SOUVENIRS D EDMOND GOT
par le poète devenu bibliothécaire, ces verselets des Amours et les Anges, Got, aux répétitions, les récitait tout haut devant le malheureux Thierry qu'assourdissaient ainsi les échos inattendus de son passé ;
— Viens dans ma barcarolle
•ou dans ma nacelle ou dans la chapelle ou dans le manoir sombre, fredonnait Got, qui savait aussi bien que ses classiques ce vieux romantique inconnu. Et Thierry, terrifié, quittait la répétition pour ne pas entendre ses vers ainsi mêlés à ceux de Molière.
D'autres fois, comme Edouard Thierry passait pour très dévot, et qu'il l'était (ce qui d'ailleurs ne l'a pas empêché de jouer le Fils de Giboyer) Got entrait dans son cabinet en faisant, dès le pas de la porte, le signe de la croix.
— Monsieur l'administrateur (un signe de croix), je voudrais bien vous demander (et Got se signait encore) quand vous voudrez qu'on affiche Tartuffe !
Là-dessus, profonde révérence et sourire béat.
Edouard Thierry avait l'esprit ou la patience de ne pas s'apercevoir de ces facéties ou d'en rire. Mais, un soir, sa résignation devint de la
colère. Got ne s'était-il pas avisé en jouant le Fils, d'Auguste Vacquerie, où il représentait un vieux juif brocanteur, d'entrer en scène après^ s'être, comme on dit, « fait la tête » de son administrateur ! Tout le monde en le voyant s*écriait; (( Mais c'est Thierry I » C'était Thierry. Thierry se fâcha. Dès le lendemain, Got modifia l'aspect du personnage ; mais l'ancien troupier avait fait sa farce et il était content.
Cet homme, dont la plaisanterie était redoutable, avait d'ailleurs des tendresses profondes. Il vivait dans ce Hameau Boulainvilliers, où, durant tant d'années, il se rendit, quand minuit n'avait pas sonné, presque chaque soir, sur l'impériale de l'omnibus ; il vivait avec sa mère, une vieille femme robuste, dont le portrait superbe faisait face sur la muraille du logis à une étude de Got, par Carpeaux. Les deux visages, celui de la mère et celui du fils, se ressemblent étrangement. L'âge était venu pour la vieille femme. Paralysée, elle ne pouvait plus descendre dans la salle à manger. Elle, demeurant là-haut, prenant à part ses repas, ne voyant le jardin que par sa fenêtre.
Un soir pourtant Got lui dit : « Il faut que tu dînes en bas, oui, il le faut », et, de ses bras robustes, il prit la pauvre femme et, par l'étroit
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escalier, il la porta dans la salle à manger en lui disant : (( N'aie pas peur ! »
Puis la posant doucement sur une chaise devant une serviette pliée :
^ Tiens, maintenant, regarde, maman ! dit -il de sa voix mâle.
La mère regarda. Sous la serviette blanche il y avait la croix de la Légion d'honneur que l'ancien cavalier d'Afrique venait de recevoir comme professeur au Conservatoire.
Elle se mit à pleurer de joie, la pauvre vieille femme et le rude compagnon qu'était le doyen de la Comédie pleura, lui aussi, lentement, pénétré de gratitude. Et ce n'était pas des larmes de théâtre. On pouvait dire à ce comédien ce que Napoléon disait à un plus grand : (( Monsieur Got, vous êtes un homme ! »
Mars 1901.
