‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 4 sur 280 · M. PASQUIER · texte numérisé non relu

M. PASQUIER

Élu au 1er tour de scrutin. — 9.872 voix. «

Mes chers concitoyens,

Les témoignages rèpéiésde confiance que vous m’avez donnés, et dont, je reste al profondément reconnaissant, m’imposent des devoirs auxquels ne faillirai pas.

Je suis fier de les avoir reçus; de vous; j’ai tout fait pour m’en montrer digne.

L’an dernier, lorsque je me suis présenté à vos libres suffrages, la Chambre dont le maudat expire avait a régler quatre grandes questions :

f° L’assistance obligatoire aux vieillards;

2° La réforme de la loi militaire ;

3° La séparation des Églises et de l’État;

k* Les retraites ouvrières.

Ces questions ont, avec Le vote tardif et laborieux du budget, à peu près absorbé toute La ün de cette législature* Je dois vous indiquer la part que j’ai prise aux solutions qu’elles ont reçues. •

i° J’ai voté la loi d’assistance pour les vieillards et les inhEmesy c’est-à-dire pour tous* ceux qui ne peuvent plus trouver dans Le travail les ressources nécessaires à leur existence.

Je suis heureux d’être arrivé; à la Chambre assez à temps pour donner mon sullrage àcetle loi, qui apportera un soulagement efficace à bien des infortunes-

2? J’ai voté la réduction du service militaire à deux ans* Je l’ai volée sur l’assurance formelle, donnée par les hautes personnalités compétentes et responsables, que la défense

nationale n’en serait pas affaiblie. le Pai volée avec la conscience de répondre ainsi aux sentiments et à Patiente du pays, et d'alléger sons cette forme uoe^des charges publique» les plus considérables, en la rendant égale pour tous*

3° Je n’ai pas voté — et vous le savez déjà, et vous savez aussi pourquoi — la séparation de. l’Église et de FÉtat. Je ne crois pas, en droit, qu'un contrat solennel passé entre deux puissances puisse être rompu parla volonté d’une seule. Accomplie dans ces conditions, 3a rupture est un acte de violence : je ne m’associe pas à de tels actes*

La séparation ne répond ni aux sentiments, ni aux voeux, ni aux intérêts du pays* Elle est préjudiciable à nos communes, les atteint dans leur activité et dans l’intensité même de leur vie de chaque dimanche. La Chambre n’avait pas reçu de ses électeurs le mandat do procéder à cette réforme qui alarme si justement les consciences, qui provoque aujourd’hui l’agitation et crée les difficultés que vous savez, qui affirme en principe la liberté du culte et, en réalité, apporte par une dure réglementation et des charges nouvelles, de déplorables entraves à cette liberté*

J’ai motivé mon vote à la tribune de la Chambre, J'y ai dit que, dans nos campagne», on restait invinciblement attaché à ces manifestations de foi chrétienne qui accompagnent les naissances, les mariages, les deuils inoubliés, qui élèvent Famé des enfants, qui soutiennent dans les épreuves, qui sont la consolation de la vieillesse et ouvrent à l’humanilé les immortelles espérances.

Non, je n’ai pas voulu que ce touchant idéal, que ces vieilles et fortes traditions fussent violemment déchirés ; et je n’ai pas yoté une séparation qui ne répond ni à l’idée de progrès, ni à ridée de liberté. Je ne Fai pas votée, parce qu’elle est, aux mains de la franc-maçonnerie, Finstrument de choix dont elle prétend se servir pour déchristianiser la France, s’imposer au pays, le dominer, le persécuter, l’exploiter*

à0 Sur la question des retraites ouvrières, je suis demeuré fidèle aux engagements que j’avais formellement pris dans men programme électoral de 1893* J’étais, je reste partisan de ces retraites; j’en ai voté le principe. Ce n’est pas là une question politique; c’est une question de justice; c’est un devoir social. La première pierre est maintenant posée; la législature prochaine devra achever Fédifice. *

