‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 227 sur 280 · M. LABORI · texte numérisé non relu

M. LABORI

Elu au 2e tour de scrutin, — 11.339 voix.

Mes chers Concitoyens,

J’ai groupé sur mou nom, en 1902, plus de 5.000 voix républicaines et je disais à mes électeurs, en leur adressant alors mes remerciements, que je n’oublierais jamais les 5,085 amis qui venaient de me donner ca témoignage de sympathie et de confiance. Je ne les ai pas oubliés.

Eux aussi ont bien voulu garder le souvenir de l'effort que nous avions fait en commun pour le triomphe de la République. Depuis quelques mois, un grand nombre d'entre eux mront demandé de poser à nouveau ma candidature, et je rfai pas cru qu’il nie fût permis de me dérober à leur appel

Je me présente sous la même étiquette et avec le même programme qu'il y a quaire ans : tel vous m'avez connu en 1902, tel vous me retrouvez en 1906,

Mes sentiments et mes idées n'ont pas changé. Sauf en ce qui concerne les réformes accomplies par la dernière législature, et sur lesquelles je u'aï pas a revenir, je n'ai rien à modifier à l'exposé que je vous ai déjà fait.

Séparation des Églises et de P État — La séparation des Églises et de RÉiat est un fait accompli, La loi qui vient de îa consacrer doit être appliquée sans faiblesse comme sans arbitraire, Iî n’est pas un républicain qui ne soit fermement résolu à défendre, de toute son énergie, les conquêtes laïques qui sont l'œuvre de la République. Mais, d'autre part, toute mesure susceptible de porter atteinte à la liberté de conscience soulèverait la réprobation du pays.

Je suis l'ennemi irréductible de toute surveillance occulte et sans mandat exercée sur les fonctionnaires de tous ordres; je réprouve absolument l'odieux système des fiches secrètes, qui tendrait à ériger la délation en vertu civique et qui soulève contre lui l'indignation de tous les bons Français, à quelque parti qu’ils appartiennent,

Tout fonctionnaire a le devoir siriet de respecter le régime que la volonté souveraine du peuple a consacré, mais les renseignements qui sont nécessaires à tout gouvernement doivent être transmis régulièrement par la voie hiérarchique et être oumis aux intéressés. 0 est essentiel que hs fonctionnaires jouissent des garanties quileur sont dues contre l'arbitraire et le favoritisme et je réprouve le procédé des renseignements fournis par des délégués sans responsabilité.

Enseignement — La législature précédente a réglé les questions essentielles relatives à Renseignement. 11 importe aujourd'hui de rendre plus facile, aux élèves des écoles primaires que la nature a doués de facultés spéciales, l'accès de l'enseignement secondaire. En attendant que la gratuité de tous les ordres d'enseignement puisse être réalisée, je ferai mes efforts pour qu'un système de bourses largement accordées donne au mérite les moyens de se manifester pour le plus grand bi*n de tous.

En ce qui concerne le déplacement d'office des instituteurs, je le considère en principe comme un abus et je m'emploierai à assurer à ces fonctionnaires, si dignes d'intérêt, toutes les garanties d’indèpendance qu'ils sont en droit de réclamer.

Je 'ne vois pas d’objection à ce que les instituteurs et, d'une manière générale, les fonctionnaires de l’État jouissent des avantages de la loi de 1884 et soient admis à se constituer en syndicat. Mais je refuse d'accorder aux fonctionnaires le droit de grève, qui serait de nature à compromettre la! marche des services publics qu'ils sont chargés d'assurer.

Impôt sur le revenu . — Déjà, en 1902, je disais que notre crédit est essentiellement lié à une politique sévère d'ordre et d’économie. Je réclamais, comme je le réclame aujourd'hui, l'établissement d’un impôt sur le revenu permettant le dégrèvement des petits revenus et consacrant tme sage progression, véritable proportionnalité de l'impôt, Mais il importe que rétablissement de cet impôt ne vienne pas troubler les habitudes traditionnelles des contribuables et que l'inquisition soit bannie de son fonctionnement. L'exemple de l'Angleterre nous montre suffisamment que cela n'est pas impossible.

L'impôt sur le revenu devra, d'autre part, n'être pas un impôt de superposition, qui viendrait s'ajouter aux contributions actuelles, mais bien un impôt de remplacement, qui serait substitué aux impôts directs existants, dont le fardeau pèse souvent de la manière la plus injuste sur les contribuables les moins fortunés et sur familles les plus nombreuses.

Politique extérieure. — Je souhaitais, en 1902, que le Gouvernement suivit une politique internationale à !» fois sage et nette, une politique excluant- les aventures, une politique de paix et d’alliance avec les autres nations : élus que jamais j’en suis partisan.

