Taine, Essais de crilirjiie el d'histoire, p
qu'on "en doit chercher le modèle. « 11 faut, poursuit-elle, qu'une lettre d'amour ait plus de sentiment que d'esprit, que le style en soit naturel et passionné, et je soutiens même qu'il n'y a rien de plus propre à faire qu'une lettre de cette nature ne touche point que de la faire trop belle... Pour ceux qui écrivent des billets galants, il leur est aisé d'en faire de courts où il y ait pourtant beaucoup d'esprit, parce qu'ayant leur raison toute libre, ils choisissent les choses qu'ils disent, et ils rejettent les pensées qui ne leur plaisent pas ; mais pour un pauvre amant dont la raison est troublée, il ne choisit rien, il dit tout ce qui lui vient en fantaisie, et ne doit même rien choisir, car en cas d'amour, on n'en saurait jamais trop dire et on ne croit jamais en avoir dit assez. »
Considérées à ce point de vue, les Lettres portugaises sont bien de vraies lettres d'amour : nul souci de la forme, nulle composition, tout le désordre de la passion. Il suffit d'ailleurs de les comparer, sous ce rapport, aux sept lettres apocryphes qui furent ajoutées à la seconde édition et qui sont vraisemblablement l'œuvre de l'avocat Subligny, l'un des beaux
esprits de l'hôtel de Bouillon. Autant les unes sont libres et naturelles, autant les autres sont précieuses et savantes.
L'authenticité des Lettres ainsi démontrée, une dernière énigme reste à résoudre. Qui les a écrites? Quelle valeur convient-il d'attribuer à la note mise à la plume sur l'édition de lt)G9? Une religieuse du nom de Marianna Alcoforada a-t-elle jamais vécu au monastère de Béja?
C'est d'hier seulement que nous avons réponse à ces questions.
Un critique portugais, M. Luciano Cordeiro, vient, en efîet, d'établir, pièces en main, que deux filles de Francisco da Costa Alcoforado, chef de la famille de ce nom, vécurent au couvent de la Conception de Béja, dans la seconde moitié du xvn*^ siècle, et que l'aînée, baptisée le 22 avril i640, portait le nom de Marianna^ Nous apprenons, en outre, par le testament de