De son vrai nom : Nikita Minine
2. Je réaame le très intéressant ouvrage de A. Dukobij. Saiot-Pétersbourg, 1891.
village natal, voit son père mourir, recueille Thérilage, se marie pour le diriger, et redevient paysan. Mais Tesprit religieux l'obsède; après entente avec son beau-père, il entre dans les ordres à vingt ans. et devient pope.
Inflexible dans les questions religieuses, d'une conduite exemplaire, d'un commerce agréable, le nouveau pope attire les regards. Les marchands de Moscou l'entendent prêcher et lui procurent un avancement rapide dans la capitale. Mais Nikon s'attriste, le succès Tinquiète ; la mort successive de ses trois enfants lui parait un châtiment divin; le monde et ses iniquités reiîarouchent... Il persuade sa pauvre bonne femme, la tond, lui passe le béguin, la cloitreà perpétuité; et^ débarrassé ainsi de tout ce qui le gênait, il fuit et devient moine au bord de la mer Blanche. Il passe là sept années. La confrérie se ravitaillait par des quêtes (une seule rapporta 500 roubles) et se chamaillait sur l'emploi de l'argent. Agacé, Nikon s'abouche avec un camarade, grée une barque, navigue sans boussole, est jeté à demi-mort sur un ilôt et, pour n'y point crever de faim, se risque à nouveau sur ses quatre planches. Bref, il se sauve, entre dans un autre couvent où il obtient la faveur de vivre seul sur un îlot dédaigné. Deux ans après, le prieur meurt, Nikon est élu à sa place, envoyé comme quêteur à Moscou, et s'y rencontre avec le tsar Alexis... Admirez la destinée! Ce tsar « au front étroit » (d, ysKM.M'b .ii,6o>n.), dévot renforcé, rompu à tous les exercices religieux au point de rester pendant le Carême cinq heures à l'église et d'y exécuter mille génuflexions (!), devait subir l'ascendant de l'ascète énergique. 11 le prit pour ami, pour confldent; bref, au milieu de circonstances extraordinaires, l'imposa patriarche.
Nikon réforma dans l'Église et dans l'État; contrarié par les réactionnaires, par les envieux, par les fainéants qu'il secouait, par les courtisans qu'il surveillait, et par son propre clergé dont il réfrénait les excès. Cette coalition représenta au tsar les dangers d'une théocratie grandissant pour asservir la royauté; tant qu'à la fin Nikon, abandonné par
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son ami au front étroit, fut déposé par ce même coacile dont il n'avait qu'appliqué fidèlement les décisions prises en commun. Redevenu simple moine, le disgracié fut exposé à de mesquines vexations; le tsar Toublia longtemps, mais enfin, ses malheurs privés ayant éveillé ses remords, il eût voulu se réconcilier. Son successeur, Fedor III, exigea le retour du proscrit, qui mourut en route, âgé de soixante-seize ans. Les obsèques furent solennelles; le nom de patriarche fut restitué au défunt, et TEglise orthodoxe le vénère encore à ce titre.
Rappelons que le patriarcat fut aboli (en 1700) par Pierre le Grand. L^État ne devait pas obéir à deux maîtres : un autre patriarche eût pu surgir, aussi énergique que Nikon et plus heureux.