T. STEEG
nous vous demandons d'envoyer à la Chambre un homme qui, de tout son cœur et de lotîtes ses forces, travaillera à la réalisation des réformes généreuses et pratiques inscrites à notre programmé d'union républicaine et de progrès social.
lre Circonscription du XVe arrondissement de PARIS M. P. CHAUTARD,
Élu au 2e tour de scrutin. — - 8.097 voix
Comité républicain radical socialiste
Citoyens,
Le comité radical-socialiste du la i™ circonscription du XVe arrondissement présente à vos suffrages la candidature du citoyen P, Ghautard, président du Conseil municipal, viceprésident du comité exécutif du parti radical-socialiste*
Enfant du XVe arrondissement, qu'il n'a jamais quitté, ancien adjoint au maire, conseiller municipal du quartier Necker, la valeur et l'importance de ses travaux Pont bientôt classé hors de pair h l’Hôtel de Ville, où il a conquis, en peu d'années, 1 s première place. On peut dire que sa candidature est de celles qui s'imposent, non seulement par
UO
l’expérience acquise au cours de quatorze années de services administratifs, mais aussi par fa droiture de son caractère, la netteté de ces opinions et la sincérité de sa foi politique, affirmées en toute occasion pendant l'exercice de ses mandats de conseiller général et de
conseiller municipal. .
11 est digne de représenter au Parlement la populaiion laborieuse du Xv , et nul ne soutiendra plus utilement et plus fermement que lui le drapeau de notre parti et la réalisation de notre programme de réformes et de progrès social.
Le parti radical-socialiste a beaucoup fait pour fonder, pour développer et défendre la République; il a. couronné récemment son œuvre de laïcisation, que nous ne laisserons
jamais entamer. , , , , , , .. ,
Mais nous ne saurions iiorner nos efforts à celte défensive résolue contre les partis de
réaction. L’émancipation politique et morale de la nation, qui est aujourd’hui un fait accompli, n’est pour nous que la préface et la préparation nécessaire à son émancipation politique et sociale, et c’est dans calte voie que le pays doit s’engager désormais pour parfaire l’œuvre de la Révolution française, basée sur un Ldèsl de paix, de liberté et do
justice. ,
Nous sommes convaincus que le progrès démocratique et social ne doit pas sortir de
la lutte de classes ni de la violence, et que la propriété individuelle est la manifestation matérielle et la garantie la plus sure de la 1 berté humaine.
Nous affirmons le droit et le devoir de l’État d’intervenir dans les rapports du capital et du travail ; rous voulons résoudre les problèmes complexes du chômage, de la réduction des heures de travail, de la participation aux bénéfices; achever la loi des retraites ouvrières, prévenir, enfin, les conflits douloureux qu’entraîne trop souvent la grève, en établissant la procédure d’arbitrage. En un mot, loin de nous enfermer dans un égoïsme de classe, qui nous apparaît comme une banquerouie républicaine, nous tendons fraternellement la main au prolétariat pour la conquête de ses droits et sa complète émancipation intellectuelle, morale et matérielle. Nous entendons favoriser l’organisation syndicale de tous les travailleurs de tous les milieux, y compris les employés et ouvriers de l’Etat, des départements et des communes, qui y trouveront l’instrument légal d’affranchissement, de liberté et de garantie qu’ils sont en droit d’attendre de la République.
Nous ferons rentrer dans le domaine de l’État, en tenant compte de tous les droits, la plupart des industries monopolisées, mines, chemins de fer, assurances, crédit, au fur et à mesure que l’intérêt général du pays, le souci de la défense nationale, les besoins de sa production industrielle et agricole le permettront.
Nous réclamons l’impôt progressif sur le revenu, permettant la suppression de l’impôt foncier pour les petites cotes; la diminution des frais judiciaires, la réforme des droits d’héritage, la suppression des octrois, la préparation de la jeunesse deB écoles et des adolescents en vue de la réduction du service militaire.
Repoussant toute solidarité avec certaines doctrines, nous proclamons que le devoir militaire est le premier devoir du citoyen français. Nous voulons la patrie grande pour la paix, l’année nationale forte et respectée, mais vraiment républicaine, fidèle à ses devoirs et obéissante aux lois. Nous répudions toute politique d’agression ou de conquête, et nous préconisons le développement de l’arbitrage international, en vue de mettre fin aux conflits armés.
Citoyens,
Si vous voulez que la République accomplisse les réformes politiques, économiques et
sociales que la démocratie attend d’elle ; si vous voulez qu’elle soit le régime du travail,
d'économie, de prospérité et d’émanâpatioa matérielle et morale que souhaite le pays, le régime de solidarité et de justice qu’espèrent les déshérités, accomplissez votre devoir, allez aux urnes, le 6 mai, et votez pour le candidat radical-socialiste, pour le citoyen
P. Cbautard, qui accepte intégralement notre programme et prend l’engagement de le défendre de toute son énergie.
Vive la République démocratique et sociale!
