‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 150 sur 280 · G. BUTIN · texte numérisé non relu

G. BUTIN

Maire de Margny-lès-Gompiègne,

Candidat républicain démocratique.

lre Circonscription de SENLIS

M. GHO PINET.

Élu au 1er tour de scrutin. — 6.303 voix.

Mes chers compatriotes et chers concitoyens,

En république, c’est je peuple tout entier qui est le souverain, c’est-à-dire l'arbitre unique, le maître absolu de ses destinées.

C’est en vertu de cette souveraineté, conséquence de l’égalité naturelle, que voici encore une fois votre avenir, l’avenir du pays, l’avenir de la République entièrement remis en vos mains.

Vous ne perdrez pas de vue que, pendant cette nouvelle période de quatre années, c’est le scrutin du G mai prochain qui dirigera la marche des affaires publiques et gouvernera souverainement la France.

Vous aurez donc pleine conscience de la gravité de l’acte souverain que vous allez accomplir eu votre triple qualité d'hommes, de citoyens et de Français, Avant de vous rendre au scrutin, vous vous recueillerez en vous-mêmes pour n’agir que sur les conseils de votre raison et d’après les ordres de votre conscience, seules autorités que reconnaissent les hommes vraiment libres qui ont le sentiment de leurs droits de nature et qui ont le respect d’eux-mêmes.

Mon passé politique déjà long me donnait droit au repos; maïs les circonstances particuliérement graves dü temps présent m’ont fait un impérieux devoir de céder enfin aux ardentes sollicitations de tous les républicains sincères de cette circonscription, en acceptant le lourd fardeau de la candidature législative, A vous de juger si je suis encore de force à remplir une fois de plus les obligations qu’elle comporte !

J’adresserai très prochainement à chacun de vous^ sous forme de circulaire, mon programme motivé, ne pouvant vous en mettre ici sous les yeux que le sommaire :

1. Réformes politiques, a) Révision de la constitution dans Je sens le plus républicain et le plus démocratique; suprématie absolue de la représentation nationale, prorogation et rappels en session fixés par les Chambres elles-mêmes; suppression du droit de dissolution, — b) La Chambre des Députés rendue permanente comme le Sénat, au moyen de son renouvellement partiel et par tiers tous les deux ans. — c) Élection des sénateurs par tous les élus du suffrage universel : députés, conseillers généraux, conseillers d'arrondissement, conseillers municipaux.

IL — Réformes judiciaires. — a) Gratuité absolue de la justice, afin d’assurer à tous une efficace et égale protection de la loi. En matière civile, diminution considérable des frais de, procédure qui j actuellement, dévorent les petits héritages et détruisent la petite propriété. — b) Réforme de la magistrature. — c) Simplification de la procédure et des codes.

JÏJ, — Réformes militaires. — a) Suppression des Conseils de guerre en temps de paix et pour 1rs délits de droit commun. — ■ b) Réduciion d’un tiers, au moins, des périodes d’instruction militaire. — c) Réforme fondamentale du régime de la caserne, comportant pour le soldat un complément d’éducation civique et morale, d’instruction générale et professionnelle.

IV, — Réformes agricoles, — a) Révision du cadastre, — b) Dégrèvement graduel des petites cotes foncières, — c) Abaissement du tarif des chemins de fer pour le transport des produits agricoles ou se rapportant à l'agriculture, — d) Généralisation des assurances contre les épizooties* la gelée et la grêle.

V, — Réformes fiscales. — a) L'impôt direct rendu réellement proportionnel par la progression, — b) L'impôt indirect ou de consommation réduit pour tout ce qui est nécessaire à Fa limen talion, à l'habillement, à Fécïairage, et rendu progressif au prorata du luxé*

VI, — Réformes sociales — a) Assistance aux invalides de Fâge, de la maladie et des accidents. — b) Retraites ouvrières et paysannes, — c) Organisation d'un système général d’assurance sociale, s'appliquant à la totalité des travailleurs de Findustrte, du commerce et de l'agriculture, contre tous les risques de fa vie. — d) Précision et extension de la loi sur les syndicats corporatifs. — e) Rentrée, dans le domaine de l'État, de certains monopoles et services publics, à mesure que l'exigeront les intérêts de la défense nationale et de la production agricole et industrielle, tels que mines, chemins de fer, raffineries, rectification de l'alcool, etc, — f) Maintien, contre l'utopie collectiviste, du principe de la propriété individuelle,

VIL — Politique extérieure. — a) Affirmation do l'idée et du sentiment de patrie. — b) Développement et, application de l’arbitrage international* pour concilier les différends entre les nations et prévenir les guerres de conquêtes.

