‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 28 sur 280 · M. CH ARON MT · texte numérisé non relu

M. CH ARON MT

Élu au 29 tour de scrutin. — 7.875 voix.

Mes chers Concitoyens,

Pour la quatrième fois, je me présente à vos suffrages, sous les auspices de la Fédération des comités républicains de l'Aube.

Il y a vingt ans que des rapports de plus en plus étroits se sont établis entre nous. Je pourrais me dispenser de faire une profession de foi, car ma vie politique tout entière sTes4 passée sous vos yeux. Je serai demain ce que j'ai été dans le passé, l'ardent défenseur des institutions républicaines, le serviteur dévoué et inlassable de la démocratie. Tous vous savez qui1 je ne fait jamais de vaines promesses et que je m'estime heureux quand je puis faire un peu de bien, rendre un service ou réparer une injustice. Je puis avoir des ennemis, je ne les connais pas, je ne veux pas îes connaître.

La législature qui va prendre fin a été aussi laborieuse que féconde. Son œuvre est la plus considérable qui ait été accomplie depuis la troisième République, La réduction du service militaire à deux anSj les lois sur ^assistance aux vieillards et aux infirmes, sur les syn~ dicats et le crédit agricoles, sur les accidents du travail, la dissolution des congrégations non autorisées, conséquence de la loi sur les associations votée sous le ministère Waldeck- Rousseau, la suppression de l’enseignement congréganiste et enfin la séparation des Églises et de l’Etat, constituent des réformes dont le Parlement a le droit de s’enorgueillir. Cette œuvre colossale a pu être réalisée grâce a l’admirable discipline du bloc républicain*

La séparation des Églises et de l’État, depuis si longtemps Inscrite dans les programmes républicains, a été votée par le Parlement dans les conditions les plus libérales et les plus loyales. Elle ne porte aucune atteinte ni à la liberté des cultes ni à la liberté de conscience, proclamées par la loi elle-même.

Le Concordat, pacte conclu entre deux despotismes, l’empire et la papauté, était fatalement condamné à disparaître, car les principes sur lesquels reposent la théocratie, se réclamant du droit divin, et la démocratie, basée sur la souveraineté nationale, sont absolument contradictoires. Le divorce s’imposait*

L’agitation, plus politique que religieuse, fomentée sur certains points du territoire par les par sis de réaction, à l’occasion des inventaires (actes purement conservatoires) des biens des fabriques, échouera piteusement devant l’indifférence et la saine raison de l'immense, majorité de la nation

Débarrassée de l’entrave concordataire, la démocratie française, affranchie de la servitude romaine, pourra, en toute liberté, poursuivre sa marche en avant vers l’idéal de solidarité humaine et de justice sociale qu’elle a hâte d’atteindre*

La prochaine législature aura notamment deux grandes réformes à réaliser : 1° la réforme financière par l’établissement de l’impôt global et progressif sur le revenu et la progression illimitée des droits successoraux, réforme indispensable pour assurer une plus juste répartition des charges publiques et donner h nos budgets plus d’élasticité et plus d’ampleur; 2* la création des retraites ouvrières dont la Chambre, à une grande majorité, a déjà voté îe principe, œuvre sociale par excellence, destinée à assurer aux travailleurs des villes et des campagnes le pain de leurs vieux jours*

L’agriculture, source inépuisable de la richesse nationale, doit faire l'objet des constantes préoccupations du législateur, qui ne doit rien négliger pour alléger ses charges, encourager les syndicats agricoles, alimenter les caisses locales et régionales de crédit agricole, propager et subventionner les sociétés d1 assurances mutuelles contre la mortalité du bétail, la grêle, l’Incendie* Elle peut compter sur mon absolu dévouement à ses intérêts.

Au même titre que l’agriculture, le commerce et Industrie appellent toute la sollicitude du Parlement* Comme elle, ils doivent être efficacement protégés contre la concurrence étrangère.

J’estime que la liberté syndicale ne doit rencontrer aucune entrave, mais, à peine de jeter le trouble dans les services publics et de les désorganiser, elle doit, pour les agents et fonctionnaires de l’État, des départements et des communes, être limitée à la défense des intérêts professionnels, à l'exclusion rigoureuse du droit de grève.

Enfin, je suis un partisan résolu des économies à réaliser par la suppression des fonctions inutiles. Mais elle ne sera pas possible qu’au tant que le scrutin de liste sera substitué au scrutin d’arrondissement*

Mes chers Concitoyens,

Si vous me faites l’honneur de me continuer votre confiance, vous pouvez être assurée que je ferai tous mes efforts pour m’en rendre digne* Là se borne mon ambition.

Vive la République démocratique et sociale î

CH ABONNAT,

Député sortant.

2e Circonscription de TROYÉS.

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