Pour le Comité :
(Suivent les signatures).
Aux Électeurs.
Citoyens,
La proclamation du comité radical-socialiste de la 1™ circonscription du XV* arrondissement est suflisamment cidre et explicite pour que je m'abstienne de taires. Je crois cependant devoir développer quelques-uns des articles de notre programme qui sont d’actualité ; je le ferai très brièvement.
Programme politique et économique*
L’idéal républicain c’estla conquête de la liberté et de la justice , aussi notre programme de réformes est-il résolument orienté dans la voie de la justice politique et sociale. Et, a cet égard, nous sommes d’accord avec le parti socialiste pour réclamer .
i° La réduction de la journée de travail ; .
2“ La reconnaissance du droit syndical aux employés et ouvriers de 1 État, de> départe-
mcats et des communes ; A j- ,
30 L'assurance et la prévoyance sociales contre les risques de chômage et de maladie,
k° L'impôt global et progressif sur les revenus ;
5° La suppression des grands monopoles;
6° Le scrutin de liste. , , . .. D *
Ce sont les réformes immédiates réclamées par les organisations socialistes et la
plupart appartiennent déjà au programme radical-socialiste, ajouterai dans l’ordro politique ;
7° Les mesures propres à assurer la suprématie du pouvoir civil;
S» La préparation de la jeunesse des écoles et des adolescents en vue de la réduction
du service militaire à un an.
Et dans l’ordre économique :
9° La suppression de l’octroi ;
10" La rédaction d’un code du travail.
En somme, les programmes immédiats des socialistes et le programme radicaisocialiste se confondent très sensiblement, et nous divergeons seulement par nos tendances et nos conceptions de la société future; notamment sur la question de suppression de l propriété individuelle, qui est d’ailleurs de réalisation très lointaine, au dire même de ceux qui la préconisent, si tant est qu’elle se réalise un jour.
Code du travail, journée de huit heures, assurance et prévoyance sociales.
Le paiti radical-socialiste considère que l’État a le droit et le devoir d’intervenir dans les rapports du capital et du travail, pour rétablir l’équilibre des forces inégales, pour protéger l’adulte contre l’exploitation et la misère, et accroître le bien-Ure et 1 mdépenda des travailleurs. Il proclame que, dans le contrat de travail, les droits du travail sont égaux
a ceux du capital et qu’il est légitime d’associer le plus étroitement possible ces deux
forces par un ensemble de mesures législatives dont la première doit Être la participation aux bénéfices* - r
Le contrat de travail, tout d’abord, doit être réglementé. Il est l’œuvre du seul patron et pourtant, en cas de conflit, il apparaît comme l’œuvre des deux parties. Il devra être soumis a I homologation de l’autorité compétente, ainsi que les règlements de l’atelier qui ne oresernent pas seulement des mesures d’ordre intérieur, maïs qui modifient ou suppriment le uefai-coiigê, établissent Ja retenue sur les salaires, etc* ™
La réglementation du travail doit être complétée. On est étonné de voir que l'obligation
«itî r« "TTr ? 'TP°S P°Ur 168 femme3 en C0lKhes n’y fig“re encore, alors que cette réforme est réalnée dans presque tous les pays d’Europe.
Le repos hebdomadaire obligatoire, le travail des hommes adultes dans les bureaux et magasins, la limitation de la journée de travail devront être l’obi t de lois nouvelles ninutant des moyens efficaces de cont:ô!e* * ? ' 1
i “*tat.ion !ègaJe t!e ia ]'ouriJée dfî huit héures que pour les mineurs ; la loi
de 1100, dite des dix heures, no s’applique aux adultes que dans le cn3 où ils travaillent rigoureusement dans les mêmes locaux que des enfants et des femmes. Les syndicats mènent en ce moment une campagne énergique en faveur de la journée de huit heures- il semble que le premier résultat en doive être la généralisa tœn de la foi de 1900 étendue à tous les travailleurs et non plus restreinte à une seute catégorie.
