‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 164 sur 280 · E. BARTISSOL · texte numérisé non relu

E. BARTISSOL

Député sortant, Propriêtaire-vitieul teur.

2° Circonscription de PERPIGNAN,

M. BOURRAT*

Élu au 1er tour do scrutin* — 7,052 voix.

M. Bourrât n'a publié aucun document électoral aux élections générales de 1006,

Circonscription de PRADES.

M. Emmanuel BROUSSE Élu au Vr tour de scrutin, — 5.168 vois.

Chers Concitoyens,

Le 6 mai, la France tout entière devra choisir ses représentants à la Chambre des Députés. Jamais heure plus grave ne sonna pour la patrie et pour la République.

Le pays doit choisir entre deux politiques : la politique de Tordre et la politique du désordre, II doit manifester son sentiment sur le régime de délation, de favoritisme, de suspicion, de troubles continuels, d’intolérance et de désorganisation nationale, et dire s’il veut continuer à voir la liberté foulée aux pieds, l'égalité méconnue, la fraternité anéantie.

Avec l’adhésion de la plupart des municipalités de l’arrondissement, je me présente a la députation comme candidat nettement, fermement, résolument républicain.

Conseiller d’arrondissement et conseiller général du canton de Saillagouse depuis 1895, vous n’ignorez pas avec quelle ardeur inlassable et quelle constante activité j’ai défendu les intérêts des populations cerdanes*

En moins de dix ans, !e canton que j’ai l’honneur de représenter a vu son réseau vicinal presque terminé, un chemin de fer électrique en voie d’achèvement, deux autres voies ferrées prêtes à se construire, l’élevage encouragé, d’innombrables subventions réparties sur toutes les communes, les désastres causés par les inondations et les épizooties entièrement réparés, des améliorations importantes, des progrès considérables réalisés dans chaque localité.

Je puis dire sans forfanterie que la Gerdagne a été, grâce à mes efforts, transformée, embellie et mise en valeur.

Au point de vue des principes, mon passé de militant républicain, de fils de républicain, me dispense de toute longue profession de foi* D’ailleurs, on verra plus loin ce que pense mon concurrent lui-même de mon républicanisme aussi ferme qu’incontestable*

Aussi, j’aborde immédiatement les points principaux de mon programme.

Programme politique.

Je suis d’avis qu’il faut substituer à une majorité issue d’une coalition disparate nue majorité de républicains fermement unie sur les questions vitales,

ATextérleur, je souhaite passionnément la paix, avec le maintien d’alliances intangibles et l’affermissement de T entente internationale, sous condition du respect des droits et de la dignité de la France*

A L’intérieur, j’opposerai aux agitations stériles le progrès démocratique, au prétendu antagonisme de .classe la solidarité sociale.

Je réclame :

La réforme électorale, clef de voûte de toutes les réformes, pour fortifier l'autorité imraie de la représentation nationale et faire d'elle l’image fidèle du pays.

Je suis partisan du scrutin de liste avec représentation proportionnelle*

^ réforme des méthodes de travail parlementaire, pour rendr l’œuvre législatif» rapide et i?lus féconde;

La réforme financière, pour refondre les parties vieillies de notre système fiscal, rendre r impôt vraiment proportionnel aux facultés de chacun, tn demandant davantage à la richesse acquise pour dégrever les contribuables peu fortunés et les fa milles nombreuses, mais en repoussant toute inquisition dans les affaires privées des citoyens;

La réforme administrative, pour remédier à 1 excès du fonctionnarisme qui épuise et paralyse la nation, pour stimuler les énergies locales, accroître les franchises des départements, des cantons, des communes, faciliter le groupement des intérêts régionaux ;

La réforme judiciaire* pour rendre la justice plus expéditive et moins coûteuse, mettre nos Codes en harmonie avec les transformations de la société moderne, assurer aux justiciables des juges éclairés et indépendants ;

Les réformes sociales appelées à prendre le premier rang dans les préoccupations parlementaires en assurant une égale sollicitude des pouvoirs publics aux travailleurs des chamj s et aux travailleurs des villes.