Da force des choses nous a jetés dans une crise d’où pouvait sortir un terrible conflit La conférence d’Algésiras l’a heureusement solutionné, grâce à l’admirable exemple de calme, de sang-froid, de patriotisme contenu, que la France a été unanime à donner dans cette occasion. Notre grande démocratie a su par là montrer 5 l’Europe que, si elle est profondément attachée à la paix, elle est également consciente de sa force et qu’elle serait prête à ious les sacrifices, si une agresuon rendait nécessaire la défense du sol national.

Si vous me faisiez l'honneur de m’envoyer au Parlement, je voudrais coniribuer à la continuation de cette politique à la fois prudente et digne, éloignée de toute pensée belliqueux, mats capab'e d’assurer à la France le respect du monde.

Réformes militaires. — Ls loi réduisant à deux ans la durée Ou service militaire a été votée, il y a tien de croire que sa mise en pratique donnera de bons résultats.

Je reste convaincu de la nécessité de préparer, dans la plus large mesure, l’atténuation des charges résultant des périodes d’exercice dans la réserve et dans la territoriale, et cela pnr l’organisation méthodique, dans les communes de sociétés de tir et d’instruction militaire.

Je suis partisan de la révision du Code de justice militaire et de la réforme des conseils de guerre pour le temps de paix. Je voudrais que leurs sentences fussent motivées et que les recours formés contre elle1: pour vices de forme ou pour violations de la loi fuxe"t soumis à la Cour de cassation. D’autre part, les délits de droit commun commis par des militaires pourraient, sans inconvénient, être soumis à la juridiction de droit commun, b>s délits militaires demeurant, en tous cas, soumis à fa juridiction militaire.

Je réclame pour tous, chefs et soldats, une stricte observation de la discipline sans laquelle il ne peut y avoir d’armée vraiment forte et je réprouve énergiquement les doctrines qui tendent à l’affaiblir ou à la détruire.

Réformes sociales. — Démocrate convaincu, vous disais-je en 1902, décidé de tout temps à rompre avec les iniques préjugés et les vieilles traditions des régimes déchusse me consacrerai à 1 étude sincère et à la réalisation pratique des questions économiques et sociales. J’étudierai avec soin les améliorations que comportent, da:-s l'intérêt des villes et descampagn.es, la loi sur les accidents du travail et la M sur l’assis'ance des vieillards. De même, les sociétés mutuelles trouveront en moi un vaillant soutien et mes encouragements ne leur feront jamais défaut.

La question des retraites ouvrières doit maintenant recevoir une solution. La Chambre des députés a voté, avant de se séparer, un projet de loi qui, malheureusement, s’est ressenti de la hâte avec laquelle il a été discuté, mais dont le vote n’en aura pas moins l’avantage de mettre le Parlement dans l'obligation de faire aboutir la réforme au cours de la prochaine législature. Je suis le partisan résolu du principe des retraites ouvrières basées §ur la participation de l’ouvrier, du patron et doi’État, dans la mesure compatible avec les exigences du crédit public et les forces du contribuable.

Réformes administratives et judiciaires. — ■ Comme*cn 1902, je m’engage à soutenir au Parlement les mesures susceptibles de simplifier le fonctionnement des divers rouages administratifs et judiciaires et de permettre de sérieuses économies, notamment la diminution du nombre des fonctionnaires, ia réduction de certains gros traitements ainsi que la refonte de notre organisation administrative et judiciaire hardiment abordée sur les bases d une nouvelle division de la Fi ance, en harmonie avec les progrès de la science et le développement des moyens de communication.

Défense des intérêts agricoles. — Les intérêts de l’agriculture, cette source principale

de la richesse du pays, trouveront en moi un défenseur résolu. Je soutiendrai également toutes les mesures propres à réfréner les abus de la spéculation, et notamment celles susceptibles d'assurer aux blés nationaux, et aux produits agricoles en général, le meilleur prix*

Si je suis élu, je resterai en rapport constant avec vous tous. Ma préoccupation sera de faire entendre aux Pouvoirs publics et de porter à la tribune de la Chambre les desiderata des cultivateurs, des commerçants, des industriels et de tous les travailleurs de l'arrondissement.

Mes chers Concitoyens,

Vous me connaissez trop pour ne pas être certains que je ne prendrais pas de tels engagements, si je n'étais décidé a les tenir. Vous aurez d'ailleurs sur moi, chaque année, un moyen de contrôle efficace : je vous promets, en effet, de rendre c mpte de mon mandat, au moins une fois par an, dans tous les cantons et de me trouver en outre au milieu de vous, le plus souvent possible, dans les lieux où vous vous réunissez pour l'étude et la discussion de vos intérêts.

Je vous ai livré sans arrière-pensée mes opinions sur îa politique générale du pays et sur les questions essentielles dont la prochaine législature aura à s'occuper, et vous me jugerez, le 6 mai, en toute connaissance de cause.