La loi sur les syndicats professionnels et les groupements professionnels ne réclame que peu de modifications. La prospérité des syndicats, des associations ouvrières de production des bourbes du travail, dépend exclusivement du dévouement de leurs militants, de leurs facultés d organisation et de leur force de propagande,
n y a heu d’étendre aux employés de commerce le bénéfice de la juridiction prud’homale, et de faire aboutir les projets de loi sur l’arbitrage obligatoire et le fonctionnement des conseils du travail,
L’extension à tous les travailleurs, sans exception, dif bénéfice de la loi sur les accidents du travail s impose, et la Chambre prochaine se devra de parfaire les lois sur les retraites
rrî'f- SZ COIltre la vieîllesse et ^“validité, contre le chômage, la «m'adie
^ ben®“ce de ce9 lois tloit être étendu à tous, aux travailleurs des champs eut- 3 Leux e a '' e et de 1 usine, la démocratie ne devant faire aucune distinction entre eux, mais, au contraire, leur assurer l’égalité du bien-être comme i’égalité politique.
Le droit syndical.
Sur ce point, je me suis proi oncé.ii y a déjà longtemps, en reconnaissant le droit de se syndiquer aux employés et ouvriers de l’Étal, des départements et des communes
Ona rctué longuement sur !a question de savoir pourquoi les agents doni il s’agit préféraient la forme syndicale à la forme des associations déclarées suivant la loi de 1901 I estime que cette discussion est oiseuse, et il suffit que leur prétention ne soit ras illégale m dangereuse pour que je m’empresse de l’admettre.
A vrai dire, la loi de 1884 sur les syndicats leur donne quelques prérogatives, sam grande
ÏÏonf 31 eUrS) q"!. f°nt d*fautaux associations fondées sous l’empire de la nouvelle loi i . 01 , et ceci est d ailleurs inexplicable et injustifié. Pourquoi, en effet, les citoyens qui peuvent s associer suivant la loi de 1901 n’ont-ils pas les mômes droits que ceux qui peuvent se syndiquer d’après la loi de 1884? Il n’y a vraiment aucune raison. La loi doit è re a même pour tous les citoyens et la liberté absolue d’association doit composer pour ousles mêmes prérogatives. Aussi je suis d’avis de supprimer loute distinction légale entre Jes associations et les syndicats,
Mais il y a une autre cause à l’agitaüon syndicale des agents d’administration; c’est
que le mot « syndicat» symbolise plus l’idée d’effort collectif et qu’il est préféré pour cela Par"e que I s promoteurs du mouvement ont à faire un effort pour des revt ndications souvent légitimes. Les nv: ncemente abusifs, le favoritisme sont souvent une plaie ils révoltent justement les intéressés. Ce n’est pas en luttant contre les syndicats qu'on résoudra la question; c est en faisant des réglements de justice, en assurant des garanties’ aux nominations et à l’avancement de3 fonctionnaires et agents de tous ordres, en faisant siéger les représentants du personnel .dans des commissions de classement et de discipline, etc , en associant, en un mot, les chefs et le personnel. Il est et c tu une autre raison de préférence pour le groupement syndical, c’est l’erreur de beaucoup qui considèrent le droit de grève comme miepri rogadvc syndicale, li n'en est rien. Actuellement, les ouvriers seuls ont le droit de grève en venu de la loi de 1861,, antérieure de vingt ans, comme on le voit à îa loi sur les syndicats*
Et, en axeptant le droit syndical pour les fonctionnaires, je m’entends nullement leur reconnaître le droit de grève qu'ils n’ont pas et qu’une nouvelle loi pourrait seule leur donner, loi qui serait d’ailleurs la négation de notre régime de libre suffr .ge universel
î fit} iotistYi& cl ci ut ipctlvioti&fiic,. — Le devoir militaire.
* Les doctrines pacifistes doivent être propagées. L’armée nationale, que noos voulons voir devenir exclusivement républicaine, ne doit préparer que la défense natiomde et nous répu ions toute idée de conquêtes nouv Iles, d'agressions ou d’envahissement
Nous devons demander que l’article 19 de la convention de La Haye, signée par 2b puissances c. ntractantcs et prévoyant la conclusion de conventions d’arbitrage entre ces puissances, reçoive sans retard son application, dans l’intérêt de la paix universelle et pour
lu développement du progrès matériel et moral, en France comme dans tout État Civilisé,
Nous voulons que la liberté et la justice se répandent par tou'e la terre; car c’est par elles que pourront s’unir un jour les peuples encore opposés, et nous restons fidèles aux
enseignements des pairiotes de la Révolution dans leurs tendances vers la fraternité universelle,
, Maisa Ct tte époque les termes de républicains et de patriotes étaient synonymes, et cest une confusion qu’il nous faut conserver. Le patriotisme de la Révolution fut un patriotisme humanitaire dont l’idéal était une fédération du genre humain. L’idéal républicain n a pas Changé; mais il serait absurbe de croire que la fédération des patries ext incompattbîe avec l'idée de pairie. Nos pèr, s, pour servir leur idéal, commencèrent par sauver la France, en la défendant et en luttant contre l’Europe coalisée ; et nous voulons conserver leur héritage Pour cela, il nous faut maintenir notre pays dans toute la dignité de son indépe ml a lice, eî cest Lm résilital qu’on n’obiient jusqu’ici que par l^rbïtrage fie la force. Nous voulons y voir substituer arbitrage du droit et, ce jopr-ià, nous désarmerons; pas avant.
