‹ Profils d'or et de cendreChapitre 71 sur 87 · LES HEURES OUBLIÉES · texte numérisé non relu

LES HEURES OUBLIÉES

0 vous qui, n'étant rien, remplissez notre vie

De vos instants mystérieux, Vous qu'on ne nomme pas, heures que l'on oublie,

Notre passé silencieux !

Douces heures d'enfance où passent des visag'es

Qu'on a connus sans le savoir, Et qui sont dans nos cœurs, comme au ciel les nuages

Qu'on ne distingue plus du soir!

Premiers jouets auxquels on dit des mots d'aurore.

Et qu'on brise le lendemain.

Amis qu'on a trop tôt pour qu'on ne les ignore, Vieilles chansons et vieux refrains !

Parfois on vous retrouve en revoyant des choses,

On vous pressent sans le savoir, Dans un livre fermé, un pétale de rose

Rouvre à nos yeux un jardin noir.

Mais vous êtes aussi toute l'ardeur furtive

Qui joint dans deux corps anxieux,

Bouche à bouche, au delà des âmes fug'itives Le sang dont ils vivent tous deux !

0 i)0uquets écrasés, ô gerbes que délie

Notre désir inapaisé !

Captives de l'amour, heures que l'on oublie

Au rythme mortel des baisers !

l'immobile départ 173

Page 1