‹ Profils d'or et de cendreChapitre 64 sur 87 · LE PASSÉ · texte numérisé non relu

LE PASSÉ

Chacun sans le savoir laisse un peu de sa vie A la terre que pare un fantôme de ciel, Elle n'est à ses pieds que la route asservie Au destin régulier d'un voyage éternel.

Nous lui avons donné les maisons et les villes, Mais son passé mortel a des liens plus forts, Lorsque le temps est là, que la pierre est fragile! Seul leur songe survit à la maison des morts.

Nous qui ne savons plus ce que fut notre enfance, Pourquoi respirons-nous cependant dans le soir, Sa tristesse sans cause et qui dans le silence Nous regarde du fond d'un ténébreux miroir !

LA DEMEURE TRANSPARENTE l55

0 bois, plaines, jardins ! pures eaux vagabondes, Où passe un voyag^eur marchant vers l'avenir, Quel secret prisonnier de vos âmes profondes Dans notre propre cœur cherche à se souvenir?

Où l'un avait construit, l'autre cherche sa trace, Si le mur est tombé, sa poussière a vécu. Et ce sont tant de chairs dont la forme s'efface Oui dispersent dans l'air l'âme de l'inconnu.

Un mirage nous suit peut-être et nous fait vivre ! Mais nous, nous le parons un peu de notre sang, Et nous marquons chacun les pages de ton livre, 0 ciel, en y posant un regard en passant.

Ce n'est pas vous, jardin, le soir, c'est tout un monde, C'est tout un univers qui s'enfuit et se plaint, Et c'est toute la voix d'une forêt profonde Qui pleure sur un arbre isolé du chemin.

Ce n'est pas vous, maison, coutumière harmonie, Dont le silence ici semble prêt à mourir! C'est le passé qui tremble en moi comme la vie Et dont je suis un peu déjà par souvenir!

L'IMMOBILE DEPART

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