Je n’ai voulu formuler ici que les réformes qui me paraissent les plus urgentes pour Famélio ration actuelle du sort du plus grand nombre, surtout dans nos campagnes, et qu'un peu de bonne volonté pourra facilement réaliser, sans trouble et sans secousse, au cours des quatre années de la prochaine législature.

Ce programme de réformes, qui, malgré son importance capitale, ne marque encore qu'une étape du progrès indéfini, je Fai exposé, expliqué, précisé et longuement motivé dans un grand nombre de réunions publiques où il a êEè approuvé par les électeurs. Mais vous le savez, pour qu’une réforme devienne loi, il ne suffit pas qu’elle soit juste dans son principe et bienfaisante dans ses efTets; il faut encore qu’il se trouve, au sein des deux Chambres, une majorité assez amie du peuple, c’est-à-dire assez foncièrement républicaine, pour lui être favorable. Cette majorité-là, c'est à chacun de vous, c’est au suffrage universel à la faire !

Pour moi, je ne puis vous promettre qu'une chose : c'est, au cas où je serais élu, de ne rien négliger pour faire arriver en discussion chacun des articles de notre programme* et de le voter au cas échéant. Gela, je vous le promets dans toute la sincérité de mon âme. D’ailleurs* mon déjà long passé politique, que vous connaissez tous, puisque c'est vous qui m’avez ouvert la carrière, est ! e plus sûr garant de ma fidélité à mes engagements et de mon zèle persévérant à les remplir dans foute leur étendue.

A mesure que va approcher l’heure décisive du scrutin, la réaction aux abois en arrivera à Remploi des pires moyens, pour essayer de tromper la bonne foi publique et de duper le suffrage universel. Elle se fera tour à tour hypocrite et doucereuse, violente et menaçante ; elle appellera à son aide l'argent, Ja calomnie et la peur. Eclairés et avertis par l'expérience du passé, vous resterez fermes dans vos résolutions et, par le scrutin législatif du 6 mai prochain t, vous donnerez une éclatante confirmation à la victoire républicaine remportée, dans ce département, lors des élections sénatoriales, en janvier dernier.

Au scrutin, pour la morale et la justice I pour la France et la République I

Dr CHO PINET,

Ancien député.

Maire de Crêpy-en'Valois, Vice-président du Conseil général de l’Oise,

2‘ Circonscription de SENLIS.

M. Jules GAILLARD.

Elu au 1er tour de scrutin . — 6.663 voix.

Mes f: ii ers Concitoyens,

Je viens de nouveau solliciter vos suffrages. Vo usine connaissez personnellement depuis assez longtemps, vous avez assez de fois approuvé Ja politique que J'ai suivie pour que je nVie pas besoin aujourd'hui de vous donner de longues explications sur ce que je suis, ce que j'ai fait, ce que je ferai*

Depuis quatre ans, les semences de division et de haine jetées dans le pays ont porté leurs fruits. Vous avez vu une coalition d’appétits, sous le nom de bloc, s'emparer du Gouvernement, vous avez vu la franc-maçonnerie organiser tout un système de mouchardage politique et privé pour permettre au bloc de se maintenir au pouvoir. Les intérêts vitaux du pays, sa prospérité industrielle et économique, les justes revendications des travailleurs de la terre et de l'usine, rien de tout cela ne préoccupait les arrivistes et les sectaires qui s'étaient abattus sur la France comme sur une proie.

Nous n'avons cessé de les démasquer, nous Savons cessé de faire appel au bon sens des électeurs et un jour est venu où, au Parlement, il ne s'est plus trouvé de majorité pour défendre les ignominies qui y étaient révélées. Notre frontière de l'est découverte par l'incapacité et l'inconscience du général André, notre murine détruite par M, Pelletan, des délégués substitués par V Administration aux élus du suffrage universel, la délation érigée en système de gouvernement : il était impossible qu’une Chambre républicain ê pût approuver de tels faits, de telles mœurs et les couvrir.