Marie Laurent
C'est dans la galerie illustre des comédiens et des comédiennes de ce temps une figure particulièrement intéressante que celle de Marie Laurent. Elle vaut aujourd'hui qu'on s'arrête devant elle et qu'on la salue. Au mois de juin, il se trouvera un maître poète pour la chanter, un grand artiste pour dire ces vers, un médaillisle tel que Roty pour éterniser sur le métal les traits énergiques et l'inoubliable regard de l'actrice, ce regard et ces traits que Benjamin Constant a fixés sur la toile en une peinture large et fière qui servira à illustrer Je programme d'une représentation à bénéfice : la vieille aïeule bretonne de la pièce de Loti, profilant sa coiffe blanche sur un tragique horizon de mer irritée. A l'appel de Sardou, présidant le comité, et de Gailhard, offrant son théâtre avec sa bonne grâce ordinaire, tout le monde a répondu. Sir Henry Irving,
retenu à Londres par le Coriolan de Shakespeare, voulait venir. Il se peut que la Ristori nous fasse entendre quelques vers de Dante. Quoi qu'il en soit, le programme sera digne de cette fête de Fart que le théâtre veut donner à la robuste septuagénaire qui, toute sa vie, n'eut qu'un double idéal, qu'un seul idéal, à vrai dire : servir le beau et faire le bien.
Qui dit Marie Laurent évoque tout aussitôt l'idée de ce qu'il y a de plus doux, de plus touchant, de plus vénérable et de plus poétique au inonde : la Mère. Cette femme, qui fut l'amante aussi dans plus d'un drame, n'en est pas moins, et, pour toujours, n'en restera pas moins, dans l'histoire du théâtre contemporain, l'incarnation de la Mère. Ils sont innombrables, les mélodrames où Marie Laurent a passé, courant, cherchant, défendant, adorant cet être exquis et doux, plein d'espérances et de joies, de tristesses aussi, qu'on appelle l'enfant. La plaisanterie est légendaire, a couru les revues pendant des années, de M"® Laurent poursuivant quelque traître féroce et poussant les cris attendus :
— Mon enfant ! Je veux mon enfant ! Rendezmoi mon enfant!
Elle était si bien et si profondément, pour le public tout entier, la Mère, que, lorsqu'elle joua.
dans le magnifique drame de Victorien Sardou, la Haine, un rôle de mère qui pardonne au meurtrier de son fils, k partir de ce pardon sublime, ce soir-là, M""' Laurent sentit que la foule ne la suivait plus. Les spectateurs pouvaient accepter que l'ennemi politique pardonnât à l'ennemi politique, que la jeune fille jetée par violence auv bras d'un condottiere pillard oubliât foutrage dans un apitoiement suprême, il n'admit point que la mère fît échapper l'homme qui avait tué son enfant.
— Et c'est peut-être, me disait-elle alors spirituellement, parce que la scène était jouée par moi. D'une autre, on eût trouvé cela naturel, qui sait? Mais Marie Laurent ne vengeant pas son fils!... Le public ne me reconnaissait plus dans ce rôle pourtant si beau d'Uberta. Il était étonne. Il était déçu. On lui avait changé sa Marie Laurent.
L'observ^ation est très juste. Il est des comédiens qui comportent un idéal personnel. Depuis qu'elle avait, à Bruxelles, étant toute jeune, joué Marie-Jeanne, un des triomphes de M™® Dorval — cette dolente Marie-Jeanne qui met son enfant au tour des enfants trouvés — M""^ Laurent ne pouvait, je le répète, être aux yeux de la foule que cet être sacré, faible et fort, plein de pitié.
plein de courage, la mère, la mama/imême, pour redire le nom.
Et, dans ses souvenirs, Marie Laurent doit garder à Marie Dorval une reconnaissance profonde. Elle va conter ses années de labeur, écrire à son tour des Mémoires. Elle rappellera sans doute qu'ayant écrit à M™® Dorval pour lui demander sur ce terrible rôle de Marie-Jeanne des conseils , elle reçut de la grande artiste romantique cette courte et éloquente lettre : « Ma chère enfant, le rôle a six cents lignes. Il a six cents effets. Venez me voir. Je vous le jouerai. »
Et Dorval le joua, en effet, tout entier à la jeune fille et pour la jeune fille. Elle s'épuisa à lui montrer comment on aime et comment on souffre. Marie Laurent avait la voix, une voix d'un métal superbe, vibrant et prenant ; elle sentit là qu'au théâtre la voix ne suffit pas, que l'âme et le cœur sont tout.
