SAVOIE
Circonscription d 'ALBERTVILLE.
M. Félix CHA13TEMPS.
Élu au isr tour de scrutin, -h- à. 502 voix.
Mes cliers Concitoyens,
Par 2% voix sur 310 délégués présents, le Congrès in 28 novembre, où tous les républicains derarrondissèment étaient représentés, a remis entre mes mains, pour les prochaines élections législatives, le drapeau de k République, .
le dois cet honneur à l'effacement volontaire des chefs autorisés du parti républicain
dé ikrroûdissement, t
D’autres eussent pu faire valoir de plus longs états de services ; je ne puis, quant a moi, vous offrir que mon dévouement sans bornes à la République, et une activité dont je vous ai donné déjà quelques preuves*
Pai parcouru toutes vos communes, m'efforçant, par des causeries où la contradiction était sollicitée, de dissiper les malentendus que la réaction cherche à répandre sur la portée véritable des lois récemment votées, et que l'on présente à tort comme des lois de persécution. ..
Non, la loi d'association n’est pas une loi qui porte atteinte à la liberté religieuse ; U
ne faut y voir qu’une précaution prise contre le double péril politique et économique que faisait courir à l’État l’énorme développement des congrégations et de leurs biens. L’ancienne monarchie avait le même souci,
La laïcisation des écoles n’a de même été inspirée que par la volonté de refaire l’unité morale de la nation, jusqu’ici divisée en deux Frances ennemies, — suivant l’expression de Waldeck-Rousseau, — par deux enseignements d’esprit opposé.
Tous les hommes de bonne foi, et M. Ribot lui-même, ont reconnu le caractère libéral de la loi de séparation : les Chambres ont simplement voulu séparer la religion de la politique, et rendre désormais impossible l’exploitation du sentiment religieux des populations par les partis de réaction.
La vraie religion ne peut qu’y gagner en indépendance et en dignité. ^
Voyez la grande République américaine : toutes les religions y sont libres; l’Etat ne s’occupe d’aucune ; le cléricalisme, c’est-à-dire le mélange de la politique et de la religion,
y est inconnu. , „ , . , .
Peut-être la mauvaise foi des ennemis de la République parviendra- t-elle a retarder.
cette paix des consciences en vue de laquelle la loi de séparation a été votée. N’a-t-on pas vu l’i'noffensive opération des inventaires, contre laquelle personne n’avait protesté, nia la Chambre ni au Sénat, devenir l’occasion de désordres injustifiables 1 L’apaisement désiré ne s’en produira pas moins, et nous aurons alors l’esprit plus libre pour nous consacrer aux réformes que le pays attend.
La prochaine législature se trouvera en présence du problème des retraites de la vieillesse, qu’il faut mener à bonne fin, pour les travailleurs des campagnes aussi bien que pour ceux des villes ; mais les réformes de prévoyance et de solidarité sociale posent ta question de réorganisation nécessaire de nos finances.
Le régime fiscal actuel est lourd aux faibles et ne tient nul compte des charges de famille. La terre est trop grevée, ses charges s'élevant jusqu’à 25 et 30 0/0 de son revenu, alors que les valeurs mobilières ne paient que U 0/0 ; l’impôt anti-hygiénique des portes et fenêtres doit être supprimé.
C’est vers l’impôt général et progressif sur le revenu que nous devons nous orienter; ce mode d’impôt existe dans presque tous les pays; il doit être possible d’en trouver une formule qui soit la juste compensation des charges excessives que les impôts indirects font peser sur les familles nombreuses èt sur les consommateurs peu fortuués.
Nous voulons que cet impôt soit progressif, parce qu’il est juste que le superflu paie plus que le nécessaire ; mais la progression doit être modérée, l’impôt ne devant pas revêtir un caractère de spoliation.
Les dépenses publiques augmentent dans tous les pays; c’est une conséquence du fait que l’État moderne concourt chaque jour davantage à l’amélioration de la situation intellectuelle, sociale et économique des- populations : l’enseignement, l’assistance publique, Iss institutions de solidarité sociale, et aussi la voirie, les chemins de fer, la navigation, ont pris un développement que ne soupçonnaient pas nos ancêtres ; et c’est d’ailleurs, en France, en dépit des affirmations contraires des ennemis de la République, que les budgets se sont le moins accrus depuis vingt ans ; il devient néanmoins urgent de réviser avec une attention soutenue les dépenses publiques, de les réduire au minimum, de supprimer tous les rouages et emplois inutiles; une large décentralisation permettra seulode supprimer un grand nombre de fonctionnaires.