Bien que je ne sois pas partisan, en principe, du mandat impératif, je l'accepte en ce qui me concerne dans les termes de mon programme. G est le plus sûr moyen d'imposer silence à la calomnie.

Vive la République I

V LÂBORl,

Candidat de la République démocratique*

lre Circonscription de MEAUX.

M. Gaston MENIEFL

Élu au l6r tour de scrutin. — 9.06i voix.

Mes chers Concitoyens,

Depuis que jfai l'honneur de vous représenter à la Chambre des Députés, je me suis fait un devoir, fidèle aux engagements que jè pris il y a huit ans, de soutenir avec dévouement la politique de progrès démocratique.

En 1898, je vous disais ; « Républicain de la première heure, je resterai toute ma vio fidèle aux traditions de mon père, votre ancien député, et si vous voulez bien m'honorer de vos suffrages; je chercherai toujours à développer le trayait qui crée la richesse et j'apporterai au triomphe des idées républicaines et à la défense de vos intérêts toute mon expérience des affaires et mon dévouement absolu aux principes démocratiques, »

L'imposante majorité par laquelle vous m'avez renouvelé m m mandat en 1902 et l'accueil sympathique et confiant que jTai toujours trouvé auprès de you? me donnent l’assurance . que nous n'ayons jamais ctssë d’ê-re en communion d'idées.

me présente de nouveau, devant vous comme candidat de Punion des républicains, avec le. programme du bioc républicain, qui répond aux. vœux et aux aspirations de la

démocratie. ,

le vous déclarais, il y a quatre ans : « Pour être élu, je ne vous ferai pas de promesses irréalisables. JTesume que la République doit poursuivre résolument .l’accomplissement des réformes qui sont le développement des principes de la République française. »

Et j'énumérais un certain nombre de réformes ayant irait :

A la laïcisation de l'État ; i

A îa réduction du service militaire, qu'il faut s'efforcer de rendre le moins lourd possible, sans toutefois affaiblir l'armée nationale ;

A la diminution des frais de justice ;

A la protection de l’ agriculture, surtout en développant les institutions de crédit, si nécessaires aux petits cultivateurs ;

A la modification de l’assiette de l’impôt ;

Enfin à l'amélioration; du sort des travailleurs.

En opposant, une fois de plus, le faisceau compact de leurs forces à la coalition réactionnaire, les républicains ont pu réaliser une partie de ce programme.

Je uTaï pas besoin de vous rappeler Pœuvre accomplie ; nos adversaires, en la critiquant, la mettcnt en lumière.

A ceux qui me reprochent d'ètre resté fidèle à la politique du bloc, je réponds :

La discipline a fait notre force ; U faut la maintenir et ia rendre plus réfléchie. « Elle n'est pas seulement la garantie des résultats obtenus, disait récemment un des chefs autorisés du parti républicain, elle est la condition même de Pœnvre que nous nous proposons d'entreprendre, »

Au point de vue politique, la majorité républicaine du Parlement, à laquelle je suis fier d'appartenir, a résolu des questions de la plus haute importance :

Application de la loi des associations et loi de séparation des Églises et de l'État.

Il reste encore beaucoup à faire pour assurer aux citoyens plus d'indépendance et plus de liberté ; pour imposer, par la suppression des tribunaux d'exception, si c'est nécessaire, la discipline à tous les degrés de la hiérarchie militaire, aux officiers comme aux so dats ; pour établir solidement la suprématie du pouvoir civil ; pour achever la laïcisation et la gratuité de l'enseignement.

Au point de vue économique et social, noua devons nous engager résolument dans la voie de la solidarité.

Les lois que nous avons votées doivent être appliquées, telle la loi organisant l'assistance pour les vieillards et les infirmes.

Il en est d’autres que, pour ma part, je réclamerai avec insistance, parce qu'elles s’imposent à notre conscience, comme la diminution des frais de justice, dont îa loi sur 1 extension de la compétence des juges de paix est en quelque sorte )e prélude ; les lois concernant la saisie-arrêt des salaires et des petits traitements; l'hygiène de 1 habitation ouvrière ; la création du bien de famille; la protection des mères et des nouveau-nés ; l’extension aux ouvriers agricoles de la loi sur les accidents.

Le problème des retraites, appelées retraites ouvrières et paysannes parce qu elles s’appliquent à toutes les casêgories de travailleurs, vient d’être solutionna par la Chambre. Les sociétés de secours mutuels qui, vous le savez, sont l’objet de toute ma sollicitude, sont un des rouages essentiels de la nouvelle loi. 11 faut qu’au cours de la prochaine législature le Sénat aborde cette réforme et la fasse aboutir.