Après l'assurance sociale contre la vieillesse et les retraites ouvrières, je poursuivrai rassura nce contre la maladie et le chômage, ^organisation de l’apprentissage et de renseignement professionnel, la défense de la santé publique, la protection des intérêts de la femme et de l'enfant, la création des conseils do travail et des tribunaux d’arbitrage et de conciliation, le développement de la mutualité sous toutes ses formes, la révision do la loi de I8S/1 sur les syndicats professionnels, pour élargir leur capacité et leur champ d’action, a la condition de h s maintenir dans leur rôle économique et de prendre les garanties nécessaires pour qu’ils ne deviennent ni un foyer d'agitation révolutionnaire, ni mie cause de désorganisation des services publics.

Itésoiu à combattre énergiquement les uLopies des. collectivistes et à placer, au-dessus de toute atteinte, la propriété individuelle, je veux en faciliter l’accès ou plus grand nombre de citoyens par Taccord fécond du capital et du travail et la recherche de moyens pratiques permettant de les associer plus intimement à l'œuvre commune.

J 'estime que la loi sur la séparation des Églises et de l’État ne doit pas être transformée en une arme de guerre contre une partie de la nation, et qu'elle doit être appliquée loyalement, sans arrière-pensée sectaire, en dehors de toute tracasserie mesquine, de manière à assurer la pleine liberté des cultes et la paix religieuse.

’ Avec la dernière êuergie, je condamne les théories criminelles qui, en affaiblissant noire armée ou notre marine, compromettraient la défense nationale*

Je réclame que Pécule enseigne le dévouement à la patrie, que les lois soient inflexiblement appliqu- es à la propagande contre le devoir militaire.

Flétrissant le- ignominieuses pratiques 4e la délation, je suis décidé a exiger que le Gouvernement de la Frapce répudie les procédés à l’aide desquels on prétendait courber et avilir les consciences* Je veux que la* République soit par essence le règne de la justice, de la liberté et de l’honneur.

Programme, économique.

Tel est mon programme politique. Mais je déclare hautement que la politique est ce qui njp préoccupera le moins* La politique est la chose qui nous divise le plus* File doit être reléguée au second pian.

La politique n’a servi qu'à déchirer et à diviser la France, 11 est temps qu’elle cède le pas aux questions économiques.

Malgré les progrès immenses accomplis dans ces dernières années, l'arrondissement de Prades est encore le plus déshérité au point de vue des chemins vicinaux* 12 communes j&Onï encore enclavées et n’ont au gu ne route pour assurer F écoulement de leurs produits. Il faut que cette situation regrettable cesse au plus vite et que toutes les localités soient des^ servies au pins vite par de bons chemins.

Je m'attacherai aussi à faire desservir le canton de Sournia et les grandes vallées (val-

lêes de la Castellaue, de Velmaiiya, de Gabrilâ, etc,)» dépourvues de voies ferrées, paF des trains Renard ou par des services d’omnibus automobiles.

L’approbation de la convention internationale sur les chemins de fer transpyréuéens est encore en suspens devant le Sénat, Je m’efforcerai de la faire ratifier au plus vïtsi V dans l’intérêt de la vallée de Garni et de la Gerdagne tout entière. De même, j’insisterai pour la prompte exécution du chemin de fer électrique Axât- Mont-Louis, par le Capcir,

Vernet-les-RamSj la perle des Pyrénées, devrait être desservie par un prolongement de la grande ligne du chemin de fer. Je ne négligerai rien pour qu’elle obtienne satisfaction. J’ai déjà démontré mon attachement à cette magnifique station thermale, en me faisant inscrire, l’un des premiers, dans la Société d'études du chemin de fer du Ganigou.

