Au-dessus de leur soie obscure des visages Apparaissent soudain indifférents et vrais, Et comme démasqués par un intime orage, Fantômes évadés de leurs propres portraits.

Pâlis sous la lueur blanche des réverbères Ils vont la bonche close et le regard éteint ! Ils ne sont plus ici que la cire éphémère Où le temps chaque jour pose plus fort sa main.

0 maison ! revoici tes fenêtres captives Qui n'ont pas de lumière et n'ont pas d'horizon, Tes carreaux où le soir une flamme furtive Semble un songe mourant dans l'humaine prison.

0 maison , revoici tes portes étrangères Où dorment près de moi des hommes inconnus, Tes ténèbres qui ont plus de tristes mystères Que les plaines sans fin d'où je suis revenu,

LA DEMEURE TRANSPARENTE l5l

Qu'on aime près de moi, qu'on souffre, qu'on y pleure, Ton immobilité, maison, n'a pas d'écho, Tu ne te souviens pas même de ceux qui meurent Et que la rue emporte au hasard de son flot.

0 bois, plaines, jardins ! demeures de lumière Où masqués de soleil aux fêtes de l'été Nous nous enivrions de bleuâtres poussières Dont la tristesse même est une volupté !

Me voici revenu vers la ville étrang-ère !

Et j'ai lavé le fard, jeté vos oripeaux,

Et mon visag-e est nu dans le miroir de pierre

Dont l'hiver et le temps sont le double flambeau

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