Pour la mettre en fonctionnement, il sera nécessaire de créer des ressources. Nous les trouverons, en partie, en réalisant des économies ; en partie, par la reforme fiscale.

Vous connaissez mes idées sur cette question. J'ai déjà développé devant vous la théorie de l'impôt sur le capital, qui nie paraît devoir être combiné avec l’impôt sur le revenu pour, remplacer nos quatre contributions vieillies, qui choquent le sentiment d'équité, et aussi pour faire disparaître nos impôts indirects, qui pèsent dun poids très

lourd sur les petits contribuables. Le taux de eet impôt doit s’élever progressivement, afin de dégrever ceux qui n'ont que ie nécessaire pour frapper plus lourdement la richesse acquise.

Pénétrés, comme nous le sommes, de l’esprit démocratique, ayant au plus haut degré le sentiment que ces questions sont pressantes, Tentante entre tous les républicains s’établira aisément pour les résoudre.

Tous ces problèmes, et bien d’autres qui en forment le corollaire, s’imposent à notre attention, Leur solution nous conduira à Tunion des classes, ainsi que le proclamait M. Léon Bourgeois dans un de ses derniers discours*

C’est, en effet, en prêchant Tunion que nous resserrerons de plus en plus les: liens de fraternité entre tous les citoyens et que nous parviendrons à fortifier Tunité morale de la France, condition essentielle de sa grandeur*

Vive la République démocratique I

Gaston MEES1ER,

Conseiller général du canton de Lagny, Député sortant,

Candidat de I Union des Républicains,

2e Circonscription de MEAUX,

M. Émile CHAUVIN-

Élu au 1M tour de scrutin* — 5.9^9 voix*

Mes chers Concitoyens,

Je me présente pour la troisième fois à vos libres suffrages.

Je yous demande de me confier à; nouveau le mandat de défendre le programme accepté par vous en 1898 et 1902*

Aujourd’hui, comme alors, je vous dis :

Je suis radical-socialiste*

Je ne suis pas collectiviste, ni partisan du partage; j’entends, au contraire, défendre et protéger La propriété individuelle.

Je ne suis pas révolutionnaire, je répudie toutes les violences ; mais je veux ïa diminua îion immédiate et la suppression graduelle des inégalités et des injustices sociales par des moyens pacifiques et légaux.

Je reviens rapidement sur ce qui est fait, car c’est en avant qu^ii faut regarder*

La séparation de PÉgtise et de TÉtat accomplie ; 1e budget des cultes supprimé ;

La loi sur l’assistance obligatoire substituant à la vieille idée traditionnelle et humiliante de charité la notion républicaine de solidarité ;

La loi des retraites ouvrières achevée par la Chambre ;

L’œuvre de laïcité définitivement accomplie ;

Le service militaire diminué, joint à une sollicitude toujours plus grande pour la condition du soldat;

Les droits des travailleurs reconnus et respecté? ;

La paix assurée par une politique aussi ferme que conciliante et loyale, qui, en recherchant l’estime des nations voisines, a mérité leur amitié.

Telle est l'œuvre du paru radical et radical-socialiste*

li s’agit de la conserver et de la compléter* Pour cela, nous voulons :

L — Dans Perdre politique et administratif:

L’affirmation et le respect de ridée de Patrie ;

La France assez forte pour qu’elle puisse vouloir ïa paix passionnément, sans jamais être obligée de la subir;

Mais l’effort constant vers le développement de l’arbitrage international et vers la suppression progressive des guerres et de leurs budgets*

A l'intérieur :

La laïcisation absolue de tous les services publics et la stricte application de la loi de séparation ;

La suppression des fonctions inutiles et les économies ;

Le scrutin de liste ;

L’élection des présidents de la Chambre, du Sénat et de la République au scrutin public.

IL — . Dans V ordre fiscal et économique :

Une réforme profonde de l'impôt, frappant d’une manière progressive le luxe elle superflu et dégrevant le travail sous toutes ses formes ; aux champs, à l’usine et à la boutique ;

La révision de la loi encore injuste des patentes;

La limitation au h* degré de l’héritage en ligne collatérale avec maintien de la liberté de tester.

Au point de vue agricole ;

Le maintien des droits protecteurs, et le vote du projet par Émile Chauvin protégeant les travailleurs français contre la concurrence étrangère;

Des lois impliquant le respect de la propriété individuelle, la protégeant, tant contre la concurrence extérieure que contre les entreprises de la spéculation, et lui assurant les bienfaits d’un crédit agricole à long terme offert à tous les travailleurs du sol;

Le degrèvement de la patente pour les associations agricoles;

La refonte de la législation de la chasse dans un sens démocratique ;

La modification des programmes d'enseignement, afin de donner aux enfants des campagnes des notions théoriques et pratiques d’agriculture*

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