Là mise en valeur de l’arrondissement, dont je me suis déjà tant préoccupé en publiant des ouvrages et des articles sur ie Gonflent, la Cerdagpe et le Capcir, sera l’objet de mes préoccupations constantes, de façon à attirer dans nos sites incomparables et dans nos précieuses stations thermales de Molitg, de Thuès, du Vernet, de Canaveilies, des Esealdes, de Saint-Thomas, le plus de visiteurs possible.

Il faut créer des écoles d.ms les sections et hameaux, qui devront, aussi, être desservis par des chemins carrossables.

La viticulture, source essentielle de revenus pour h s cantons du bas arrondissement, sera défendue par moi, avec une ténacité sans égale* Au congrès de Perpignan de 1902, organisé par T honorable docteur Baille, conseiller général du canton de Viuça et président de la Chambre de commerce, j’ai protesté vigoureusement contre la loi néfaste sur les sucres, Aü Conseil général, à la Commission départementale, dans la presse, je me suis élevé à maintes reprises contre les fraudes qui ruinent et écrasent le viticulteur.

Aussi, tout ministère qui refusera de protéger, de sauver la viticulture et de combattre la fraude, sous toutes ses formes, me trouvera résolument contre lui*

Je n- • saurais oublier que plusieurs communes de la circonscription s’adonnent à la sériciculture, notamment III e, Gatllar et Rodés. La loi de mars 1898, qui expire en 1908, a montré son impuissance.

Il faut, pour instituer un régime efficace, limiter l’avantage de la prime à la filature cocons français et relever à 0 fr, 75 la prime de 0 fr* 60 dont bénéficient actuellement les éducateurs, qui, pour être rémunérés de leur peine, devraient pouvoir vendre les cocons à 4 francs le kilo.

Pour assurer l’écoulement de nos belles primeurs, il faut diminuer les tarifs de transport et obliger les Compagnies de chemins de fer à mettre à la disposition des expéditeurs un matériel mieux approprié.

Les populations pastorales de l’arrondissement méritent toute ia sollicitude des pouvoirs publics, Le Code forestier, très dur pour elle-, doit être grandement amélioré. L’été- Yage du bétail peut seul sauver de la misère les habitants de nos montagnes. Or, l’administration forestière entra vc l’essor de cet élevage, quand elle ne le supprime pas complètement par ses exigences injustifiées.

11 faut en finir avec ce régime qui empêche nos braves montagnards de ramasser les branches mortes tapissant le sol des forêts ec qu'on préfère laisser pourrir sur place, qui interdit le libre parcours dans des bois complètement défensables ou sur des terrains rebelles, depuis cinquante ans, à tout reboisement, qui laisse mourir les troupeaux de faim, faute de pacage, alors que le terrain forestier regorge de bons pâturages.

Je bataille depuis dix ans contre le régime forestier ; je continuerai le combat avec le ferme désir de faire triompher les revendications si légitimes de dos populations pastorales.

L’élevage des races bovine et chevaline, auquel je n’ai cessé de m’intéresser, devra être encouragé de plus en plus, car il constitue une source d’importants revenus, i Les droits sur les laines étrangères devront être augmentés pour encourager l’élevage

de la race ovine.

Viilefranchc et Mont-Louis, enserrés dans leurs vieilles fortifications, doivent voir : la première, les servitudes militaires complètement supprimées et ses portes démantelées ; la seconde doit être autorisée à élever des constructions sur les terrains et les glacis intérieurs,

' Il est temps d'enrayer le ilôt montant des dépenses et des déficits budgétaires et d'arrêter l’augmentation incessante dos contributions.

il faut mesurer avec prudence les facultés contributives du pays. La terre est surchargée, et l’agriculture, fort éprouvée par la concurrence universelle, a besoin de grands ménagements, parce que, malgré les périls qui l’entourent, elle est la source la plus abondante et la plus sure de la fortune publique.

