‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 183 sur 280 · M. EMPEREUR · texte numérisé non relu

M. EMPEREUR

Élu au lür tour de scrutin, — .159 voix*

Électeurs,

Désigné à l'unamraité, par le grand congrès démocratique du 10 avril, comme candidat aux élections législatives du 6 mai, je me présente à vos libres suffrages.

Vous me connaissez; je suis un des vôtres, depuis sept ans je vous représente à la Chambre des Députés.

J'ai conscience devoir rempli mon mandat avec fidélité et loyauté ; les innombrables témoignages de sympathie qui me sont venus et qui me viennent de toutes les communes de la Tarentaise m'en donnent l'assurance.

Mon action législative n'a pas été vaine ; elle s'est manifestée non seulement par de colossales subventions à nos communes, par d'importants secours aux particuliers, mais aussi par deux lois bienfaisantes qui portent mon nom : loi des forestiers communaux, qui vient d’être votée, et loi des adductions d'eau potable, qui fonctionne depuis trois ans.

Électeurs,

La lutte électorale se dessine très clairement chez nous. Vous assistez à un retour offensif, non seulement de la réaction, mais aussi et surtout du cléricalisme, cet éternel et irréconciliable ennemi que Gambetta stigmatisait en 1877. Alors, l'oncle portait le drapeau de F opposition cléricale, aujourd'hui c'est le neveu.

11 a autour de lui tous les adversaires de no3 instîtutious démocratiques, ions les chefs de bandes que nous voyons manoeuvrer contre la République dans toute élection politique, 11 a pour lui le clergé, i'évéque de Moutiers est à ses côtés, il reçoit le mot d'ordre de l'Action libérale, organe du Vatican, organe du Gouvernement des curés. Son armée constitue le bloc de droite ou le bloc de la réaction.

De L’autre côté est le bloc de gauche, le bloc républicain, le bloc formé de tous les amis de la société civile, de tous ceux qui veulent la suprématie de l'État laïque ; j'ai l'honneur d'ètre son porte-drapeau.

Nos adversaires veulent l'abolition des lois de laïcisation sociale, entre autres de la loi de séparation. Ils veulent que la France redevienne la servante humiliée et exploitée de l'Église ; nous voulons, nous, que toutes ces lois de laïcisation, comme la loi scolaire, la loi sur le service militaire de deux ans, obligatoire pour les séminaristes comme pour les autres citoyens français, et la loi de séparation, restent des lois définitives.

Nous voulons une France fière et libre, fille de la grande Révolution que nos pères ont fécondée de leur génie. I

Nous voulons l'application intégrale des principes de Quatre-Vingt-Neuf, La République suivant ces principes veut le triomphe et le règne de la liberté et de la justice. Elle a achevé son œuvre de liberté. Elle a donné à la nation toutes les libertés compatibles ayec la sécurité publique.

Elle a comme ucé son œuvre de justice sociale, elle a à cœur de la mener à bonne fin.

Mon programme est le programme républicain tracé de main de maître par le vénéré président de la République française, M. Fallières, lors des dernières élections sénatoriales*

11 comporte l’impôt progressif sur le revenu global, c’est-à-dire sur l’ensemble des revenus, et par conséquent un impôt unique, en remplacement des multiples impôts directs d’aujourd’hui, qui pèsent trop sur les petites fortunes et pas assez sur les grandes*

il comporte le vote de ïa loi des retraites ouvrières, pour les travailleurs de l’agriculture aussi bien que pour les travailleurs du commerce et de l’industrie; loi dont pourront profiter aussi les petits propriétaires, ainsi que je l’ai demandé par un amendement que la Commission compétente a pris en considération*

Je soutiendrai le Gouvernement loyalement républicain qui, à l’extérieur, restera fidèle à nos alliances et à notre entente cordiale avec les nations voisines, particulièrement avec l’Italie ayant Rome pour capitale ; le Gouvernement qui, à l’intérieur, imposera le respect de la loi à tous les révoltés, à tous les fauteurs de désordre et d’anarchie, et qui, grâce à ses alliances et à une armée nationale forte et bien disciplinée, continuera à assurer au pays une paix à la fois durable et digne*

Pour ce qui est de notre arrondissement, d’accord avec les Conseils municipaux, avec mes amis du Conseil d’arrondissement et du Conseil général, je tendrai tous mes efforts à obtenir, dans le plus bref délai possible, l’achèvement du chemin de fer de Moutiers à Bourg- Saint-Maurice ; à faire aboutir, avec le concours des compagnies intéressées, avec la contribution des communes et la coopération du département et de l’État, conformément à la loi de 1880, la construction du tramway de Brides au Villard-du-Planay,

Je m’appliquerai à organiser chez nous l’institution du crédit agricole qui consentira des prêts d’argent à très bas intérêts à nos associations agricoles en faveur de leurs membres.

