LES SENTIMENTS INACHEVÉS
0 sentiments inachevés, pareils au ciel
Qui n'est jamais tout à fait clair, tout à fait sombre,
Pareils aux jours où marche l'ombre, A pas lég-ers sur le soleil dont la pénombre Esquisse au jardin clair des coins bleus de pastel !
0 sentiments inachevés où l'on devine
Un baiser qu'on désire et qu'on ne donne pas,
Un voyag-e entrevu là-bas.
Dans le bateau fuyant d'un nuage lilas Qui tourne sous le vent autour de la colline !
Langueur des nuits où l'on désire sans bouger Le geste d'un bras nu qui tord sa chevelure.
Où nonchalamment on murmure Des mots passionnés dont la seule aventure Est de naître et moui-ir dans un cœur passager,
0 sentiments inachevés! vous qu'on ig'nore, Et qui tombez du jour, qui jaillissez du bruit,
Gendre humaine du temps qui fuit, Jets d'eaux interrompus de l'âme où trop de nuit S'élève, redescend, se fane et s'évapore...
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CHOSES EXPATRIEES
Le lustre de Venise aux rubans en guirlandes, Aux tig-es d'ambre clair pareilles à des fleurs, Est le bouquet glacé d'une vieille légende Qui cristallise en lui son amour et ses pleurs I
Sa lumière à la nuit prête une haute voûte, Il se balance au bout d'un grand anneau secret Aux rythmes éternels des danseurs en déroute Qui brûlaient leurs billets doux à son feu discret.
Derrière nos rideaux fermés sur"la soirée, Tout bruit est étouffé, glissant liquide et doux, Le lustre est entraîné par deux rames moirées Comme un bouquet fané porté par les remous.
Il a le mouvement frissonnant des g-ondoles, L'ombre complice ici l'entoure de canaux, Et couple masqué d'or que son mystère isole Nous fuyons avec lui sur le hasard de l'eau !
Ah ! de votre pays, choses expatriées, Qu'avez-vous donc g^ardé de trouble et d'inconnu, Et quel obscur frisson, quelle vie oubliée Agite autour de vous ces parfums de doigts nus ?
Voj'ait-on vos couleurs jadis à d'autres heures, Avez-vous conservé l'empreinte d'autres mains? Dans votre étrang-e oubli quelque chose demeure Oui voudrait un retour au lieu d'un lendemain.
Ah ! pauvre âme anxieuse, au songe toujours prête. Au bonheur, à l'espoir, à l'amour, au hasard, Pourquoi tant t'acharner à de vaines conquêtes Quand toi-même tu n'es qu'un éternel départ!
Puisque tout appartient aux passés d'autres vies, Pourquoi recherches-tu sur les objets lointains Avec cette brûlante et douloureuse envie Le souvenir d'hier dans la mort de demain?
l'immobile départ 197
LA MÉiMOIRE
Il n'est pas sur la mer de rives plus lointaines,
Il n'est pas d'horizon plus large au bout des plaines,
0 voyageur silencieux, Que ton calme passé, si proche de la vie, Captif par la pitié d'une nuit infinie
Au miroir secret de tes yeux.
Va, la porte est ouverte au cristal de la glace, Respire les parfums fanés et l'âme lasse
De la maison où tu vécus, Va, monte à pas légers l'escalier rempli d'ombres De peur de réveiller dans leurs alcôves sombres
Tant de morts qui n'y dorment plus.
Te voici dans la chambre où tu confonds les heures, Les années et les jours, ce qui passe et demeure.
igS PROFILS d'or kt de cendre
Ce qui survit en toi d'hier, Où, renaissant du temps qui les avait blessées, Une à une soudain les choses dispersées
Se posent sur les murs déserts.
Accepte la pitié qui vient de ton enfance, Et que ton souvenir offre dans le silence,
Ainsi qu'un rêve, à ton désir, 0 bouquet nuageux, mirage où l'on respire Un parfum d'infini et dont on peut se dire
Qu'il est maître de l'avenir!
Maisons de nos passés ! vous êtes les asiles
Où nous montons sans bruit, voyageurs immobiles
Les marches d'un obscur miroir, Pour regarder dormir sous des rideaux de brumes, Dans un songe mortel auquel il s'accoutume
Un enfant qui n'a plus d'espoir...
L IMMOBILE DEPART I QQ