LUCAS LOUKITCH
Voyons, Antoine Antonovitch, pourquoi, je vous prioi pourquoi nous envoyer un inspecteur?
LE (iOUVEU.NKUK (avec un soupir).
Pourquoi? hélas' C'est la fatalité!... — Jusqu'à présent, grâce au ciel, ils s'étaient abattus sur les autres villes. Notre tour est arrivé.
AMMOS FEDOROVITCH
Je crois, Antoine Antonovitch, qu'il y a là-dessous un mobile plus délicat. .. politique. J'entrevois le bout de l'oreille : la Russie... n'est-ce pas?... veut faire la guerre; alors le ministère envoie un fonclionnaire savoir s'il n'y aurait pas de trahison dans l'air.
LE GOUVERNEUR
Quelle idée! Vous radulez. l'ami! Delà lralii:)un dans une ville de province? A cent lieues de la froulière ! On crèverait vingt chevaux avant de sortir de l'empire.
AMMOS FÉDOROVITCH
Vous avez beau dire... Ëcoutez-moi!... Le gouvernement a une arrière-pensée subtile ; la distance ne prouve rien, et n'empêche que la moutarde ne lui monte au nez.
LE GOUVERNEUR
Enfin, que la moutarde lui monte au nez ou ailleurs,... moi, Messieurs, je vous ai prévenus. Attention ! J'ai pris de mon côté quelques mesures, et vous conseille le même jeu. A vous parliculièrement, Artémi Philippovitch ! Il est évident que le fonctionnaire voudra d*abord visiter les services de TAssistancc publique... Tâchez que tout soit en ordre ; que les bonnets de coton soient propres et que les malades ne ressemblent pas à des fumistes, — et va comme je te pousse !