Par l’article b de la loi de séparation, ceux des biens de la mense épiscopale qui proviennent de filât doivent faire retour à PÈtat; je demanderai, ce que fai déjà demandé, que l’État bénéficiaire crée à Moutiers un collège national et une école professionnelle d’agriculture, de commerce et d’industrie où les enfants de la région iront s’instruire pour devenir des agriculteurs éclairés, des mécaniciens habiles ou des employés de commerce bien préparés à la comptabilité ou aux transactions commerciales.

Électeurs,

j’ai été fidèle à mon programme de 1902, je serai fidèle à celui-ci*

Si vous confirmez, comme tout le fait prévoir, la décision du congrès républicain du 16 avril, je serai de nouveau le député de la Tarentaise ; je continuerai dès lors à défendre vos intérêts avec le même dévouement et la même activité dont je vous ai donné des preuves irrécusables, de l’aveumême de mes adversaires politiques*

Vive la République démocratique I Vive la Tarentaise l

Docteur EMPEREUR,

Député sortant.

Vice-président du Conseil général de la Savoie, candidat du congrès républicain démocratique*

Circonscription de SAINT-JEAN-DE MAURIENNE

M. DELÉGLISE.

Élu au 2e tour de scrutin. — 7.283 voix.

Mes chers Concitoyens,

La coalition cléricale- réactionnaire, vaincue en 1902, essaye de se relever menaçante, espérant triompher par ses mensonges contre la loi de séparation des Églises et de l’État, contre les inventaires des biens des fabriques d’église, contre la politique de défense et d’action républicaines.

La séparation des Églises et de l’État, nous ne l’avons pas voulue, nous l’avons subie; elle nous a été imposée par l’hostilité croissante du clergé, par la violation systématique du Concordat et par l’outrage fait à la France par le pape Pie X,-— élu grâce à la pression de l’Autriche et de l’Allemagne, — qui s’est permis de blâmer publiquement le président de la République quand il a rendu au roi d Italie, a Rome, la visite qu il en avait reçue a Paris,

A la suite de cet outrage, le rappel de notre ambassadeur au Vatican fut approuvée par la presque unanimité de la Chambre des Députés. Dès lors l’exécution du Concordat était impossible : la séparation était inévitable.

Quel que fût son programme, tout député républicain avait le devoir de la Voter, car C’était la seule solution compatible avec la dignité de la France.

D’ailleurs, quant à moi, il est absolument faux que je me sois engagé à ne pas voter la séparation : en 1895, j’avais bien dît qu’elle ne devait pas être votée, parce qu’elle était dangereuse pour la République; mais je n’ai pas été élu en 1895 ; je ne l’ai été qu’en 1902. Or, dans ma profession de 1902, je n’ai rien dit de semblable. J’ai dit que « la liberté de conscience est un principe républicain; la liberté des cultes doit être assurée ». Ces libertés sont proclamées et garanties par la loi de séparation, qui est essentiellement libérale, puisqu’elle laisse gratuitement et à perpétuité les églises et les objets qu'elles contiennent à la disposition des cultes; qu’elle assure des traitements aux curés pendant un certain nombre d’années, jusqu’à ce que les associations cultuelles prévues par la loi aient pu se former et fonctionner; qu’elle assure des pensions aux vieux prêtres, etc.

Quant aux inventaires des biens des fabriques d’église, ils ont été prescrits à la demande des cléricaux; ils ont pour objet d’assurer la conservation et la dévolution de ces biens aux associations cultuel es, qui doivent remplacer les fabriques. Ceux qui prétendent qu’ils sont le prélude de la spoliation mentent effrontément. Déjà, le décret du 30 décembre 1809 prescrivait un inventaire annuel de ces biens. Si ces inventaires avaient été faits régulièrement, nous n’aurions pas à regretter les gaspillages qui se sont produits trop fréquemment.

La suppression de l’enseignement congréganiste s’imposait, car l’instruction et l’éducation des enfants ne doivent pas être confiées à ceux qui ont renoncé à leur famille et qui manifestent leur hostilité contre la société moderne, dont ils se sont volontairement retranchés.

Les droits des bouillleurs de cru ont été reconnus; désormais les viticulteurs pourront faire leur eau-de-vie librement, sans être soumis aux scellements d’alambics ni aux antres formalités»

La loi étendant Sa compétence des juges de paix met la justice mieux à la portée des intéressés et diminue les frais.