Aussi bien c'est par l'âme, par les cris poignants et qui, sincères, vous prennent aux entrailles que M'"® Laurent conquit le succès et devint populaire. Son regard ardent et noir était de ceux qu'on n'oublie plus. Sarcey, qui semble avoir écrit la biographie de la comédienne sous sa dictée, assure qu'elle a du sang de gitano dans les veines. Ce qui est certain, c'est que ces
grands yeux, ces yeux embrasés, ces prunelles tragiques, menaçantes et douloureuses dans le silence de Y Aïeule ou de Thérèse Raquin, éclairaient la scène. Au théâtre, le sourire est tout dans la comédie et le regard dans le drame. Mais ces yeux aux reflets de torche de Marie Laurent, ils avaient été si doux, tendres et caressants dans François le Champi, de M'"° Sand ! Car — on ne peut se l'imaginer peut-être — cette exquise et mélancolique Madeleine Blanchet du Champi, c'est, à l'Odéon, Marie Laurent qui l'a créée. La reconnaissance de George Sand remercie l'actrice dans la préface de la pièce ; mais on ne saurait dire quelle grâce poétique, pudique en son amour résigné, mettait M'"® Laurent dans ce rôle difficile, délicat, presque périlleux. Madeleine Blanchet, c'était encore une femme aimant l'enfant trouvé, le petit Champi, d'un amour quasi maternel.
Je n'ai pu voir Marie Laurent dans ce rôle à l'époque de la création. J'étais trop jeune. Mais je ne sais en quelle représentation extraordinaire, au bénéfice de l'acteur Laferrière peut-être, M""^ Laurent joua, une seule fois, le dernier acte de la pièce sur cette même scène de l'Odéon 011 ^ tant d'années avant, toute jeune, avec ses beaux yeux noirs sous la blanche coiffe berrichonne.
elle avait été Madeleine Blanchet. Et je n'oublierai jamais le charme qu'elle donnait à ce personnage attendri. La voix d'airain se faisait douce, douce. La cloche habituée à sonner le glas faisait mélancoliquement tinter l'angelus. Les grands yeux farouches, les diamants noirs avaient des larmes de rosée. C'était délicieux et touchant. M™^ Sand, qui vivait encore, eût pu ajouter à sa préface quelques épithètes.
Et qui n'a pas vu Marie Laurent dans XOrestie. de Dumas ne la connaît point tout entière, même après l'avoir entendue dans la Sachette de Victor Hugo ou dans la Kassandra de Leconte de Lisle. C'était Cassandre justement qu'elle incarnait dans cette trilogie donnée à la Porte-Saint-Martin et où les souvenirs du siège de Troie faisaient tressaillir les spectateurs qui attendaient anxieusement alors des nouvelles du siège de Sébastopol. Très belle, silencieuse et hostile, Cassandre restait muette pendant tout le prologue, enchaînée au char du vainqueur et promenant sur tous ces Grecs un regard — son fameux regard de gitane ou de cinghalaise — plein d'une haine féroce. Et le silence, l'attitude sculpturale, la beauté sinistre de cette Cassandre donnaient à cette salle la sensation de quelque vivante statue du désespoir — ou de la vengeance. Puis, quel
frisson courait quand s'animait celte statue, quand la voix tenible éclatait comme un tonnerre et que Gassandre montrait, prédisait, éperdue, regorgement d'Agamemnon, la fureur homicide d'Oreste. Oui, c'était bien le frisson de la sublime horreur qui passait sur cette salle où, pour regagner l'argent perdu par l'Ores/fe, Marc Fournier allait bientôt jouer les Sept Merveilles du monde ou le Pied de mouton et (avec M'"® Laurent elle-même) mettre le Faust de Goethe en féerie ! Marie Laurent a incarné la Mère, ai-je dit. Elle a, en fondant l'Orphelinat des Arts il y a vingt ans, fait de la maternité en action. Là, elle a essuyé des larmes. Au théâtre elle les faisait couler. Elle fut la reine du Drame. En travesti dans les Chevaliers du Brouillard, elle donnait à JackSheppard le pittoresque incomparable d'un Hogarth à ce drôle des vieilles rues de Londres. Il y avait même, au fond dune taverne de la Cité, certaine scène qui devait bien faire souffrir M""^ Laurent, habituée aux rôles de mères. Elle y jouait un fds qui, devant sa mère précisément, feignait, la pipe au bec et le gin au cerveau, une scène d'ivresse. Et la mère — chose extraordinaire — la mère, adorable et adorée, ce n'était pas elle î C'était une autre mère, qui lui donna souvent la réplique dans la Tireuse de cartes^
