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sonnellement le moment présent de l'évolution musicale en France. On a dit de lillustre historien religieux, qui est aussi et surtoutun artiste: « M. Renan ne change jamais d'avis ; il les a tous. » On pourrait dire de même de M. Saint -Saëns : « Il ne change jamais de style ; il les pratique tous avec une égale virtuosité ». Personne ne possède plus à fond la science technique de la musique, personne ne connaît mieux les maîtres, de Bach jusqu'à Liszt, à Brahms et à Rubinstein, personne ne manie plus habilemCTit toutes les formes vocales! et instrumentales. M. Saint- Saëns peut dire : « Rien de musical ne m'est étranger ». Il a abordé tour à tour tous les genres et presque avec un égal bonheur. On remarque chez lui une imagination souple et vive, une constante aspiration à la force, à la noblesse, à la majesté. De ses quatuors, de ses symphonies se détachent des échappées grandioses, des fusées d'émotion trop vite évanouies.Mais il seraitimpossible de définir l'individualité qui se dégage de l'ensemble de son œuvre. On n'y sent pas le tourment d'une àme, la poursuite d'un idéal. C'est le Protée multiforme et polyphone de la musique. Essayez de le saisir ; le voilà qui se change en sirène. Vous êtes sous le charme? Il se métamorphose en oiseau moqueur. Vous croyez le tenir enfin ? mais il monte dans les nuages en hypogriffe. Sa nature propre perce le mieux en certaines fantaisies spirituelles d'un caractère sceptique et mordant comme la Danse macabre et le Rouet d'Ompliale. Il lui faudrait un livret d'opéra oii sa nature satyrique et fantasque put se donner pleine carrière .
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M. Imberl le dit à merveille, il y a du gamin de Paris dans Saint-Saëns; le plus aimable, le plus cultivé et le plus intelligent des gamins de Paris, d'un esprit cosmopolite et musicien accompli.
M. Massenet apparaît tout de suite comme une personnalité mieux définie (1). La coupe élégante et ciselée avec laquelle il puise à la source de la mélodie et dont il se sert avec tant de grâce est souvent une coupe enchantée. M. Massenet a deux notes persoïlnelles, originales ; d'une part, une tendresse insinuante, enjôleuse, qui s'élève parfois jusqu'à la passion; de l'autre une mélancolie pénétrante et singulièrement incisive. La première prédomine dans la charmante partition de Marie Madeleine, judicieusement appréciée dans ce livre; la seconde traverse toute son œuvre. J'en trouve une expression courte, mais saisissante dans Xa prière d'Electre à^?, Eri/wiies, dans ce solo de violoncelle accompagné d'un imperceptible sanglot des violons, plainte admirable, d'une désolation profonde et infinie comme la mer. M. Massenet n'eùt-il écrit que cette simple mélodie, aurait donné la preuve d'une grande capacité d'émotion. Il y a dans sa musique comme un écho individuel du lyrisme de Lamartine et de Musset. Certes, ses œuvres symphoniques et ses partitions d'opéra ont beaucoup de saveur et des qualités de premier ordre. Mais on voudrait lui voir traiter au théâtre un sujet aussi
(i) La biographie de M. Massenet n'est pas comprise dans ce travail, mais il a étô fait mention de lui dans la biographie de Saint-Saiiiis.
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heureusement adapté à son tempérament que l'était le drame sacré de Mairie Madeleine.
Dans cette galerie, M. Chabrier représente un type brillant de méridional sanguin et coloriste, plein de fougue sensuelle, de verve de bon aloi et d'esprit pétillant. Il empoigne facilement et comme il aime la vie, il est fait pour le drame et la musique vocale. Le Roi malgré lui et Givendoli?ie sont de belles promesses. Mais comme tant d'autres, M. Chabrier est à la chassa d'un poème d'opéra qui permette à son talent vigoureux de se déployer complètement. Peutêtre l'a-t-il trouvé ; en tout cas il a le temps.
