‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 228 sur 280 · Dans l'ordre social · texte numérisé non relu

Dans l'ordre social

La reprise par la nation des monopoles particuliers qui, constituant le domaine industriel de l’État, seront exploités désormais au profit de tous et non plus de quelques-uns:

L’organisation du droit d’intervention de l’État dans les rapports du capital et du travail, soit pour rétablir l’équilibre entre les forces sociales inégales, soit pour résoudre les conflits;

L'extension du droit syndical à tous les travailleurs et fonctionnaires du département, des communes et de l'Etat;

L'application et l'amélioration des lois de réglementation du travail et de protection ouvrière;

Le repos hebdomadaire pour tous les salariés;

Le vote immédiat du projet transactionnel sur le travail des employés de chemin de

fer;

L’achèvement de la loi des retraites ouvrières et paysannes,basée sur la triple contribution obligatoire de l’État, du patron et du retraité, et assurant aux travailleurs des champs ou de 1J usine le même minimum garanti;

L'encouragement et le développement de la mutualité.

IV, — Dans l'ordre judiciaire :

La réforme du vieux système judiciaire dans le sens de la gratuité et de l’égalité ; La suppression des conseils de guerre en temps de paix;

L’extension de la juridiction des prud’hommes à tous les salariés.

Mes chers Concitoyens,

La Démocratie demande aujourd’hui, comme il y a huit ans, la complète exécution de ce programme.

Cela est si vrai que les partis de réaction, affublés maintenant du masqué de républicanisme, font semblant de s’y rallier pour piper vos suffrages.

Vous ne vous laisserez pas tromper par cette manœuvre.

Ceux qui ont été, en 1902, candidats de l’évêché, bénis par lui, et soutenus par le parti clérical, ne peuvent pas être aujourd’hui candidats de la République laïque.

Ceux qui ont été, en 1900, les amis de Jules Guérin et de Max Régis, les ravitailleurs du fort Chabrol et les insulteurs du président Loubet ont beau faire alliance avec les faux républicains pour essayer d’amener un ballottage.

Tout cela est vain.

Le parti radical et radical-socialiste connaît son devoir.

Entre la République de Pévêque de Meaux, de Jules Guérin ou de Doumer, et celle de Léon Bourgeois, de Jaurès et du président Loubet, le suffrage universel choisira,

Quant à moi, investi du mandat de porter ici le Drapeau radical-socialiste, désigné comme candidat unique par le comité exécutif et par la Fédération des associations républicaines de notre région, je demeure à la disposition de mon parti.

Vive la République sociale I

Émile CHAUVIN,

Conseiller général de Seine-et-Marne, agrégé des Facultés de droit, Député sortant.

Candidat radical-socialiste.

Circonscription de MELUN.

M. BALANDREAOj

Elu au 2° tour de scrutin. — 9497 voix.

Mes chers Concitoyens,

Député sortant, et d'ailleurs encouragé par un grand nombre d'entre vous et par les élus républicains de l'arrondissement de Melun: je viens, pour la quatrième fois, vous demander vos suffrages.

Mon passé vous a appris à me connaître.

Ce ne sont pas des promesses que je vous apporte, mais des réalités*

. Représenlanï d'une région qui tire ses principales ressources de l'agriculture, par la fertilité de son sol et l'industrie de ses habitants, je me suis associé à toutes les mesures propres à conjurer les crises qu'elle a traversées et de nature à lui permettre de vivre a Rabri de la concurrence étrangère*

Pénétré de la nécessité de protéger les petits et les humbles contre les éventualités, trop souvent inexorables, de l'existence, je me suis associé a toutes les lois de solidarité, d'assistance et de mutualité constituant des avantages réels pou» le plus grand nombre.

Après avoir été un des premiers signataires du projet de réduction de la durée du service militaire, j'ai eu la grande satisfaction de voir enfin adopter ce projet qui, pour la première fois, rend tous les Français égaux devant l'impôt du sang.

La séparation des Églises et de l'État, qui était inscrite depuis 1893 dans mon programme, a enfin reçu une solution libérale a laquelle nous entendons que soit donnée une application aussi complète que loyale.

Ce n'est pas aux consciences que nous avons entendu faire la guerre, mais à ceux pour qui la religion n'est qu'un instrument de domination*

La paix est le plus grand des bienfaits.

