‹ Profils d'or et de cendreChapitre 65 sur 87 · LA VILLE ENDORMIE · texte numérisé non relu

LA VILLE ENDORMIE

O ville ! je vais seul eïitre tes portes closes,

De mon propre sommeil je suis le voyageur,

Et dans la nuit paisible où les autres reposent

Ma vie est comme un rêve animé par la leur.

Je sais que chaque seuil monte vers d'autres portes,

Et qu'un calme pareil égalise partout

Sur l'immobilité des formes presque mortes

Le souvenir du jour, quel qu'il fût^ âpre ou doux...

0 ville, je vais seul au milieu des lumières,

Tes murs s'offrent à moi comme un pâle décor,

Où mon ombre s'enfuit, nuageuse poussière,

Qu'un invisible souffle a ravie à mon corps.

Je m'en vais à travers votre foule endormie,

0 vous tous dont, couchés, les ténébreux contours

Ont conservé le geste, et dont l'âme bannie

A modelé l'argile au souvenir du jour.

l60 PROFILS D OR ET DE CENDRE

Sommeil mystérieux, ô sommeil plein de larmes,

0 fragile buée où s'irisent le soir.

Comme jaillis des cœurs que ton oubli désarme,

La joie ou la douleur, la fatigue ou l'espoir !

Je suis les escaliers de tes sombres demeures,

Et mon pas, résonnant dans l'immense repos,

Mêle de la folie au silence de l'heure...

On dirait qu'une voix cherche en vain son écho.

On dirait que l'on va dans un passé tout proche

Qu'on touche de la main, qu'on ne peut ressaisir;

O sommeil douloureux, sommeil plein de reproches,

De tant d'instants perdus soucieux repentir!

l'immobile départ i6i

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