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par exemple, et qui, elle aussi, jouait les mères quand il y avait deux mères dans les drames de ce temps-là. M""^ Emilie Guy on devait entrer à la Comédie-Française après bien des créations brillantes, entre autres une Madame de Maintenon dans le Comte de Lavernie. Elle avait de la distinction, de la hauteur et aussi un peu de duvet à la lèAre. Elle ne valait pas M™^ Laurent. Mais elle avait également une belle voix de bronze. C'est elle qui, allant rendre visite à M. Ernest Legouvé, à Seine-Port, un jour d'été, fut accostée et attaquée sur la route par deux carriers qui la trouvaient fort belle, et elle l'était. Toute seule, le chemin étant désert, la malheureuse se sentait perdue. Mais elle garda son sangfroid.
— Je me rappelai, disait-elle à M. Legouvé, les scènes oii j'appelle, à la Porte-Saint-Martin, quand le troisième rôle vient m'insulter, et je criai — oh ! je criai comme si toute la cour de Louis XIV allait accourir : (( A moi ! à moi ! à moi ! à moi ! . . . » Volontiers eussé-je ajouté : (( A moi, Messeigneurs î » Peut-être même l'aije dit. Et je criai si fort, en effet, que les agresseurs eurent peur de cette voix terrible et que, voyant déjà accourir des paysans du voisinage, ils me lâchèrent et prirent la fuite. Et qu'on
vienne prétendre après qu'il est inutile d'exercer ses poumons au Conservatoire et de jouer les drames de M. d'Ennery !
Emilie Guyon , en entrant rue de Richelieu , laissait Marie Laurent au Boulevard. Le Boulevard était alors un asile d'art qui méritait le respect. Que de talent dépensé entre le boulevard du Temple et le boulevard Saint-Martin ! Que de comédiens qui, pour des appointements dérisoires, jouaient vingt pièces, créaient dix rôles dans l'année ! Il y aurait à écrire un bien curieux, un touchant chapitre sur ce coin, de Paris. Ces acteurs de mélodrame avaient la foi, vivaient là, près de leur théâtre, acoquinés au bitume de ce trottoir où ils passaient, avec leurs grands gestes et leurs grands rêves. Le bon Donato, ce géant au cœur d'enfant dévoué, mort il y a quelques mois, parlait encore de ces temps héroïques avec des larmes dans les yeux. Ce n'est pas lui qui eût caressé les ambitions nerveuses des arrivistes d'aujourd'hui. 11 les eût, au contraire calmées, en contant les épreuves par où passèrent les ancêtres. Ces gens d'un talent puissant, pittoresque, varié, connaissaient le labeur et savaient la patience. Quand je me les rappelle, Bignon, Laferrière, Deshayes, Dumaine, si puissant et si sûr ; La-
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cressonnière, admirable dans Charles I", dune distinction de gentilhomme ; Taillade, maigre, intelligent, embrasé, — un Richard d'Arhngton supérieur, un fou vraiment shakespearien dans le Roi Lear — : Castellano, le traître en manchettes ; Clément-Just, pensif et profond ; M"'* Laurent: M™^ Guyon; Lucie Mabire, la femme d'Edouard Plouvier, d'un charme inquiétant et terrible, la Léona de la Closerie des Genêts ; \1°^« Lacressonnière, la pitié et l'émotion mêmes, qui créa à l'Odéon La Jeunesse d'Emile Augier ; Marguerite Thuillier, la petite Fadette des Variétés ; Adèle Page, si jolie en Pompadour ; M™" Naptal Arnault, si belle d'une beauté irrésistible dans les Cosaques (et qui vit encore, belle toujours)... ; on ne s'imagine pas la somme de talents, le total d'artistiques valeurs que représentent tous ces noms. Et j'en oublie, j'oublie les comiques : le gros Laurent, le petit Francisque, le vieil et étonnant Alexandre, si effrayant dans le Courrier de Lyon aux côtés de Paulin Ménier, un des grands, des très grands comédiens de ce temps...
