‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 23 sur 148 · Kavrli.se, pojiOBOM'b Ourii pyccKiix'b iMaBAin · texte numérisé non relu

Kavrli.se, pojiOBOM'b Ourii pyccKiix'b iMaBAin

^^nce; Cyrille professa la philosophie à Byzaace. Ils possédaient plusieurs langues, entre autres Thébreu. Cependant l'originalité de ces missionnaires, dont les Slaves vénèrent justement la mémoire, ne consiste pas dans leur science mais dans leur prédication indigène. On sait que les trois seuls idiomes admis à célébrer Dieu sont : le grec, le latin et l'hébreu, qui furent parlés sur le Calvaire. I.ouez Dieu dans une langue quelconque, même en charabia, il comprendra louj(ïurs! affirmèrent Cyrille et Méthode, qui, pour ce faciliter, traduisirent les livres saints en slavon. Dur labeur d'assouplir, d'affiner un idiome brut* ! Mais il n'y eut plus de barrière — la langue — entre le prêtre et le peuple. Leurs succès en Moravie excitèrent le clergé latin à les dénoncer comme hérétiques, à les déférer au pape Adrien... qui leur donna raison et « en signe d'encouragement, déposa leur traduction slave sur l'autel dans le temple de Saint-Pierre » (Porphiriev, 183). Néanmoins le clergé subalterne lutta sans trêve contre ces rivaux, et les battit en quelques régious, avec l'aide des pouvoirs séculiers, argument a fortiori,

La question n'est plus de rechercher, comme le fit Vladimir avant de baptiser ses sujets, quelle religion est la meilleure, mais quelles furent les conséquences immédiates de cette conversion au rite grec. Il s'agissait pour les confessions rivales de conquérir les Slaves, race jeune, docile, de donner l'Evangile en échange de la dlme ; il s'agissait, pour les Slaves, de recevoir l'Evangile en esquivant le joug politique caché sous le bienfait religieux. La plupart des rois de France, par exemple, à vouloir être trop chrétiens, devinrent les domestiques du clergé. L'Eglise latine fut

i. L'alphabet cyrillique comprenait 46 lettres, sur lesquelles 24 étaient grecques; les autres, emprantées à l'hébreu, à l'arménien et au copte. — Cet alphabet fut usuel jusqu a Pierre le Grand, qui réforma là comme ailleurs.

l'orthodoxie 43

toujours un État dans l'État* et, plus instruite, mieux organisée, le domina. Ayant déjà soumis des nations belliqueuses, telles que la Gaule et l'Allemagne, elle les pouvait lancer trop aisément sur les voisines; Gesta Deiperfrancosy dit la formule. Supposons donc la Russie soumise à la papauté : les tsars eussent été des comparses, comme fut Robert le Pieux, mis au pain sec par ses confesseurs, rompant un mariage utile à la France pour plaire au pape Grégoire V, Allemand de naissance; comme Louis XIV, ruinant la France pour servir le catholicisme; etc. En revanche, la Russie eût été entraînée dans le grand courant intellectuel qui nous donna la Renaissance. Eilt-ce été une compensation? Au contraire, convertie au rite grec, la Russie fut l élève et ne fut pas l'instrument du clergé. On dira qu'elle supportait déjà assez de jougs; mais les jougs et les carcans ne nous manquaient pas non plus. Elle était trop vaste, l'empire grec était trop éloigné, d'ailleurs trop énervé, et n'avait pas d'armées toujours prêtes à soutenir la propagande; régis par quatre patriarches, les chrétiens d'Orient ressemblèrent aux gens ayant plusieurs pendules et, par conséquent, jamais l'heure exacte ; la soumission des tsars au pouvoir religieux fut donc conditionnelle avant d'être purement nominale, et, sous Boris Godounov (1589), ce ne fut plus qu'un souvenir. Les patriarches grecs reconnurent — contre argent, car l'autonomie de l'Église grecque fut honteusement vendue — le métropolitain de Moscou comme cinquième patriarche.

Dès lors, le clergé national devint pour l'État une aide au lieu d'être une gêne; ses intérêts furent localisés dans la patrie; et quand il gouverna la Russie (saint Sylvestre, par exemple, pendant la jeunesse d'Ivan IV), il n'eut pas à s'occuper de plaire à des moines italiens, à des jésuites espa-

i. Le concile tenu par Iimoceatlll eu 1199 appuya an de ses décrets sur le dogme prélimiaaire de l'oppositiou de ces deux pouvoirs : Cùm duœ sint polestates a Deo conslitutœ.., — Cité par L. Rankb, IHe se?'- Oiscke HevolutioTij 8.

gnols. Aussi son ministère fut-il presque toujours un bienfait; ce Sylvestre mit Tordre partout, notamment dans la législation; il brida Ivan, qui ne devint le Terrible qu'après le départ de son tuteur, et qui, même dans son ingrate colère, appréciait très bien les services du disgracié ; dans ses lettres à Kourbski, il ne lui reproche pas d'avoir mal gouverné, mais seulement d'avoir gouverné. Tandis que dans TEglise latine la moindre contestation provoquait des supplices et des guerres, le patriarche Nikon (élu en 1652) proposait et réalisait sans férocité d'importantes réformes. Enfin, dès que ce patriarcat entravera les projets du gouvernement, Pierre le Grand remplacera simplement le patriarche, personnalité pensante, par un synode, et présidera celte assemblée de fonctionnaires, pour lesquels le véritable pape est le pape qui les paie; et la Russie trouvera que la tiare ne messied pas à l'héritier de sainte Olga, de saint Vladimir, de saint Alexandre Nevski. C'est en ce sens que letsarest véritablement le Commandeur des Croyants, ayant dans les mains le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel; et, pour ses sujets, la religion se confondit avec le patriotisme.

La Moscovie est heureuse de voir Comme son empereur, orthodoxe inflexible.

Dévot à même foi, crédule à même Bible, Considère le ciel avec le même espoir; Comme Sa Majesté, docile au même rite.

Est triste quand TÉglise est en deuil, et reprend Avec tous sa gatté quand Jésus ressuscite; Comme avec tout son peuple elle prie en pleurant;

Mi devant Dieu qui seul est grand

Pieusement se fait petite *.

Les peuples de même race, Serbes, Bulgares, etc., formèrent à cette orthodoxie une sorte de rempart; de sorte que la propagande romaine, arrêtée vers le nord-est, dut

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