CONTES POPULAIRES
CONTES POPULAIRES. —LE FIN DU FIN. - HORS DU SAC! — UNE PAROLE IMPRUDENTE. — SORT DES FEMMES. — LA BELLE FÉVRONIE. — LA PIEUSE OULIANA.
« Sur les événemeots passés peu fut écrit, de ce peu, peu fut sauvé; et dans cette littérature fragmentaire nous trouvons un ramassis de redites. D*où il appert combien sont bornés l'esprit et le destin de l'homme. » Goethe {Pensées,)
Hélas, oui ! Et les contes populaires russes n'échappent pas à cette dure sentence. On nous les a présentés comme produits autochtones, ayant saveur native et goiH de terroir, rapportés de régions lointaines» inexplorées... C'était malice ou crédulité. La forme bizarre d'une bouteille ne prouve pas l'origine du vin, et sous les dénominations inventées par les cuisiniers Heure toujours le même fricot. De même, et cela soit dit sans reproche, on retrouve parmi les contes russes un fond commun, transmis de siècle en siècle, assaisonné par chaque peuple à sa fantaisie : La Belle au Bois Dormant; Le Chat Botté ; des bribes du Roman du Renard ; des fragments des Mille et Une Nuits ; etc. ; et le petit nombre de contes indigènes ne soutient pas la comparaison avec les merveilleux récits venus de l'Orient*. La langue nouvelle, quelques détails ingénieux, quelques traits de mœurs font admettre dans la littérature d'un peuple le récit emprunté ; et, à ce titre, La Belle au Bois, conte
1. « Après la lecture des Milte et Une Nuits, les contes russes m oDt semblé ridicules » (Koltsov). — « 11 semble parfois qu'il n'y ait aucun sens dans ces contes d (Vodovozov, Littérature^ p. 80).
indien, appartient justement en russe à Joukovski, comme en français à Perrault.
Les contes après l'épopée. — comme la ruse après la force; d'où le rôle important du renard. Après lui, le chat (animal asiatique, notez bien) occupe une place d^honneur dans les contes russes; Minet (là-bas Vasjka ou Mourlyko) s'y fait servir par le mouton et par la chèvre, mais les instruit, les éduque et les tire du danger. Il s'élève même à la hauteur morale du dévouement; ainsi (dans Y Anneau magique) sauvé jadis de la rivière, il sauve à son tour par d'ingénieux services son bienfaiteur incarcéré, condamné à mourir de faim. On se souvient que dans Reinecke Fuchs le chat (Hinze) est, après le renard, l'émissaire le plus rusé choisi par le lion. — Les oiseaux ne sont pas méconnus : le pivert nourrit, outre sa famille, le chien qu'il charge seulement de veiller sur sa couvée*. Il le gorge de victuaille; mais le grossier animal, une fois soûl, demande davantage : des fêtes. Le pivert trouve moyen de l'amuser. N'est-ce pas l'image du peuple aux gages d'un plus sage pensant pour lui, et qui demande, après le pain, le vin puis le cirque*?
Dans riTHMiA iiaijin. (Recueil de Polévoï, Saint-Pétersbourg, 1874) un jeune garçon oblige des oiseaux qui, en revanche, lui enseignent leur langage; et cette connaissance lui procure la fortune. On voit la bonté récompensée. (Dans Grimm, Die iveisse Schlange.) Dans Le fin du fin