Bien loin d’en chercher la destruction, c’est, lorsqu’elle reviendra à la Chambre, l’amélioration exclusive de cette loi nécessaire que j’entends poursuivre*

A coté de ces questions, dont les unes sont résolues, dont les autres attendent leur utile solution, trois grandes réformes me paraissent s’imposer, plus impérieusement que jamais, à l’attention des législateurs ;

La réforme financière, qui mettra plus d’égalité dans l’impôt et le rendra vraiment proportionnel aux facultés de chacun;

2° La réforme judiciaire, qui rendra enfin la justice plus expéditive et moins onéreuse;

3° La réforme administrative, qui amènera, par une recherche sévère, de sérieuses et nécessaires économies; qui remédiera notamment à l'excès du fonctionnarisme de plus en plus envahissant*

Je demanderai enfin qu’il soit mis un terme à cette pratique vicieuse qui permet au député de voter par procuration. Je me suis déjà associé, à ce sujet, à la proposition de mes collègues Lasies et Flayelîe, et je m’associerai à tout nouveau projet rendant le vote personnel obligatoire pour tous les députés. C’est un scandale de voir journellement des centaines de députés sanctionner par procuration des débats auxquels ils n’ont pas assisté. Le premier devoir d'un député est d'être présent lorsqu’il s’agît de se prononcer sur des lois importantes, sur les questions financières, sur un budget faisant, par exemple, payer aux contribuables plus de trois milliards sept cent millions*

Est-ce tout ? Non, mes chers concitoyens. 11 me reste à vous dire qu’en toutes circonstances je me suis associé aux plus énergiques réprobations dont on a justement frappé un abominable régime de délation et de corruption ; que je me suis associé également aux

efforts tentés en vue de vous assurer, avec une représentation proportionnelle plus équitable, la liberté absolue de vos votes, et de faire perdre jusqu’au souvenir de l'impure candidature officielle,

Ai-je besoin maintenant de vous répéter que je reste tout dévoué à cette sage protection industrielle et agricole qui a permis à nos produits français de ne pas être avilis sur nos propres marchés par les produits étrangers, et d’assurer par là à nos ouvriers un travail rémunérateur. Je n’entends pas, d’ailleurs, que cette protection soit limitée à nos seules frontières ; elle doit s’étendre à l'intérieur ; et c’est ainsi que, sans toucher à des institutions économiques qui ont fait leurs preuves et rendent de réels services, vous m’avez vu tout récemment applaudir à l’initiative de l’Union laonnoise pour la défense du commerce local, initiative qui gagnera, je l’espère, l’arrondissement et le département tout entier. C’est ainsi que je me suis prononcé, toujours sur le terrain de fa liberté, contre les monopoles d’État, notamment contre toute organisation d’assurances générales par l’État,

Mes chers concitoyens,

Je vous avais promis d’ôtre pour vous un représentant exact et dévoué. Je crois avoir tenu ma promesse. En toutes occasions, je n’ai eu en vue que l’intérêt général et surtout le maintien d’une paix que je savais vous être chère. C’est pourquoi j’ai soutenu plus d’une fois de mes votes le ministère Rouvier qui avait, à une heure critique, écarté de üous le danger dune guerre à laquelle nous étions alors mal préparés, lo^jrogfa rninc de politique

internationale était ; la paix avec la dignité.

On ne vous dira donc plus — j’espère — que jjï sois jamâTs’eapàljle'de faire passer un intérêt avant celui du pays ; et l’on ne me dénoncera. plus comme l’adversà|re systématique d’une République à laquelle j’ai donné les gages <mi~plus loyal concours. !

Ce n’est pas la République de division et d| jhaine entre les citoyens ; ce n’est pas la République qui s’en prend aux consciences et les trà^Çje; qui s’en prend à l’armée et y sème l’indiscipline et la démoralisation ; ce n’est pas la République de l%4élation et du favoritisme; ce n’est pas la République du péril national. W

Non 1 Mais je suis bien certain d’ôtre d accord avec vous tous pour travailler ensemble, et du même cœur, à ce qu’elle soit enfin, dans la liberté, la République de la paix, do la justice, de l’ordre, de l’économie, du progrès démocratique et de la féconde fraternité.