Mais notre amour de la paix ne va pas jusqu'à vouloir supprimer l'armée. Tant que les nations n'auront pas trouvé le moyen de régler leurs différends autrement que par les armes, nous voulons une armée forte et respectée, qui soit l'année de la France et de la République, et non fi armée d'un parti, et qu'on ne tolère ni la désobéissance des uns, ni l'appel à la désertion des autres,

A une époque ou le plus grand nombre, désireux d’améliorer son sort, recherche le moyen d'y arriver, et subit les sollicitations de tous les partis, je ne saurais trop engager mes concitoyens à ne pas prêter l'oreille aux promesses de ceux qui, ayant détenu le pouvoir pendant de longs siècles, n'ont jamais trouvé d'autres remèdes que la résignation aux maux dont souffre l'humanité.

le les engage également à ne pas se laisser prendre aux séductions trompeuses du socialisme collectiviste,

La République, depuis trente-cinq ans, a réalisé de grandes et d'heureuses réformes, Elle ne s'en tiendra pas là. Sa raison d'être est ie progrès, toujours le progrès. Les populations peuvent compter sur elle pour l'amélioration de leur sort. Elle ne faillira pas à sa tâche.

Pour moi, mes chers concitoyens, si vous me chargiez à nouveau de l'honneur de vous représenter, je m'attacherais tout d'abord aux deux questions à l'ordre du jour dont la solu-

lion est le plus vivement désirée : le remaniement des impôts dans le sens progressif et la création d’une retraite pour les travailleurs de la ville et des champs.

Ces deux réformes s’imposent à bref délai- Le Parlement s’honorera en les solutionnant.

Telles sont, mes chers concitoyens, les déclarations très sincères que j’ai tenu à vous faire au moment où vous allez exercer votre pouvoir souverain.

Voilà treize ans que nous vivons ensemble, nos relations n’ont jamais été troublées par aucun nuage. Je vous ai toujours accueillis avec grand plaisir quand vous m’avez fait l’honneur de venir me voir. Si j’ai fait un peu de bien pendant ce long laps de temps, j’en suis très heureux.

Si vous pensez que je puisse vous être encore utile, je mets à votre disposition tout ce qui reste de bonne volonté et d’énergie à un vieux, mais sincère et bon républicain.

Croyez, mes chers concitoyens, à ma reconnaissance, à mon affection et à mon dévouement.

Vive la République !

BALÀNDREAU*

Député sortant.

Circonscription de PROVINS*

M, RERVELOY.

Élu au 1CT tour de scrutin. — S.Üâl voix,

Mes chers concitoyens,

En venant, pour la troisième fois, solliciter l’honneur de vous représenter à la Chambre des députés, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de vous faire de bien longues déclarations.

Conseiller général de Seine-et-Marne depuis bientôt 20 années, député du département pendant 12 ans, voilà 7 années que vous me voyez à l’œuvre dans cet arrondissement où je crois avoir acquis, par la netteté de mon attitude politique et par les services rendus, l’estime et la sympathie de tous les républicains,

La Chambre qui vient de clore ses travaux a été la plus féconde en résultats que la République ait vue depuis sa fondation. Les représentants du bloc républicain qui, par leurs efforts, ont contribué à son œuvre, ont quelques droits d’en manifester leur fierté devant le pays qui les approuvera.

Vous vous rappelez qu’aux élections législatives dernières les adversaires de la République avaient fait porter tome la latte sur Je terrain de [a fameuse loi des associations. Les électeurs ont répondu en envoyant siéger à la Chambre une majorité plus forte, avec mandat de poursuivre jusqu'au bout le programme d'émancipation laïque et de sécularisation complète do l’État.

C’est dans cet esprit que, pour libérer la nation du joug clérical, ont été votées les lois sur les demandes d’autorisation formées parles congrégations non reconnues et la loi sur la suppression de l’enseignement congréganiste.

Et c’est encore pour répondre aux sentiments exprimés par le pays que, grâce à l’atti-

tude du nouveau Pape, le Parlement a pu voter l’importante loi de la Séparation des Églises et de l’État qui, tout en respectant la liberté des consciences, assure en même temps l’indépendance absolue de l’Église en matière religieuse.

Dans l’ordre économique et social, la législature qui vient de se terminer n’aura pas été moins heureuse.

Est-il besoin de vous énumérer toutes Les réformes qui ont été accomplies ? Pour ne vous citer que les principales, je vous rappellerai :

Dans l'ordre économique :

La diminution du droit sur les sucres, qui n'est qu'un premier pas dans la voie du dégrèvement total d'un aliment utile à la santé publique;

La révision de la loi des patentes, qu?il y aura lieu d'élargir et qui a permis de dégrever le petit patentable pour reporter le poids du dégrèvement sur les bazars elles grands magasins ;

La réduction à dix centimes de la taxe postale, qui va faciliter les transactions commerciales, sans nuire dans une large mesure aux intérêts du Trésor,

Dans Tordre social :

