‹ Profils d'or et de cendreChapitre 80 sur 87 · LA PITIÉ DES CHOSES · texte numérisé non relu

LA PITIÉ DES CHOSES

Je vais aller m'asseoir dans la chambre endormie, Les choses y seront plus vagues dans la nuit, Je n'y sentirai plus ta présence ennemie, 0 corps, miroir du jour, écho lassé du bruit...

Ah! combien j'aimerai voir la forme des vases Elancer leur cristal svelte, pur et lég^er, Vers les fleurs couronnant leur transparente extase, Fruits, dont leur rêve clair est l'humide verger!

J'entendrai jusqu'au bruit d'un pétale qui tombe, Et puis les gouttes d'eau glissant sur les carreaux, Tout ce qui luit, se fane, et chancelle, et succombe. Ah ! n'être qu'un reflet nocturne au fond de l'eau !

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Dans la maison qui dort ma chambre est comme une île Flottante et détachée au-dessus du sommeil Des plaines, des maisons, des jardins, de la ville, Ile bleue où ma lampe éploie un vol vermeil !

D'où vient cette pitié tremblante et lumineuse, Et qui monte vers moi de partout et de tout, Qui ruisselle, qui chante, et s'abat, pluie heureuse Sur mon cœur oublieux, qu'un dieu secret absout»

Le craquement du bois, c'est un geste qui frôle Les planches et choisit un livre pour song-er, On dirait que quelqu'un se penche à mon épaule Et dicte à mon silence un poème étranger.

Le vase plein de fleurs attend qu'on le respire, Et les rideaux légers se soulèvent un peu. N'est-ce pas qu'un bras blanc courbe comme une Ijre Sa pâleur au-dessus du ciel liquide et bleu ?

La vie est dans ma main comme un bouquet de roses, Je sens un parfum d'ombre, un frisson de soupirs... D'être si calme et seul dans la pitié des choses, Est-ce se sentir vivre, ou penser à mourir?

l'immobile départ

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