Bien des réformes attendent depuis longtemps ; celle de la justice, par exemple, qui est coûteuse et trop lente; celle aussi des 28 et des 13 jours, que deux ministres de la guerre ont jugés pouvoir subir une réduction sensible, sans qu’il y ait préjudice pour la défense nationale. 11 faut également protéger l’agriculture par l’adoption de lois utiles, somme la loi sur les dépôts de vaccins, et le rejet de lois défavorables aux agriculteurs, comme la loi sur l’exercice de la médecine vétérinaire et l’ancienne loi sur les bouilleurs
36 C II serait toutefois injuste de ne pas reconnaître que les Chambres ont accompli, depuis six ans, une oeuvre considérable. Cetté fécondité parlementaire a été le résultat de la réunion de toutes les forces de gauche en un faisceau compact : c’est au Bloc républicain que le pays doit la loi de deux ans, les lois sur l’enseignement, la loi organisant l’assistance obligatoire de la vieillesse, la loi séparant les Églises de l’État et aussi cette politique extérieure ferme et mesurée, politique pacifique d’entente cordiale qui a donné à la France, parmi les nations, plus de grandeur et plus de force. 11 faudra donc maintenir ce bloc de toutes les forces républicaines pour faire échec au bloc des réactions coalisées ; c est à ce prix que anus assurerons dans l’avenir, non seulement le maintien de la République, mais la îèalisation des réformes politiques et sociales qui sont la raison d’étre d’un gouvernement démocratique.
Mes chers Concitoyens,
Il me reste à vous donner l’assurance que, si vous me faites l’honneur de m’élire, domicilié parmi vous, je vous rendrai souvent compte de mes actes, et que toujours voue me Verrez aussi actif à soutenir vos intérêts et ceux de l’arrondissement d Albertville que vous
m'avez ru l'être depuis la décision du Congrès, pour assurer le triomphe de la cause répit- Micaine dont la défense m'est confiée.
Vive l'arrondissement d'Albertville t Vive la République 1
Félix CHAÜTEMPS,
Avocat à la Cour d'appel de Paris,
Circonscription de CHAMBÉRY,
M. Théodore REINAGH.
Elu au 2° tour de scrutin. — 9,095 voix.
Électeurs,
Au milieu d'une situation quelque peu confuse, des amis sûrs, des républicains éprouvés, des élus de la Savoie m'ont invité à prendre en main le drapeau de l'union républicaine. Il s'agissait d'un poste d'honneur, de combat et de danger : ]e n’ai pas hésité.
Républicains,
L'heure est grave pour l'avenir du pays.
L’ensemble des lois votées par les deux dernières législatures a donné enfin à la République démocratique une base solide. C'est à cette base qu'on s'attaque; c'est elle qu'il s’agit de rendre inébranlable.
C'est la loi sur les associations, qui nous a dotés d'une liberté vainement promise, vainement réclamée depuis un siècle; d'une liberté surtout précieuse aux petits^ aux faibles,' pour qui l’union signifie la force;
C'est la loi scolaire, qui a réalisé dans sa -plénitude le principe de l'instruction populaire gratuite, laïque et obligatoire, sans laquelle le suffrage universel et la souveraineté nationale ne sont que de vains mots ;
C'est la loi militaire, qui a rendu la durée du service égale pour tous, comme il convient à une démocratie.
C'est enfin la loi de séparation , cette loi libérale et libératrice qui, mie fois pleinement exécutée, répartira une somme de 42 millions entre les communes de France en proportion de leur imposition foncière, cette loi dont, à force de mensonges et d'ignorance volontaire, om a voulu faire Je ne sais quel épouvantail d'oppression et de spoliation, et dont, cependant, tin modéré entre les modérés, le chef des progressistes, M. Ribot, disait l’autre jour aux applaudissements de la Chambre :
« Une loi qui permet aux catholiques et à leurs évêques de se réunir, de délibérer et de gouverner les intérêts de l'Église; — une loi qui leur* remet la jouissance des églises sans aucune condition de payement de loyer, sans rien d’humiliant et sans fixer de délais, — permettez- moi de vous le dire, c'est une loi qui peut ne pas vous convenir, mais ce n'est pas une loi de persécution 1 n
Voilà la vérité, et il faut avoir une bien piètre idée de l’intelligence savoyarde pour s’imaginer qu’on lui fera croire autre chose !
Citoyens !