Le Parlement nous a donc une première fois donné raison en obligeant M* Combes à quitter le pouvoir* C’est maintenant au pays qu'il appartient de dire si, oui ou non, il entend voir recommencer une politique qui, non contente de préparer la guerre civile par la séparation des Églises et de l'État, dont on veut faire une armé de combat contre les Églises, a laisser s'organiser la guerre sociale par les encouragements donnés aux bourses du travail et une indigne tolérance vis-à-vis de l’ignoble propagande des sans-patrie. Nous sommes à phture actuelle sur une pente fatale où peuvent sombrer, eu même temps que nos libertés, l'ordre public, la société, la République et la Francs.

Que tous ceux qui ont encore au cœur la iidélitô aux glorieux principes de 1789, qui veulent la sécurité intérieure, qui estiment que c'e^t par le développement do toutes les libertés et par L'amélioration constante du sort des travailleurs que doit se réaliser l’idéal républicain; que ceux-là s'unissent pour résister et pour vaincre toutes les forces de désorganisation et de révolution que la politique du bloc a déchaînées.

Vous connaissez par les journaux les votes que j'ai émis durant la dernière législature. Cette œuvre législative aurait pu être plus féconde en résultats, si, au lieu d’absorber tous les instants de la Chambre dans une lutte contre le soi-disant danger clérical, on nous avait permis de consacrer nos séances à toutes les réformes qu’attend Ja démocratie laborieuse, réformes que j’ai toujours soutenues et que je ne cesserai de soutenir, comme la suppression de la contribution personnelle et mobilière et de l’impôt des portes et fenêtres, —■ l’établissement de FifflpM proportionnel sur le revenu avec hrges dégrèvements à la base pour compenser la progressivité à rebours des impôts indirects, — les Conseils du travail où seraient appelés tous les ouvriers syndiqués ou non, — - les tribunaux d'arbitrage en cas de

conflit entre patrons et ouvriers, — la révision du cadastre, et une meilleure péréquation de l'impôt foncier, — la représentation légale de l'agriculture, — l'organisation du crédit agricole» — la réduction des frais de justice, et des droits de mutation, la réduction des frais de transport sur les voies ferrées, — le développement de la mutualité sous toutes ses formes.

Los grandes lois que je vous avais promis de voier et que j’ai votées, la loi sur l'assistance obligatoire aux vieillard*, la loi sur les retraites ouvrières et la loi sur fa réduction du service militaire à deux ans, ont été adoptées par la Chambre, mais il est à craindre que deux de ces lois qui ont pourtant une portée sociale considérable et qui suppriment des injustices criantes dans une démocratie, ne puissent pourtant donner tous leurs résultats, car elles ont été conçues à la hâte; mais vocs pouvez être assurés que je ne manquerai pas de voter toutes les mesures qui pourront permettre leur prompte application*

Mes chers Concitoyens,

Je n5ai cessé, toute ma vie, de soutenir une politique de liberté, d'apaisement et de concorde entre les citoyens* La démocratie a toujours eu en moi un serviteur dévoué et j’ai appuyé énergiquement ses revendications* Je l'âi suivie loyalement, cherchant, non pas à la flatter, mais à lui être utile* Ce qui touche à l'agriculture ne mJa jamais laissé indifférent et j'ai été pour elle un ardent défenseur.

Partisan d’une République honnête; libérale, où le Gouvernement s'appuierait sur les élus du suffrage universel et non sur des « délégués » ou d’odieux mouchards, où les citoyens s'aideraient entre eux au lieu de se déchirer; soucieux de l'ordre public qui assure la prospérité industrielle et l'essor économique du pays; déplorant les excitations malsaines qui poussent le monde du travail sur la route de la révolution ; réprouvant de toute mon indignation les menées des anarchistes et des sans-patrie qui affaiblissent notre moral et Ouvrent la France à l'invasion ; je suis convaincu que ce sont îà vos propres sentiments*

C'est pour continuer celte œuvre républicaine et française, que je vous demande, mes chers Concitoyens, de me maintenir votre confiance*

A vous de dire si vous vouiez rester attachés aux idées de liberté, d'honnêteté politique, de fraternité entre les citoyens, de justice sociale et de progrès démocratique.

Voire dévoué concitoyen,

Jules GAILLARD,

Député sortant.

Conseiller général de l'Oise*

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