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De Paris au Tonkin, par M. Paul Bourde

l'esprit chinois. 3(5

qu'ils pourraient nous fournir seraient égalemeiït profitables et à nos politiques et à nos philosophes. La civilisation qui fleurit sur les bords du fleuve Jaune et du fleuve Bleu n'est pas seulement la plus ancienne du monde, elle est aussi l'une des plus compliquées. Un Chinois disait à un Européen : € Quoi que vous disiez de mon pays, je vous soutiendrai le contraire, et nous aurons tous les deux raison ».

€ — Connaissez-vous la patrie du dragon volant et des théières de porcelaine? Tout le pays est un cabinet de raretés, environné d'une immense et interminable muraille gardée par 100000 sentinelles tartares. C'est une curieuse contrée et un curieux peuple. La nature, avec ses apparitions grêles et contournées, ses fleurs gigantesquement fantasques, ses arbres nains, ses montagnes découpées, ses fruits voluptueusement baroques, ses oiseaux parés et bariolés, est là-bas une caricature aussi fabuleuse que l'homme avec sa tête pointue et couronnée d'une flamme chevelue, ses révérences, ses ongles démesurés, sa vieille et intelligente gravité et sa langue enfantine composée de monosyllabes. Dans cette étrange contrée, la nature et l'homme ne peuvent se regarder sans rire ; mais ils ne rient pas tout haut, ils sont tous deux trop civilisés pour cela et trop polis, et en cherchant à contenir les éclats de leur gaieté, ils font les grimaces les plus bizarres. » Ainsi parlait Henri Heine, qui ne connaissait, à vrai dire, que la Chine des paravents et des potiches. Mais un Anglais, M. Hunter, qui a passé la meilleure partie de sa vie à Canton, convient que

le royaume fleuri est pour l'Européen qui l'habite le pays des étonnements et des surprises, que les fils de Han semblent s'être appliqués à prendre en toute chose le contre-pied de nos idées, de nos opinions et de nos mœurs *.

La Chine a décidé depuis des siècles, dans sa profonde sagesse, que le blanc était la couleur dd deuil et le bleu celle du demi-deuil, que la chauYe-souris était l'emblème du bonheur et le canard 16 symbole des félicités domestiques, que les pantalons ne conviennent qu'aux femmes, que les hommes doivent porter des jupes et nejamais quitter leur éventail, que les habits n'auraient pas de poches» qu'on serrerait ses papiers dans ses bas et dans ses bottes, qu'il faut laisser les fourchettes aux barbares et se servir de bâtonnets pour pousser adroitement le morceau dans la bouche, qu'il convient d'écrire au pinceau dans des colonnes perpendiculaires et qu'un cavalier qui se respecte monte toujours à cheval du côté droit, que ce ne sont pas les ancêtres qui anoblissent leurs descendants, que ce sont les descendants qui anoblissent leurs ancêtres^ que le secret de la médecine est le yin et le yang on le principe mâle et femelle, et qu'au surplus on doit payer son médecin tant qu'on se porte bien et ne plus le payer dès qu'on tombe malade.

Gomment ne pas s'étonner dans un pays où l'on voit partout des fleurs, sauf dans les jardins, et dont les habitants, qui semblent tenir beaucoup à la vie, n'ont pas de plus cher souci que de se munir long-

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