Corrupliou de Bogousiav, Thêophuuc
Voyons, filleul, tu ne peux ni boire toute l'eau de la Volkhov ni ne dois rosser tous les gens de Novogorod.
Mais Basile ne se laisse pas intimider, et assène de tels coups sur la carapace du moine que
le rouge cuivre résonna et trembla, que le gros vieillard Oudronitché s aplalit sur la terre humide et ne souffla plus. Et Basile regarda sous la cloche; mais déjà le vieux n'y voyait plus clair.
Naturellement on a discuté sur cette cloche. Les prôneurs de poésies populaires sentent si bien que ces récits sont absurdes qu'ils cherchent s'il n'y aurait pas, caché dessous, un sens spirituel. Ainsi le nom de ce vieillard signifierait déjà moine, pèlerin, car Oudronitché — Ignatitché zz Piligrimitché =1: peregrinusl La cloche symboliserait la Viétché (assemblée) de Novogorod ; à moins que cette cloche ue soit le capuchon, emblème de l'état religieux. La démarche du vieillard auprès de son farouche filleul rappellerait la fréquente intervention du clergé aux jours de désordre, intervention d'autant plus méritoire que, suivant ce récit, elle était souvent payée de coups. Contes pour les enfants, comme la piécette allemande Die wandernde Glocke (La cloche qui marche). Écoule, la cloche t'appelle à l'église; puisque tu désobéis, elle viendra te chercher! a dit la mère. Un voisin facétieux entend la menace, s'accroupit sous un vaste parapluie, et s'avance pesamment. L'enfant terrifié court à l'église, et Gœthe versifie l'anecdote. Cette cloche me semble une parente de la cloche russe.
Cette prétendue épopée finit en capucinade : Basile s'embarque pour Jérusalem.
Ayant moult rossé, moult volé, il veut avant la vieillesse sauver son âme ;
ce qui ne guérira pas ses victimes. Il jette dans le fleuve Jourdain les ancres solides, communie trois fois et
SADKO OÔ
paie complanl les popes, diacres cl vieillards qui vivent près de féglisc,
sacristains, marguiliiers, donneurs d'eau bénite, allumeurs de cierges, loueurs de chaises, marchands de chapelets, etc. Au retour, il aborde par curiosité aux monts de TArabie (?) et rencontre un crâne qui lui prédit le trépas*. Basile crache dessus et s'éloigne, lit une inscription qui Tavertit derechef, recrache dessus et s'y casse la tête. Ce, en Tannée 1171; les commentateurs russes donnent, sans rire, la date de ce mémorable événement. <( Là on enferra Basile, » conclut un beau vers sur lequel a dil suer l'imagination de l'auteur*.
Avenarious ajoute ce final :
Sa mère alors tondit en larmes, ramassa tout son avoir, distribua tout aux églises de Dieu et aux monastères. Dès lors on chanta la gloire de Basile, et cette gloire jamais ne passera.
Quelle gloire? Due à quels exploits? Enfin, avis à ceux que gène la richesse.