‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 12 sur 148 · Chrestomalhie · texte numérisé non relu

Chrestomalhie

3. CftopHiiin» ii]H)iiHRiM(ïiiin pycn;urt iiu^io^uioA (Viomniiocrii. Saint- Pétersbourg, 1885.

ILIA MOUROMETZ 29

pèlerins- voyageurs serait la pluie printanière; ces pèlerins eux-mêmes sont les nuages errants, porteurs de pluie, ombrophores. Le coursier devenu fougueux? La foudre.

La preuve en est que d'un coup Je sabot il fait jaillir une source.

Le brigand Solovéï (un devine que les savants allemands ont glosé ici) personnifie les forces brutales de la nature, hostiles à Thomme; ses sifflements, ses cris sont les orages, les tourmentes de pluie et de neige. La tâche première d'Uia, dieu-tonnerre, est donc de récréer l'atmosphère, de dissiper la nue sur la route du Soleil. Solovéï perche sur les chênes : c'est le mugissement de la tempête dans la forêt; et cette oisellerie rappelle les Harpyes. Vainqueur du brigand, Ilia va rendre hommage à Vladimir « le gentil soleil, » épithète courtoise dans la byline, mais substantif autrefois.

On voit donc qu'il y a mythe « plongeant (pour employer une formule allemande) ses racines dans la primitivité de la nature. » Mais continuons de raconter. Un jour Ilia, déjà vieux en ce temps,

sa ttlte turbulente blanchissait, et sous lui son cheval devenait nébuleux,

s'arrête dans un carrefour; une route menait à la mort, Taulre au mariage, la troisième à la richesse. Ainsi le prédisait une inscription. Ilia suivit bravement le premier chemin où il vainquit des brigands « ni peu ni beaucoup, quarante mille, » Après cet exploit il revint modifier Tinscription : • Qui suivra cette route ne sera pas tué : la prophétie mentait, » Puis il s'engagea dans la route qui promettait mariage. De fait, il rencontra un palais de pierres blanches où vivait une princesse au joli minois mais au cœur scélérat, une magicienne qui retenait captifs maints jouvenceaux ensorcelés.

Le vieux n'eut pas besoin de clefs, ses doigts arrachèrent les

serrures, ses pieds défoncèrent les portes... Sortez, princes imbéciles qui cédez aux charmes féminins I Retournez dans votre patrie, près de voire femme (s. ent. légitime), près de vos enfants!

Après ce conseil moral, il écartela la sorcière, distribua les trésors aux délivrés, brûla le palais, et revint modifier la seconde inscription. La troisième route promettant la richesse le mena en effet à des souterrains pleins d'or et de joyaux ; mais Ilia ne garda rien pour lui-même; il revint à Kiev, distribua aux pauvres, et construisit trois cathédrales où furent chantés les cantiques, où sonnèrent les cloches. — On voit le bout de Toreille. Je me méfie de ces prétendues épopées. Les vrais chants populaires, du moins soi-disant tels, sont railleurs, insolents, grivois ; parce que cette satire est la seule vengeance que le peuple, dans les siècles d'oppression, puisse se permettre, et sa meilleure distraction.

Ilia eut « d'une méchante femme » un fils, Sokolnik, lequel faillit tuer son père. Après de vains efforts pour le ramener au bien (entre temps le gars va tuer sa mère), Ilia lui règle son compte; et ce duel, prétend Porphiriev, rappelle la lutte du héros persan Roustem avec son fils Zorab. Je veux bien. Suivant un des récits, Ilia aurait péri dans la lutte contre Mamaï, le khan mongol ; son dévoûment grandit le héros en saint, et ses restes auraient été inhumés, avec ceux d'autres braves, aux environs de Kiev; un pieux ermite du xiie siècle, autrefois guerrier lui-même, fouilla le sol consciencieusement pour tenter de retrouver ces reliques. On voit que la chronologie ne préoccupait point ces rapsodes; de même ils donnèrent à Oleg, qui, dans Nestor, est surnommé Le Madré, plusieurs traits de Voljga Vséslavjévitch, chasseur titanesque du premier cycle, sachant s'assujettir, par ses métamorphoses, les forces de la nature.

Relevons dans les vingt-quatre bylines kiéviennes que nous venons de résumer quelques mots intéressants. Tout héros est un bogatyr, de boghy Dieu, ou de bouïtour, l'aurochs brutal (surnom donné au prince Vsévolod dans le

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poème digor) ou mot turc estropié ; ou (selon Porphiriev) dérivé du sanscrit bhaga, félicité, parce que ces preux réussissaient dans leurs entreprises. — Polkan, c'est-à-dire naiyKOHb, le centaure. — Polenitsy (de nojieeaTb, chasser en plein champ) amazones, ordinairement filles des héros du premier cycle. Souvent elles l'emportent sur les preux en adresse, audace et force — (on pense à la terrible femme du pauvre Gunther, dans les ISibelungen) — mais, une fois mariées, elles sont épouses soumises. Relevons aussi le nom de Samson, de la rivière Saphat (Josaphat, vallée devenant fleuve ?), de la rivière Izrai (Israël?), ce qui surprend dans des épopées autochtones, et passons aux bylines de Novogorod, qui ressemblent fort à de simples fabliaux.

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Histoire très plate des forces d'un vaurien. Sa mère, restée veuve, lui fait apprendre à lire, à écrire, à chanter; mais Yenfant de chœur préfère le pugilat, assomme les passants et, pour punir sa mère des reproches encourus, il lance des billets d'invitation :

Qui veut boire et manger du tout-prêt Vienne chez Basile dans la grand'cour.

Procédé sûr pour s'attirer des amis du même mérite. Bref, Basile devient chef de bande. Il n'est question que de coups de poing, de côtes enfoncées, de tonneaux bus jusqu'à la lie; la ville est sur les dents. On s'adresse alors au monastère de Saint-Cyrille, au parrain du drôle. Le moine « accepte l'argent, l'or et les pierreries » et endosse... la cloche du couvent. Le battant de la cloche lui sert de canne. Il vient, et vous lui fait un beau sermon pour l'exhorter à la décence :

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