Au t-mps ou nous vivons, la puissance matériel fe d’un pays est la garantie nécessaire, indispensable de 5a puissance économique, et \». devoir militaire est U premier devoir d’un citoyen franç ri. C’est un point sur lequel il n’est pas de discussion possible, et pubque, par un ven; de folie, qui n’est pas sans action, bien malheureusement, des hommes se sont déclarés amipatruites et ont préconisé la grève de- réservistes et l’im-urrecti, n en temps de gtierro, il faut être avec eux ou contre eux et se prononcer sans subtilité ni équivoque : nous somme s contre j et nous le déclarons hautement P
Réduction du service militaire ,
Il est juste et il est bon que le service militaire des citoyens soit de courte durée, et peut-être pourrait-on bientôt descendre au-dessous des deux années que la loi a fixées. Gela est possible sous une do ;ble condition : c’est d’ab >rd que l’éducation militaire préparatoire des futurs soldats, celle des réservistes, qui devront constituer l’année au jour de ta mobilisation, soit entreprise et poursuivie dans la vie civile ; c'est encore qu’il y ait dans l’armée un cadre solide et des troupes de couverture suffisantes, composées de soldats plus anciens, mieux entraînés que la masse de soldats qu’ils auront à instruire, à encadrer et à couvrir en cas de guerre, pendant que les armées chargées de la d ïfense du sol seront en formation.
Ainsi, deux lois s’imposent pour c mpléler la loi actuelle du recrutement et pour préparer une réduction nouvelle du temps de service : l’une qui fera, sans qu’il soit nécessaire d’en édicter l’obligation et par les seu's avantages concédés, constituer sur tout le territoire des société! de gymnastique et de tir où les jeunes gens iront s’instruire, s assouplir, se familiariser avec les armes, apprendre la discipline, le sang-froid, la justesse du coup dœil, en un mot, s’assimiler tous les éléments du soldat robuste, intelligent et brave, dont un court passage au régiment achèvera aisément la formation. Ces mêmes sociétés, ou d autres spécialement créées, recevront les hommes an sortir de la caserne, les maintiendront dans un èiat d’entraînement dont leur santé môme bénéficiera,, les appelleront à des exercices qui constitueront pour eux des délassements et de véritables fêtes.
La seconde loi d’ordre militaire à voter aura pour but de donner à l’armée un noyau de soldats d’élite, qui lui apportera une force et une souplesse qu’elle n’a pas aujourd’hui.
Politique extérieure.
Elle duit être Expansion de notre politique intérieure, et s'inspirer exclusivement de rotre bon droit et de notre ardent désir de maintenir la pais du monde. La France doit être fidèle à ses alliances et à ses amitiés et développer de plus en plus ses relations cordiales avec les nations. C’est par les traités de commerce et par les conventions relatives aux conditions économiques du travail que nous pouvons être garantis contre la concurrence redoutable do certains pays ; et cette entente sociale peut seule nous permettre d’appliquer sans péril la réglementation du travail que le progrès nous impose.
C’est donc dans lu voie de la diplomatie pratique que nous désirons voir s engager le gouvernement, le diplomate secondant l'industriel et le commerçant français et portant au dehors le rayonnement bienfaisant de nos conditions de travail,
Scrutin de liste .
Tout a été dit, et depuis longtemps, sur les mérites et les défauts respectifs du pcrutin de liste et du scrutin d’arrondissement, Les anciens chefs du parti républicain, Gambetta, Ferry, Waîdeck-Rousseau, Floquet, GoMet, étaient partisans résolus du scrutin de liste ; et, si fon est revenu en 1889 au scrutin d’arrondissement, c’est à titre d’expédient, en vue de sortir plus aisément d'une situation difficile.
Le scrutin uninominal semble aujourd'hui jugé et définitivement condamné* Le scrutin de liste, av.c représentation proportionnelle, a successivement recueilli les adhésions des
hommes ks plus considérables des partis les plus opposés. Entre les divers teodes de votation proposés .pour établir la proportionnalité dans la représentation des opinions , il sera as cez facile de faire un choix, et p'us tôt le pays connaîtra le nouveau régime électoral qtfil aura à pratiquer dans Pavenir, mieux cela vaudra.
Voilà, citoyens, en toute franchise, les développements que jTai cru devoir vous donner et qui vous permettront, déjuger en connaissance de cause la ligne de conduite que j’entends suivre, si vous me Uvj s l’honneur de m’envoyer au Parlement-