‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 165 sur 280 · TERRITOIRE DE BELFORT · texte numérisé non relu

TERRITOIRE DE BELFORT

M. Charles SCHNEIDER,

Chers Concitoyens,

Tous les républicains sincères, à quelque nuance qu’iis appartiennent, étroitement unis par les sentiments de solidarité démocratique et soucieux d orienter sans ees^e notre chère République vers son idéal de justice, de bien-être et de liberté, ont jugé que j'avais fidèlement rempli le mandat qui m’avait été confié en 1902.

ils m’ont demandé dTêtre à nouveau le candidat d'union républicaine et m’ont renouvelé leur confiance entière.

C’est pourquoi, vivement touché de leur témoignage de sympathie et d’encouragement dans l’œuvre commencée, je viens solliciter encore une fois les suffrages de la démocratie du Territoire.

J’ai conscience d’avoir fait mon devoir de républicain, de démocrate convaincu que la République ne doit pas être un vain mot, nne simple étiquette, mais un gouvernement assurants tous le droit et Féquité, tendant une main fraternelle, pour les aider dans la lutte, à tous ceux qui vivent d’un labeur quotidien, aux faibles et aux humbles.

Iî fallait tout d’abord déblayer la route qui mène au progrès social de l’obstacle séculaire, s’attaquer au cléricalisme, forteresse commune de toutes les réactions. Les plus avancés de notre parti, comme îes plus modérés, pensaient que c’était de ce côté qu’il était nécessaire, indispensable de livrer la première bataille.

Aussi bien est-ce sans hésitation que j’ai vo:ô les mesures demandées par un gouvernement énergique pour arrêter le mal effrayant fait à notre pays par la congrégation et couper dans ses racines ce funeste enseignement congréganiste, qui ne tendait à rien moins qu’à diviser la jeunesse et, par suite, notre pays en deux Franees ennemies, Fune servilement soumise à la curie romaine et méditant d’asseivir l’autre, appuyée sur la raison, la liberté de conscience, la souveraineté nationale.

De même l’Église de Rome s’était insurgée contre les lois de la République et avait fait de la religion un parti politique rêvant de nous ramener aux privilèges dn passé, aux régimes déchus* Le pape s’immisçait audacieusement dans nos affaires extérieures, critiquant nos relations et nos alliances, en vi dation du Concordat. La séparation était fatale* Je l'ai votée dans un but d’apaisement, de libération de l’État et de l’Église* telle qu'elle est, la loi est respectueuse de la liberté religieuse, elle assure l’exercice du culte. Tous les hommes de bonne foi en reconnaissent le caractère généreux et libéral*

Le bloc républicain rte s'cst pas borné à lutter contre le cléricalisme. Les lois les plus importantes, qui vous intéressent au plus haut degré, ont été établies, et je me félicite devoir ! par mon suffrage, contribué à leur adoption définitive*

L'extensîon de la compétence des juges de paix permettra, dans un plus grand nombre de cas, aux humbles de recourir à celte juridiction de paix, très peu coûteuse, dont le nom même indique F esprit conciliant et paternel. À bref délai, la diminution des frais de justice devant les tribunaux s’imposera ; il faut que, dans une démocratie, chacun puisse défendre ses intérêts et ses droits, quelque situation qu'il occupe*

L'assistance aux vieillards et aux infirmes est une loi d'humanité dont peut s’enorgueillir la majorité républicaine du Parlement.

Le service de deux ans allégera l'impôt du sang, si lourd pour nos ouvriers et nos cultivateurs. Cette réforme était déjà dans mon programme de 1S98 et je Fai votée, comme j'ai voté la réduction des périodes de 28 et 13 jours, avec l'assurance que la défense nationale n'en sera pas diminuée.

C'est encore avec le sentiment du devoir social qui nous incombe à tous que j’ai voté les caisses de retraites ouvrières et paysannes, afin d'assurer contre la misère la vieillesse do travailleur.

Voilà l'œuvre accomplie par le bloc républicain, saris parler d’autres réformes secondaires. Nulle législature ne fut, depuis la fondation de la République, plus féconde en résultats heureux pour la démocratie.

La législature prochaine devra Être surtout consacrée à Fétude et à la réalisation d'autres réformes sociales, dont voici les plus urgentes :

Impôt progressif sur le revenu en tenant compte des charges de famille. Ce sera le grand dégrèvement des villages ;

Constitution d’un bien de famille insaisissable, pour assurer au cultivateur une maison, un lopin de terre et le retenir ainsi dans nos campagnes ;

Extension du crédit agricole, développement de renseignement agricole, encouragement, par de larg s subventions, aux syndicats d'agriculteurs et aux sociétés de secours mutuels comte la mortalité du bétail ;

Suppression de l'inamovibilité de la magistrature. Loyalisme républicain exigé des fonctionnaires de toutes les administrations;

Suppression des conseils de guerre en temps de paix;

Réduction des gros traitements pour améliorer la situation des petits fonctionnaires, instituteurs, postiers, employés des indirectes, douaniers, forestiers, cantonniers, etc;

Modification de la loi des accidents du travail pour protéger plus sûrement les droits de l’ouvrier, développement et protection des lois syndicales, — caisses d'assurances contre îe chômage, — conseils permanents d'arbitrage pour régler les conflits du travail et du capital, — organisation de la participation des ouvriers dans les bénéfices, — adoption du projet Berteaux en faveur des employés de chemins de fer ;

Repos hebdomadaire pour les employés des deux sexes comme pour les ouvriers ;

Retour à l'État de certains monopoles, tels que chemins de fer, mines, etc., pour en faire dos services publics;

Protection des ouvriers français. Encouragement à la mutualité.

Les intérêts du commerce, du petit commerce surtout, ont aussi besoin d’être utilement défendus. Je me déclare d'avance prêt à appuyer dans ce but toutes les mesures conformes à la justice et à la liberté.

Gomme tout bon citoyen, soucieux de la prospérité et de la richesse de notre pays, je pense que notre industrie nationale a droit à toute notre sollicitude. Il faudra étendre dans 003 colonies la culture du coton pour permettre à nos filatures et tissages, qui occupent dans notre Territoire un grand nombre d'ouvriers, de soutenir la concurrence étrangère et de prospérer.

Tel est, mes chers concitoyens, Je programme à la réalisation duquel, par étapes suc-

cessives, je m’efforcerai de contribuer dans la mesure de mes attributions, si vous me faites l’honneur de m’envoyer à la Chambre des Députés.

J’estime qu’une politique de paix, appuyée sur une puissante armée, respectueuse des lois républicaines et de nos institutions naiionales, est le plus sûr gage des progrès futurs, des améliorations sociales, de la grandeur de la République française et do son influence morale dans le inonde. C’est la seule qui [puisse nous conserver, resserrer encore les alliances et les amitiés si précieuses qu'elle nous a déjà acquises. Avec la grande majorité des citoyens, j’y reste fermement attaché, convaincu de bien servir ainsi la patrie et l’humanité.

Vive la France 1 Vive la République démocratique !

Charles SCHNEIDER,

“ Maire de Belfort, président du Conseil général,

Député sortant.

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