SOIR
Je n'aime pas le soir qui se meurt sur la rue, Il a l'air exilé d'un grand lêve endormi, On dirait qu'il revient de terres disparues Où sur le sol durci nul geste ne frémit!
Et pourtant tant de vie accompagne sa chute !
C'est l'heure où les passants se hâtent plus nombreux,
Sans voir que nul écho vivant ne répercute
Le bruit fuyant et vain de leurs pas ténébreux.
Oiseau mystérieux qui descends en silence,
Et planes immobile au-dessus de leurs toits,
En étendant au loin tes ailes sans nuances,
0 soir, de quels jardins perdus viens-tu vers moi?
l'immobile départ i8i
N'as-tu pas tout le jour sur une plaine morte Prise de toute part de somnolents canaux, Dans l'automne éternel que ton vol me rapporte Reg-ardé le reflet d'un ciel vide dans l'eau ?
N'as-tu pas, rég'ulier et sans connaître l'heure, Tourné autour d'un champ de pierre et d'ossements, Et n'apportes-tu pas le silence qui pleure Sur la ville oubliée où le passé s'étend...
Mais les bruits frissonnants dans la pénombre accrue Rappellent seuls la vie à l'horizon désert; N'est-ce pas qu'on entend s'élever de la rue Le sang-lot persistant de l'âme dans la chair ?