‹ Profils d'or et de cendreChapitre 87 sur 87 · EST-CE ME CONSOLER · texte numérisé non relu

EST-CE ME CONSOLER

Est-ce me consoler que livrer aux paroles Un inutile élan qui redit mal ma voix ? L'ombre s'embellit-elle aux profondeurs des bois Lorsque la fait chanter la brise qui la frôle ?

Si beau que soit le chant, ég'aler les sang-lots Que leur inconscience a fait inaccessibles, Rien que de le vouloir te le rend impossible 0 mon cœur prisonnier de l'étreinte des mots !

0 captif de ta voix, le silence délivre La seule chanson nue où tu te reconnais Et tu luttes en vain sans te saisir jamais Que lorsque tu comprends qu'il faut se taire et vivre.

AH! SI JE JS'Al QU'UN COUPS..

Ah! si je n'ai qu an corps, qu'une voix, quun visage, Pourquoi mon humble vie est-elle le passage Où, blêmis par les nuits, nimbés par les soleils, Tous les dieux réveillés hors de tous les sommeils Pressent à chaque instant une âme inattendue! Dans ces temples où l'heure arrête suspendue Son vol, pourquoi le Temps, figé jusqu'à mi-corps. Entre ses deux bras nus souiève-t-il encor Vers la couleur du jour le grand miroir du monde, Eau glacée où se cache une vague profonde, Qui sous le marbre gris d'un gel indifférent Fait murmurer la voix d'un immense courant !

Car c'est ainsi, saisons, transparentes demeures, Où la terre et le ciel, les eaux, l'instant et l'heure Cachent dans leur lumière et leur obscurité Leurs passés, dieux secrets de nos réalités. C'est ainsi que, suivant votre course pareille.

2l4 PROFILS d'or et DE CLNDIVE

Vers la peine ou l'espoir, le repos ou la veille, Je ni en vais dans ma vie ainsi qu'un étranger, Et, de mon propre corps éternel passager, Prisonnier bâillonné qui entend et écoute, Je ressemble à cette ombre attachée à ma route !

Combien je vous pressens, ô désespoir des choses! Jardins qui chaque année ejfeuillez d'autres roses, Chambres qui vous rouvrez pour un nouvel amour, 0 maisons où s'égare un éternel retour! 0 bosquets dont le buis ombre d'autres statues. Souvenirs que la mort disperse et prostitue, Immobiles bassins dont on a changé l'eau, Lumières rallumées à d'anciens flambeaux ! Décors où pour mourir se pressent d'autres vies. Silences frémissants d'éternelles envies, Chemins où se succède un ténébreux hasard. D'un voyage iîijîni toujours pareils départs, Vous tous qui renaissez sous la main qui vous blesse Et mourez lentement pour revivre sans cesse ! Ainsi ma voix qui parle entend votre murmure, Autres voix ! et pressent déjà sa flétrissure ! Chanteuse qui n'est pas maîtresse des chansons, Violon qu'un hasard heurte de sonjrisson, 0 voix qui ris tout bas quand la voix haute pleure, Tandis que le silence abrite un autre leurre!

ah! si je n'ai quW corps.

0 vous qui dispersez aux cœurs qui s'en inspirent

Au gré de vos saisons d'universels délires.

Dieux païens, dieux des nuits, des Jorêts et des eaux,

Dont mon âme est ici l'involontaire écho,

Je sais qu'un jour viendra pour rompre votre étreinte

El que ce jour aussi, dont j'ai pourtant la crainte,

Est le seul où, pareil à tout arbre brisé

Dont nul été jamais ne saurait iriser

Le feuillage meurtri, dont le final automne

A tressé la mortelle et dernière couronne.

Je dormirai tranquille un sommeil apaisé

Loin des douleurs, loin des regrets, loin des baisers,

Dans r instant passager, mystérieux, suprême

Oii je serai, sans vous, divinement moi-même !

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