‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 245 sur 280 · M. ABEL BERNARD · texte numérisé non relu

M. ABEL BERNARD

Elu au 1er tour de scrutin. — 5.830 voix.

Les événements politiques de ces dernières années, Révolution normale et naturelle des partis, ont fait que l’union républicaine, pour être féconde, n’est possible désormais que sur un programme avancé, nettement réformiste, contenant la partie immédiatement réalisable du programme socialiste.

Des hommes politiques dévoués, issus de toutes les fractions du parti républicain, ont compris qu'il n’était plus possible de s’éterniser sur de vieux mots, surdos formules surannées, ni de piétiner sur place. Ils ont également pensé que l’heure avait enfin sonné de mettre un terme aux divisions intestines, d’enlever aux luttes politiques de l’avenir tout caractère acrimonieux et personnel, de remettre enfin l’ordre et la discipline dans le parti républicain.

C’est sur ces bases que, dans la circonscription d’Apt que j’ai l’honneur de représenter depuis huit années au Parlement, s’est constituée la « Fédération des groupes de gauche », issue d’un magnifique élan de solidarité républicaine qui a secoué l’arrondissement tout entier.

Formée d’hommes de bonne volonté que n’a réunis ni la passion ni l’intérêt, mais bien l’amour de leur pays et leur désir de concorde, la Fédération a eu pour premier devoir d’élaborer un programme économique et politique qui devait être, dans sa pensée, la ligne de conduite des candidats qui se réclameraient d’elle, et, le cas éohéant, du représentant du peuple que son action politique enverrait au Parlement,

Ce programme, je le fais mien. Et je le fais d’autant plus volontiers qu’il contient à la fois toutes les réformes que j’ai préconisées dans les milieux parlementaires, ou soutenues par des votes de principe, ainsi que de nouveaux desiderata qui répondent à mes propres aspirations.

Il ne me plaît guère, mes chers concitoyens, de faire ici mon propre panégyrique ; mais il me faut bien cependant demander au corps électoral s’il pense que j’ai failli à mon mandat.

Aux époques troublées du nationalisme menaçant, membre fondateur du groupe radicalsocialiste, j’ai coopéré à la «Concentration républicaine» qui a dompté et réduit cette coalition hybride de toutes les forces de réaction. La concentration opérée, la « Défense républicaine » s’est organisée, après quoi l’« Action républicaine » a pu réaliser, sur un terrain déblayé des fauteurs de coups d’État, ces deux grandes réformes : « la dissolution des congrégations, la séparation des Églises et de l’État ».

D'autres grands problèmes sociaux se sont posés à nous et ce sont les hommes de gauche, dont je suis, qui ont exigé, réalisé ou préparé ces lois sociales dont iï est inutile de souligner l’importance : « loi de deux ans, retraite aux vieillards, retraites ouvrières, etc* »

La loi contre la fraude des vins ; la législation des chutes d’eau; le fonctionnement des ports francs ; le dégrèvement de la petite propriété ; la suppression des octrois et leur remplacement par des taxes dégrevant les petits ; la création d'un Ministère du travail, organe gouvermental du parti ouvrier ; la modification des tarifs de chemins de fer pour le transport des primeurs ; la modification des horaires ; les droits des syndicats d’arrosages afférents aux prises de Pertuis et de Cadenet, etc., constituent encore une partie de l’œuvre économique à laquelle j'ai consacré tous mes instants.

Les viticulteurs de l'arrondissement savent avec quelle énergie fai combattu en ces derniers temps les exigences du fisc, avant l’intervention de la loi (que j'ai votée) supprimant !a déclaration et l’exercice des bouilleurs de cru à partir du l*1' mars.

Le droit d’un franc par cent kilogrammes de vendange est une taxe vexa to ire et ruineuse pour le petit producteur. J’ai déposé un projet de loi tendant à la suppression de ce droit. Nos intérêts à nous, propriétaires de ^arrondissement d’Àpt, sont en opposition directe avec ceux des grands fabricants de vin de l'Aude, de l’Hérault et du Gard, et j'appelle sur ce point particulier l’attention du corps électoral de la circonscription, qui reconnaîtra certainement de quel côté se trouvent ceux qui ont le mieux défendu les droits de la petite propriété.

Au point de vue local, je demande aux citoyens de bonne foi, aux communes, aux collectivités diverses de dire si je me suis désintéressé une seule minute de ce qui constitue la vie matérielle et courante de l’arrondissement.

Des groupes scolaires se sont édifiés ; des postes de maîtres ont été créés partout ; des adductions d’eaux potables ont été réalisées avec de fortes subventions; des établissements hospitaliers ont été largement dotés, des établissements postaux et télégraphiques ont été installés dans de nombreuses localités; partout où les facteurs étaient surchargés, le service des distributions a été amélioré; enfin les municipalités savent tous les efforts que j’ai consacrés et que je consacre chaque jour encore au râttaehement de la vallée d’Âïgues et du canton de Bonnieux au P.-L.-M. et aux chemins de fer des Bouches-du-Rhône.

Et ce sont là des faits précis qu’une opposition de parti pris ne peut ni détruire ni diminuer.

Au point de vue de mon action politique et sociale à la Chambre, je me réfère à Y Officiel.

Au point de vue local, je me rapporte à la bonne foi de tous pour la constatation de l’œuvre tangible que j’ai pu réaliser.

Fier de mon passé, fier de huit années d'un labeur qui n’a pas été inutile, de huit années de dévouement à la chose publique et de sacrifices de toutes sortes, c’est avec confiance, mes chers concitoyens, que je me présente pour la troisième fois à vos suffrages éclairés

Je remercie la Fédération des groupes de gauche de l’œuvre démocratique qu’elle a entreprise et de l’appui si précieux qu’elle veut bien me donner.

Avec elle, je réprouve les querelles de personnalités, les attaques injustifiées et les polémiques stériles qui ne peuvent que troubler la conscience publique au lieu de Péclairer.

Sous son égide et avec son concours, je compte mener à bien l’œuvre d’union républicaine à gauche qn’elïe a entreprise, œuvre tentante pour les hommes de bonne volonté* pour tous ceux qui ont au cœur l’amour de la démocratie et le désir de lui être utile.

Et je voudrais que le grand parti républicain réconcilié, secouant enfin la poussière de ses divisions anciennes, donnant à gauche un coup de barre décisif, réalisât son unité en mettant en pratique cette devise directrice qui a procuré tant de succès au parti avancé :

* Ni ennemis, ni adversaires à gauche. »

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