La lutte contre le cléricalisme envahissant a, pendant des années, absorbé les meilleures forces de la République. D’autres questions, moins irritantes, mais non moins importantes, réclament maintenant toute l’attention du législateur.
Ivos aînés ont fondé la démocratie r c’est a nous de l’organiser, c’est-à-dire d’inaugurer, avec le règne de la liberté, le règne de la justice sociale.
La justice sociale, ce n’est pas la suppression de la propriété individuelle, ce n’est pas non plus la lutte des classes avec son cortège de passions haineuses et desséchantes. C’est le sentiment, "vs e plus en plus répandu par l’éducation, exprimé par les mœurs, sanctionné par la loi, de la solidarité entre riches et pauvres, entre le capital et le travail, entre les cœurs et les intérêts de tous les fils d’une même patrie.
Un courant irrésistible entraîne toutes les nations civilisées vers une législation inspirée d’un véritable esprit d’hamanilé. La France, patrie de la Déclaration des droits de l’homme, ne restera pas en arrière de ce grand mouvement. Déjà quelques lois l’ont fait pénétrer dans nos codes : la loi de sursis, la loi sur les accidents du travail, la loi sur l’assistance obligatoire aux vieillards et aux infirmes indigents. Il faut persévérer dans cette voie. L’assurance générale des travailleurs des usines et des champs, avec le triple concours des mutualités, des patrons et de l’État; la constitution, — déjà volée par la Chambre, — du bien de famille insaisissable, garantissant au cultivateur, quoi qu’il arrive, la possibilité de Continuer son exploitation ; la justice plus rapide et moins coûteuse à tous les degrés; la suppression ou la modification profonde des conseils de guerre en temps de paix, — voilà quelques-unes des nouvelles étapes à franchir.
Ces réformes appellent une réforme préalable : celle de notre système fiscal. Les finances de la République ne sont pas ce que la mauvaise foi des partis les représente : la rente voisine du pair, les dégrèvements successifs des boissons hygiéniques, des bouilleurs de cru, de la taxe postale, suffisent à le prouver. Mais la charge de l’impôt n’est pas assez également répartie. L’heure est venue d’aborder l’étude d’un impôt général sur les revenus, sans déclaration ni inquisition, avec détaxe des petites fortunes, mais dont ne seront exemptés ni les renies sur l'État, ni les créances hypothécaires, ni les bénéfices des professions libérales.
Savoyards !
Je ne suis pas pour vous un hôte de passage, mais un filsd’adoplïon. Ce beau pays m’a conquis pour la vie. Vous savez quels intérêts considérables m’y attachent; je ne négligerai rien pour défendre les vôtres, et j’ose croire que ma situation, les amitiés et les relations dont je m’honore faciliteront ma tâche.
Partisan décidé de la décentralisation administrative et des libertés régionales, je voudrais voir resserrer les liens qui unissent les deux Savoies : la grande patrie est désormais trop solidement cimentée pour avoir rien à craindre du développement des petites patries.
L’agriculture savoisienne réclame une rémunération plus équitable des producteurs de tabac, la création d’une école agricole, dont l’emplacement paraît tout désigné, le développement du crédit agricole, rendu accessible aux sociétés coopératives.
Le commerce savoisien appelle le perfectionnement de notre réseau routier, de notre système de tramways, pour que les fertiles cantons d’outre-monts puissent écouler leurs produits vers Aix et Chambéry. Efforçons-nous de mieux mettre en valeur toutes ies ressources et tous les charmes de notre contrée privilégiée ; sachons y attirer, y retenir l’étranger; élevons 1 aménagement de notre magnifique station thermale d’Aix à la hauteur de toutes les exigences.
Citoyens 1
La condition nécessaire de toutes les réformes, de tous ces progrès, c’est la fin de nos querelles, c’est le triomphe définitif, aux élections prochaines, de la République, qui nous a
donné trente-cinq années de paix et de prospérité. ,
Les réactionnaires, déguisés sous le nom de libéraux, comme hier sous celui de nationalistes, avant-hier sous celui de ralliés, livrent a nos institutions un suprême
assaut.
Votre robuste bon sens saura déjouer leurs audacieuses manœuvres.
Contre ces faux républicains, qui n’acceptent de la République que le nom ;
Contre ces faux conservateurs, qui veulent conserver une société vivante comme on
conserve un cimetière;
Contre ces faux libéraux, qui ne respectent même pas la liberté de conscience ,
Contre toute cette coalition hybride de factions hypocrites, unies seulement par la haine
dô tout co quô nous aimons^
Républicains, démocrates, radicaux, fils de 1789, serrons les rangs, formons bloccontre bloc, et marchons à la victoire, en répétant le cri de Gambetta ;
Tout pour la patrie par la République I
Théodore RglNACH,
Propriétaire à la Motte-Servolex,
Docteur ès lettres et en droit,
Professeur à l’École des hautes études sociales, Chevalier de la Légion d’honneur.
