DÉMÉTRIUS. - LA SCOLASTIQUE
Comment ne pas « parler théologie », fût-ce maladroitement? C'est dans les questions religieuses que se concentra pendant plusieurs siècles la vie intellectuelle. Il est curieux de voir la réforme de TEglise gréco-russe agir de haut en bas : les patriarches s'émeuvent, les princes adhèrent, les conciles concluent, les fidèles résistent; — tandis que la réforme de l'Eglise catholique agit de bas en haut : le peuple proteste, le moine de Wittemberg affiche ses protestations qui gagnent les bourgeois, puis les princes; la résistance vientdes autorités ecclésiastiques. Ce phénomène assez rare suffirait à expliquer l'antagonisme farouche de la Pologne et de la Russie, dans laquelle peuple et gouvernement étaient d'accord (de nouveau, phénomène assez rare) pour repousser
rinvasion romaine*. Derrière les Polonais s'abritait lÉglise latine; leurs qualités brillantes, le vernis* de leur civilisation les rendaient d'autant plus suspects; et contre le catholicisme qui^ refoulé du sud au nord, tentait de pénétrer vid Varsovie, la Russie combattit pour ses croyances et pour sonindépendance; la religion sépara des peuples, slaves tous deux, que le sang et la langue eussent dû spontauément rapprocher*.
La Pologne a été tuée par son fanatisme catholique, et c'est à ce titre qu'elle mérite la couronne du martyre.
« Henri n'eut pas plutôt appris qu'il était ro> de France (1574), qu'il s'enfuit de Cracovie. ïl emportait aux Polonais les diamants de la couronne. En revanche, il leur laissait un autre trésor, les Jésuites, que le nonce avait fait venir, et qui devaient faire laruine du pays. Organisant la persécution... ils amèneront la défection des Cosaques^ au profit de la Russie » (Michelet).
En effet, sous couleur de combattre le protestantisme, les Jésuites envahirent les provinces orthodoxes et convertirent l'aristocratie par la promesse de charges officielles et lucratives; le clergé russe, séduit parlesmêmes privilèges, apostasia en masse; la résistance se rencontra seulement dans le peuple. — Le catholicisme tenta alors un mouvement tournant : il convoqua le concile de Brest et proposa la fusion des deux Églises, grecque et romaine, sous la suzeraineté