L'extension de la compétence des juges de paix, premier essai de la réduction des frais de justice, qui a pour résultat de porter devant une juridiction rapide et peu coûteuse une série d’affaires relevant jusqu'à ce jour des tribunaux civils, où la procédure est longue et des plus onéreuses ;

La loi dTassistance obligatoire aux vieillards et incurables indigents, qui entrera en application au 1er janvier prochain ;

Celle concernant l'organisation des Caisses de retraites, pendante devant le Sénat, et qui a pour but d'assurer la sécurité des vieux jours à tous ceux dont le travail concourt à la grandeur et à la prospérité du pays, à tous les intéressés, aux ouvriers de l'agriculture comme à ceux de 1- industrie;

Et enfin, pour couronner l'édifice, la loi de réduction de la durée du service militaire à deux ans, qui décharge du poids de l'impôt du sang les classes laborieuses sur lesquelles il pesait le plus lourdement, véritable loi d’égalité démocratique qui supprime toutes les dispenses, derniers vestiges des régimes de privilèges.

La loi militaire devra être complétée par la diminution des périodes d'instruction des vingt-huit jours et treize jours que, malgré les votes répétés de la Chambre, le Sénat a jusqu'à ce jour refusé d’adopter, et par la suppression, en temps de paix, des Conseils de guerre, qu'ont rendue nécessaire la partialité révoltante des tribunaux militaires.

L'œuvre du progrès est indéfinie. Il évolue avec les transformations rapides et profondes de la Société. Le champ des réformes va s'agrandissant tous les jours. La prochaine législature aura de grands et sérieux devoirs à remplir.

La Chambre que vous allez nommer aura non seulement à appliquer d’une façon rigoureuse la loi de la Séparation. Elle devra la compléter, en apportant des restrictions aux clauses dont l'excès de libéralisme pourrait se retourner contre la République.

Elle aura également à poursuivre le vote définitif de la loi des Caisses de retraites et à pourvoir aux moyens financiers, comme par exemple, la limitation du droit successoral, qui suffirait à elle seule à assurer la réalisa ion effe tive de cette grande lui de solidarité sociale.

Ün très grand problème toujours pendant et qu’il faudra enfin résoudre, c’est celui qui consiste à établir un peu plus de justice dans notre système fiscal et à remplacer la plupart des contributions actuellement existantes par l’impôt que Gambe; ta appelait « le plus juste et le plus équitable, le plus moral de tous » : l'impôt global sur le revenu.

Pestime, en outre, que, dans l'intérêt de l'agriculture qui est la richesse et la force de noire pa^s, il y a üeu d’étendre l'effet bienfaisant des loi relatives au crédit et à la mutualité agricole, de compléter ces mesures législatives par d'autres concernant i 1° La diminution des droits de mutations sur les transactions de biens ruraux ; Le rachat des i:hcmlû& de fer, qui permettrait l'abaissement d es tarifs de transports; 3° La suppression des marchés

à terme, dits fictifs, sur les produits agricoles; k° La création d'un bien de famille insaisissable ; 5° et enfin l'extension aux ouvriers agricoles de la loi sur les accidents qui, critiquée à ses débuts, est aujourd’hui favorablement accueillie par le commerce et l'industrie.

l’estime enfin que tous les actes de la vie politique de votre mandataire doivent s'étaler au grand jour et ne pouvoir échapper au contrôle de l’électeur. C'est pourquoi je suis partisan de l'élection des présidents des deux assemblées et du chef de l'État au scrutin public, et non plus au bulletin secret qui permet d'abriter les lâches défections.

Au point de vue extérieur, si nous devons, par une bonne organisation de notre armée, être toujours prêts à nous défendre contre toutes agressions, nous devons être non moins résolus à ne pas nous laisser entraîner, à la remorque des tripoteurs d'affaires, dans des aventures belliqueuses. La guerre est, ainsi que font prouvé de récents évènements, le plus terrible des maux qui puisse accabler l’humanité. C’est pourquoi je pense que les conflits entre les peuples devraient être réglés par l'arbitrage international.

Respectueux de l'idée de Patrie, j’enveloppe d'un même sentiment de réprobation et ceux qui l'exploite dans ua intérêt d'ordre politique, et ceux qui osent la nier, en prêchant la désertion devant l'ennemi.

C'est dans ces sentiments que je viens aujourd'hui solliciter à nouveau vos suffrages, ils inspireront ma conduite dans l'avenir, comme ils l'ont guidée dans le passé.

Ce que je veux, en un mot, avec vous, c'est une France nettement pacifique, sons l'égide d'une République fière et généreuse, rayonnant sur le inonde par son idéal de justice et de progrès social.

DERVELOY,

Vice-président du Conseil général,

Député sortant.

Candidat radical-socialiste.

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