2° Circonscription de CHAMBÉRY.
M. CHÀMBON.
Élu au Ier tour de scrutin. — 8.816 voix.
Citoyens,
La bataille du 6 mai prochain est celle que notre parti n’a cessé, depuis plus, de trente années, de livrer contre la coalition des ennemis de la Republique. Les reacteurs n’ont même plus le courage de dire hautement ce qu’ils sont. Ils ont d ailleurs conscience qu’ils jouent la partie décisive, car, vaincus, ils doivent renoncer pour jamais à mettre la main *ur le pouvoir ; ce sont les conquêtes laïques de ces dernières années consolidées, et la situation de l’Église immuablement réglée par un régime qui s’inspire d’un véritahle
esprit de liberté. .
On essayera de dénaturer à vos yeux cette loi de la séparation : pour la juger ea toute indépendance, souvenez-vous qu’elle donne aux catholiques les plus larges facultés d’orga« irisation, qu’elle laisse à leurs associations la totalité des biens ecclésiastiques, qu’elle leur
concède la jouissance gratuite et indéfinie des édifices du culte, qu’elle les autorise à se
fédérer dans la France entière pour permettre aux caisses centrales d’assurer aux paroisses
pauvres des revenus suffisants, enfin qu’elle accorde aux communes le bénéfice d’un dégrèvement qui atteindra millions et ne leur impose aucune charge nouvelle.
Elle a le rare mérite, en assurant la liberté de conscience des croyants et des incroyants, de dégager de la question cléricale les débats parlementaires, et de laisser le champ libre à l’étude si urgente de lois de justice sociale et d’une réforme financière radicale qui, pour faire face à nos lourdes charges publiques, conséquence des défaites du second Empire, établira enfin l’impôt progressif sur le revenu avec le dégrèvement à la base, aux lieu et place d’un système d’impôts aujourd’hui universellement condamné.
Bamassis disparate de toutes les opinions les plus hétéroclites et de ous les mécontentements qui attribuent à la République les crises économiques dont souffrent les intérêts matériels, le parti qui ose s’intituler libéral, depuis que la puissance d’opprimer a été arrachée de ses mains, ne peut désormais subsister qu’à la condition de dissimuler ses drapeaux et de maquiller ses programmes. Ni la profusion de son argent, ni le tirage forcé de ses journaux, ni les palabres de ses conférenciers ne sauraient remédiera son vice originel : l’absence de sincérité.
Au contraire, l’union des républicains a donné au cours de cette législature des résultats positifs qui se traduisent par:
La réduction à deux ans du service militaire;
Le rétablissement du privilège des bouilleurs de cru;
La loi sur L’assistance aux indigents et aux infirmes; enfin par le projet actuellement soumis aux délibérations du Sénat sur les letraites ouvrières
et paysannes. ...
Elle en donnera davantage encore dans l'avenir, si la majorité républicaine revient, comme on peut le prévoir, assez forte pour imprimera la politique de réformes, qui est la nôtre, une impulsion vigoureuse et continue.
Mes chers concitoyens,
Vous savez quels ont été mes votes et thon attitude au Parlement; la sympathie de mes collègues m’y a valu à trois reprises l’honneur de faire partie, comme secrétaire, du Bureau élude la Chambre ; membre, puis vice-président de la Commission permanente du travail, fy ai pris part à l’élaboration de lois ouvrières importantes, comme celle que j’ai fait voter sur ia suppression des boréaux de placement payants*
D’autre part, avec toute l’activité que je pouvais déployer, je me suis occupé de tous les
intérêts de notre région.
J’ai rendu service à tous, comme je me suis efforcé, en toute matière, écoles, travaux publics, postes, routes, voies ferrées, mutuelles-bétail, service d’incendie, de faire obtenir
satisfaction à toutes les communes.
Aussi est-ce sans appréhension sur le résultat final que je viens vous demander pour la troisième fois vos suffrages, avec la conscience d’avoir loyalement suivi ie programme sur lequel vous m’avez élu, et auquehvous êtes restés fidèles, et le légitime orgueil de pouvoir continuer à servir votre cause et celle de notre République démocratique.