Je ne dis rien de Frederick. Je ne dis rien de Mélingue. Les nommer, c'est rappeler ce qu'ils furent. J'en ai parlé ailleurs, dans ces pages mêmes.
3o4 PROFILS DE THEATRE
Vraiment, il y eut là, pour le Drame français, des années bénies, tout à fait glorieuses. Drame et même mélodrame, si l'on veut. Les Crochets (la Père Martin, du vénérable M. Cormon, survivront à bien des pièces plus ambitieuses. Œuvres qui partent du cœur et vont droit au cœur du peuple.
Vive le mélodrame où Margot a pleuré !
Et Marie Laurent fut la grande prêtresse de ce temple un peu brutal et sommaire en son architecture, mais qui garde comme le feu sacré de l'antique tragédie. Aussi bien, lorsque tous les nouveaux et ceux des anciens qui survivent défileront et s'inclineront devant M""* Laurent (( restant chez elle » sur la scène de l'Opéra, c'est l'Aïeule acclamée du Drame que célébreront, un soir de juin, ces admirations sincères, Drame contesté, Drame oublié, Drame dégaigné, Drame immortel !
Mai 1901.
Souvenirs de Comédiens,
M. Delaunay de la Comédie-Française vient de publier ses Souvenirs. Il les avait dictés sous forme de causeries, à un lettré de ses amis, M. le comte Fleury, qui a fort bien fait de recueillir tout ce qui reste dans la mémoire du grand et charmant comédien des belles soirées d'autrefois. Il m'a été donné de vivre la dernière année de vie artistique de M. Delaunay. J'ai pu me rendre compte de la valeur de cet artiste et de la loyauté de cet homme qui vit maintenant comme un sage -dans son hôtel de la rue des Missionnaires à Versailles. Lorsqu'il se retira de la scène, on eut la sensation que quelque chose de supérieur disparaissait. Il avait donné sa démission à propos d'une de ces tempêtes de théâtre qui semblent périodiques dans l'histoire du logis, l'AlTaire Dudlay, et il semblait qu'avec lui Musset disparût pour un temps comme Don Juan s'était tu avec Dressant.
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3o6 PROFILS DE THEATRE
(( Ne craignez rien, me disait alors M. J. Grévy^ grand ami de la maison, et qui, Président de la République, n'oubliait pas qu'il avait fait sa partie d'échecs au Café de la Régence avec rexcellent Maubant ; — ne craignez rien, tout renaît, et i\ n'est pas d'exemple qu'une année n'ait pas son printemps ! » M. Delaunay a eu des successeurs, en effet, dont le crédit n'était pas très grand quand je suis entré à la Comédie et qui sont arrivés très vite au maréchalat sans porter le faix des duresétapes des anciens.
J'aime beaucoup les Souvenirs des comédiens illustres. Ils nous promettent souvent plus qu'ilsne tiennent, mais du moins nous sortent-ils des choses réelles, et gardent-ils un reflet de rêve. Quand ils nous parlent des batailles livrées par les Hugo, les Dumas, les Augier — comme les Souvenirs de M. Delaunay — ils gardent comme une auréole de gloire. Quand ils nous disent les tristesses de la vie de théâtre, comme les pages que vient de publier M"^ Louise France, ils ont l'intérêt navrant et puissant d'un roman tragique.
Et, en fait de roman, une autre comédienne, Yvette Guilbert, a, dans la Vedette, conté avec un art poignant les tristesses, les désespérances de la vie de café-concert, et rien n'est plus terri-