Gabriel Fauré nous offre un type opposé et assez rare, celui du méridional mélancolique et rêveur, nature d'une finesse exquise, d'une haute distinction. Il produit peu, mais avec un soin jaloux et une recherche persévérante du trait caractéristique. Je l'avoue à ma honte, je connais trop peu ses œuvres pour le juger à fond, mais ce que jen connais m'a ravi. Sous une forme parfois un peu subtile se dessine un sentiment toujours net. Quels contours légers, quelle transparence aérienne dans le chœur des Djinns. Il y a de lui une mélodie pour chant d'une tristesse berçante et d'une délicieuse envolée. Elle se termine par ces mots : 0 yiiiit mystérieuse! et vous emporte sur les ailes du rêve dans les enchantements d'un bonheur perdu. Trait particulier chez Gabriel Fauré : il a la profondeur et l'intensité de la rêverie germanique avec la précision de lignes des paysages provençaux.
M. Vincent d'Indv vient lui aussi du Midi, mais au
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physique comme eau moral, on le prendrait pUiLôL pour un homme du JNord. Ses traits fms et fermes annoncent un caractère original, une individualité très accentuée, une volonté concentrée en elle-même. 11 ne s'abandonne véritablement qu'en musique. Alors on s'aperçoit que sous ses dehors sévères, presque hiératiques il cache des sources profondes d'énergie, de rêve et de pensée. Je n'aurai garde de refaire le portrait si ressemblant que M. Imbert a tracé du sympathique musicien. Mais, depuis que son étude a paru dans V Indt'pendance Musicale, M. Lamoureux a exécuté, au Cirque des Champs-Elysées, une symphonie sur Walleijstein, en trois parties, qui nous montre le talent de M. Vincent d'Indy en plein progrès avec des signes évidents de maturité. La Trilogie de Wallenstein est une œuvre fortement conçue et savamment exécutée. A côté d'une véritable puissance d'orchestration et d'une touche vigoureuse dans le coloris instrumental, elle témoigne d'une intelligence profonde du drame qu^elle interprète. Comme il nous le dit dans sa notice analytique, M. d'Indy a voulu fournir un commentaire musical des trois drames de Schiller, qui forment la trilogie de Wallenstein. Ses trois morceaux symphoniques font ressortir par une distribution graduée et profondément méditée des elFcts, la quintessence de l'action, j'entends non l'action elle-même, mais les sentiments généraux qui la dominent et pour ainsi dire les puissances occultes qui la dirigent. — D'abord le rythme varié d'une danse sauvage évoque sous nos yeux le camp de Wallenstein, où plusieurs bas-
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sons peignent drôlement eL heureusement le sermon comique du capucin. Les masses belliqueuses se déchaînent de nouveau ; mais elles sont domptées subitement par la fanfare impérieuse et fatale qui personnifie Wallenstein, le grand charmeur de soldats, le grand dompteur d'armées de la guerre de Trente-Ans. — La seconde partie est exclusivement consacrée au drame d'amour de Max et de Thécla, dont les idéales ivresses sont peu à peu étoutTées par la fatalité qui les enveloppe du dehors et par la sombre ambition de l'aventurier qui accumule les ruines sur sa sanglante carrière. Il rêve une couronne pour sa fille, et ne sait pas qu'il tisse un linceul pour elle et pour son bien-aimé. Signalons l'entrelacement du motif de Max Piccolomini avec celui de Thécla, comme une combinaison heureuse dans sa simplicité savante. — La troisième partie peint la mort de Wallenstein. Je m'attendais à ce que la fin tragique du général, trahi et assassiné fût marquée d'une manière plus dramatique par un glas funèbre, qui en eût fait pénétrer le frisson dans l'auditoire. Le musicien a préféré laisser expirer son héros sous l'étreinte lente de la destinée et de son mauvais génie. Peutêtre a-t-il bien fait. Car en cela, il est demeuré fidèle au système adopté dans cette œuvre et à cette manière tout idéale et tout intérieure de suivre l'action. Des accords mystérieux symbolisant, l'influence des astres encadrent ce morceau ; ils lui prêtent une grandeur étrange et saisissante, qui achève de peindre rame du personnage principal.
— De tous nos jeunes musiciens, d'Indy est celui