D’ailleurs, la meilleure de toutes les réformes de l’impôt, c’est l'économie, l’inflexible limitation de la dépense au strict nécessaire dans tous nos services publics.

Il faut arrêter à tout prix la superposition constante des dépenses nouvelles aux dépenses anciennes, et, dans le flot montant des réformes, n’accepter que celles qui trouvent leurs ressources dans la disparition des dépenses anciennes correspondantes.

Il est inutile que je poursuive l’énumération de tout ce qui vous est nécessaire. Je vous donne l’assurance qu’aucun de vos intérêts ne sera négligé et, pour ne pas les ignorer, je visiterai fréquemment les communes et me mettrai en relations directes et constantes avec le3 populations.

Je ne me bornerai pas à soutenir vos réclamations par des démarches platoniques oa par l’envoi de lettres anodines, je monterai à la tribune pour les défendre.;

fteprésentant fies électeurs catalan», libres et indépendants, j’entends agyf, vis-à-vis des ministères, en pleine liberté et en toute indépendance. C’est dire que je n’approuverai ni ne combattrai systémaiiquement les ministères qui se succéderont. au pouvoir.

J’accorderai ma confiance au cabinet quand il aura une conduite conforme à mes principes, aux intérêts de la nation et surtout du département; mais quand ce cabinet lésera les intérêts de mes électeurs, quand il ne fera rien pour sauver les viticulteurs en détresse, encourager les sériciculteurs, protéger les populations pastorales, je n’hésiterai pas à voter contre lui. Tout ministère qui ne viendra pas à notre aide, qui ne soutiendra pas nos légitimes revendications, qui bâillonnera la liberté, ignorera l’égalité et opprimera les consciences, me trouvera toujours devant lui, prêt à le combattre. Avant tout, il faut vivre et prospérer.

De môme, je ne serai l’homme ni d’un canton, ni d’une commune, ni d’une coteiie, ni d’une personnalité. Je serai le serviteur dévoué de tout l’arrondissement, de tous mes électeurs quels qu’ils soient et je ne serai le prisonnier, l’esclave que de ma conscience, de mes principes, de mon devoir.

Électeurs de la plaine et de la montagne, citoyens du Roussillon, du Gonflent, du Capcir et de la Cerdagne qui m’avez vu à t’œuvre, qui savez avec quelle vigueur et quelle opiniâtreté j’ai défendu vos intérêts en toute circonstance, je fais appel à vous, je vous prie de me donner un témoignage de votre confiance.

Il faut, dans la bataille actuelle, obéir, non à des questions de sentiments, mais à des considérations plus hautes et plus élevées ; le salut du pays, de la République, de la liberté.

La situation est claire, nette, bien tranchée :

D’un côté, le bloc, avec son cortège de haines, de divisions, de délations, de favoritismes, de désordres.

De l’autre côté, la République sage, tolérante, pacifique, éprise de progrès, de justice et de liberté.

D’un côté, k ruine commerciale, la crise agricole et industrielle, l’augmentation constante des impôts, les troubles continuels, la perturbation dans les affaires;

De l'autre, l’union, la concorde, le calme, la paix, la prospérité.

Je suis plein de confiance dans votre verdict. Je suis certain, — les témoignages de sympathie que j’ai reçus d’un bout à l’autre de r arrondissement me le prouvent, — que vous vous prononcerez, le dimanche 6 mai, pour l’ordre contre le désordre, pour la paix et le travail contre la haine et la discorde, pour la République contre la démagogie, pour la liberté contre rintolérance.

Et, après la proclamation du scrutin, nous pourrons tous pousser notre cri de triomphe et d’allégresse, le cri qui résume nos espérances de patriotes et notre foi de démocrates :

Vive la France î

Vive la République!

Emmanuel BROUSSE,

Conseiller général,

Membre de la Commission départementale, Administrateur des hospices de Perpignan.

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