CYRILLE ET MÉTHODE
leur de ces mots fut intacte autrefois*. La soumission fut donc en quelque sorte volontaire, spontanée, chose due ; et le peuple somnola comme un enfant crédule. Les abus, les violences ne le lassèrent point; car est-ce qu'on peut être olTensé par son père? 11 semble avoir soupiré comme boni JayiHP :
Gronde, soufflette-moi, frappe-moi, sois Toutrage, Sois la foudre, mais sois mon père!... Que m'imporl' De n'être que le chien couché devant ta porte, monseigneur, pourvu que je le senle là!
(V. Hugo).
« Voici le paijs de la longue patience! », s'écrie le poète Tioutc/tev (-^ iSb2j. Aucun peuple en effet n'a souffert avec autant de résignation, avec un aussi morne courage. C'esl pourquoi les conquérants qui traversèrent la Russie n'entamèrent pas le caractère national.
Pourquoi, rebelles aux coutumes étrangères, les Slaves ont-ils accepté si docilement le christianisme, — car le baptême de la Russie eut lieu sans secousse — tandis qu'ailleurs les tueries déterminaient seules les conversions? Parce que le panthéisme des Slaves était trop vague pour résister au choc de dogmes précis, etparce que leurs prêtres (leurs sorciers, si l'on veut) ne formaient point une caste homogène, capable d'ameuter la foule à la défense de leurs intérêts. Ce qui prouve que les guerres de religion n'éclateraient pas si elles n'étaient savamment fomentées ; les hommes abandonnés à eux-mêmes étant indifférents aux théogonies et aux théologies, aussi claires pour eux que la métaphysique, et aussi amusantes. Nul doute aussi que, si la mission des frères ('i/rille et Méthode fut presque une promenade» le prestige personnel de ces deux apôtres n'ait assuré leur succès. Avant d'être moines ils avaient occupé des emplois civils; Méthode (l'aîné) fut gouverneur de pro-