LES NOMS OUBLIÉS
Il est doux, dans le soir tranquille et solitaire, De murmurer des noms, qu'on a presque oubliés ! Noms dont le souvenir est couché sous la terre, Murmures sans visag-e, âmes de la poussière, Et d'une chanson morte accords expatriés!
Il est doux de penser au nom d'un paysage Où palpite et s'esquisse un jardin du passé, Immobile décor d'un éternel voyage, Où l'on croit voir encor se marquer un passage Qui n'a duré qu'un jour et qui s'est effacé !
Il est des noms qui sont comme des voiles blanches,
Des noms mystérieux de pays, de bateaux,
Où les horizons clairs sur les vagues se penchent,
Où les mâts sur le ciel tremblent comme des branches
Que le vent fait tanguer sur le sommeil des eaux !
Ah! certains noms surtout, syllabes douloureuses, Et dont le souvenir ne s'accorde qu'au soir, Baisers tristes rythmant des valses ténébreuses, On croirait qu'on entend une morte amoureuse Pleurer en se vovant dans son dernier miroir!
Ah 1 les noms oubliés, qui restent sans réponse !
Frissons de la pensée î et rêves de la voix,
0 noms déjà lointains auxquels l'écho renonce,
A travers le silence où leur appel s'enfonce,
A rendre un seul instant une ombre d'autrefois !
0 noms silencieux ! et dont on peut se dire Que leurs profils, que leurs couleurs, leurs horizons, Sont des livres fermés où seuls nous pouvons lire Un poème caché dont chaque vers s'inspire D'un sentiment secret et doux que nous taisons.
Heures qui jamais plus ne verrez mon visage. Pareilles à l'oubli tranquille du ciel bleu, Où jamais on ne voit fuir le même nuage, Où sur un même fond notre songe en voyage Joint au baiser du soir le matin de l'adieu...
l'immobile départ 198