PREFACE XIII
à ce qu'on le joue. Mais aux meilleurs navires il faut de hardis capitaines, et les Christophe Colomb, voire les Fernand Cortez et les François Pizarre ne naissent pas tous le jours. Quelle que soit la popularité dont jouissent aujourd'hui tous les genres, sans aucun doute les grandes batailles se livreront autour du drame musical. Là, la victoire suppose des conditions si variées qu'il est impossible d'en prévoir le jour, mais il viendra à coup sûr. Espérons que Y Association pot/r le développement du drame musical en France fondée par M. Lamoureux lui préparera une arène digne de lui. Peut-être se trouvera-t-il encore des gens pour taxer cette entreprise d'antipatriotique. Car si ce charmant pays de France est parfois celui des plus hardis novateurs, c'est aussi celui où la routine et la mode exercent un empire tyrannique, et ces divinités rageuses sont gardées par une armée de moutons de Panurge.
S'il fallait dire toute ma pensée sur ce sujet, en laissant de côté les conditions extérieures et matérielles, j'affirmerais peut-être que la grande réforme du drame musical rêvée par quelques-uns d'entre nous ne me parait guère possible sans qu'un vent nouveau se lève en littérature et en poésie. Et ce vent ne soufflera pas, à moins d'une orientation nouvelle de la pensée philosophique et religieuse qui dirige notre siècle. Tant que le scepticisme et le matérialisme qui obscurcissent les hautes sphères de la pensée contemporaine ne seront pas remplacés par une réapparition éclatante des vérités éternelles, qui, aux grandes heures, ont toujours servi de boussole et