La loi militaire établit l’égalité du service réduit à deux ans et assure à chaque famille nécessiteuse, pendant qu'elle est privée de son soutien, une indemnité de 0 fr. 75 par jour

payée par l’État. .

La loi d’assistance aux viellards, aux infirmes et aux incurables, qui sera applicable en 1907, en leur assurant une modique pension, évitera l’humiliation de la mendicité à ces déshérités delà fortune et de la nature.

Le projet de loi sur les retraites ouvrières et agricoles a été voté par la Chambre des Députés. Il sera prochainement discuté par le Sénat.

Il est absolument faux que les députés se soient voté une retraite aux frais des contribuables. Us ont seulement créé, — moyennant une retenue mensuelle sur leur indemnité, — une caisse mutuelle de retraite pour les anciens députés, âgés de cinquante-cinq ans au moins, afin de ne plus voir privés de ressources d’anciens collègues qui ont sacrifié leur situation et leur fortune dans la politique. Cette caisse mutuelle ne reçoit rien de l’État.

La Chambre des Députés s’est occupée aussi de la réforme fiscale. Si elle n’a pas pu aboutir avant la fin de la législature, elle n’en a pas moins préparé la réalisation, soit par la discussion générale qui a eu lieu en 1905, soit par ses travaux préparatoires. J’y ai moi -même collaboré en présentante! défendant, en 1903, une proposition tendant à dégrever les impôts des petits agriculteurs et en prenant part aux travaux de la Commission de législation

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La Chambre a, en outre, appuyé le Gouvernement de la République dans sa politique franche, loyale, pacifique, qui, en nous gagnant l’amitié de la plupart des puissances, a permis à la France de conserver la paix en sauvegardant ses droits, avec dignité, avec honneur.

Tels sont les principaux traits de la politique suivie dans celte législature.

Il incombera à la prochaine législature de s’occuper notamment des réformes suivantes *

Abrogation de la loi Falloux et création, aux frais de l’État, de collèges dans les arrondissements qui en sont privés, et augmentation du nombre des écoles professionnelles et agricoles.

Suppression des Conseils de guerre en temps de paix, afin de mettre an terme aux injustices scandaleuses dont nous avons eu récemment de tristes exemples.

Réforme de notre système d’impôts, en dégrevant les revenus produits du travail, surtout ceux des agriculteurs et en imposant progressivement ceux de la richesse acquise.

Augmentation des petits traitements.

Amélioration du sort de tous les travailleurs, soit de l’industrie, soit de l’agriculture.

Indépendamment de la diminution des heures de travail et de l'augmentation des salaires, les ouvriers doivent avoir leur part des bénéfices et être représentés dans les Conseils d’administration. C’est par l’association du travail et du capital que l’on évitera les grèves et que l’on assurera la paix sociale.

Retraites ouvrières et agricole?, qui éviteront aux travailleurs la misère dans leurs vieux jours. Je pense que ces retraites peuvent être constituées par la création d'assurances par l’État, combinées avec celle de sociétés d’assurances mutuelles et par l’établissement de certains monopoles d’État.

En combattant toute réaction, comme aussi le collectivisme révolutionnaire qut cherche à tromper les ouvriers en les excitant à la haine et a la lutte de classes, nous devons continuer la politique de réformes économiques et sociales qui sont la raison d’être de 1a République.

Mes cher» Concitoyens,

Cette politique, à laquelle j*ai donné et je donnerai mon concours, est la seule conforme aux intérêts du pays.

Certain d’avoir rempli fidèlement et avec dévouement le mandat que vous m’avez donné en 1902, c’est avec confiance que je me présente de nouveau h vos suffrages, bien décidé à servir, comme par Je passé, vos intérêts, ceux du pays, qui sont inséparables du progrès républicain.

Électeurs!

Vous ne vous laisserez pas tromper par l’étiquette républicaine du candidat de la coalition cléricaîe-réactionnaire, ni par les promesses fallacieuses du candidat socialiste révo* lutionnaîre, si encouragé par les cléricaux. Vous repousserez les mensonges et les calomnies contre ma candidature.

En me renouvelant mon mandat, en me permettant de continuer à servir avec dévouement notre pays et la démocratie, vous infligerez une nouvelle et irréparable défaite au cléricalisme, a la réaction.

Pas de divisions! elles favoriseraient les ennemis du peuple. C'est par l’union de tous les bons citoyens que triomphera la cause de l’ordre, de la paix et du progrès I

Vive la Maurienne 1

Vive la République démocratique et sociale 1

A. DELÉGLISE,

Conseiller général,

Président du Comice agricole de la Maurienne*

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