C est à ce noble effort que je vous convie, mes chers concitoyens, en vous demandant vos suffrages.

J. PASQU1ER,

Député sortant.’

2e Circonscription de LAON

M. Paul DOUMRR

Élu au 1er tour de scrutin. — - 11.297 voix.

Mes chers concitoyens,

J’ai dit récemment à la Fèré, en des paroles qui ont été reproduites pour aller à chacun de vous, comment m’apparait, à l'heure présente, la situation politique de notre pays, comment j’entends agir en vue de la rendre meilleure, d’assurer le progrès républicain, la prospérité et la grandeur nationales.

Votre confiance me permettra de trie consacrer à cette tâche.

Vous me l'avez accordée H y a quatre ans ; je croîs l’avoir justifiée députa, l’ai travaillé au Parlement autant que personne, et peut-être ai -je agi avec plus de courage que beaucoup. Représentant d'une population laborieuse, éclairée et sage, je me suis efforcé de lui faire honneur et d’exécuter fidèlement mon mandat. Il n'est pas une déclaration verbale ou écrite, pas une parole prononcée devant vous, en 1902, qu’on puisse mettre en contradiction avec mes actes au cours des quatre années écoulées.

le me présente aujourd’hui à vos suffrages avee les mêmes idées, le même programme

qu’alore,

le suis resté un républicain convaincu, épris de progrès, d’ordre, de justice et de liberté ; un patriote ardent incitant au-dessus de tout l’intérêt du raïst sa sécurité et sa puissance.

Je veux toutes les réformes démocratiques réelles et bienfaisantes, qu on a le plus souvent négligées pour des changements sans profit ou de vaines chimères; je veux les réformes sociales qui tendent, comme la loi des retraites ouvrières, à protéger les travailleurs, à assurer leur sécurité, é accroître leur bien-être matériel et la dignité de leur vie ; les réformes fiscales basées sur la justice, sur une équitable répartition des charges entre les contribuables ; la réforme judiciaire ; les réformes politiques et administratives, capables de donner â la République une meilleure organisation du pouvoir, une plus grande liberté locale, en même temps que, par le scrutin de liste avec représentation proportionnelle, la volonté du suffrage universel pourra s'exprimer clairement et sincèrement.

11 faut aussi que le Gouvernement et les Chambres consacrent tous leurs soins aux intérêts matériels du pays, à son agriculture, à son industrie, ê son commerce, au développement de la prospérité générale ; qu'ils fassent, à l'extérieur, une politique de paix, mais d’aclivité et de fierté, donnant à la France la grande place qu’elle a le droit d’occuper dans le monde.

L’immense majorité des citoyens français, j'en suis sûr, est attachée à cette poliiïque. - Notre circonscription doit lut donner, le 6 mai, une approbation éclatante.

Paul DOtIMEft.

1™ Circonscription de SAINT- QUENTIN

M, François HUGUES Élû au 2ft tour de scrutin, ~ 9 ,366 voix*

Mes cb ers Compatriotes,

L’approcbe des élections législatives est profondément troublée par les violences de la lutte des classes que le collectivisme à déchaînée sur le pays.

Je dois a la confiance que vous m*avez renouvelée en 1S93, tn 1898 et en 1902, le périlleux honneur de défendre Us principes d'ordre républicains et îes idées de progrès démocratiques contre "tse parti international.

Dans les scrutins précédents, 1 union des bons citoyens s’est faite sur mon nom et a tenu en échec la secte révolutionnaire.

Cette union est plus nécessaire que jamais. Les circonstances la rendent facile*

Et c est pour vous permettre de la réaliser de nouveau que je me représente à vos suffrages.

Ma résolution est commandée par les événements qui obligent chaque concitoyen, conscient des difficultés de l’heure présente, à remplir son rôle jusqu'au bout et h sacrifier ses convenances personnelles.

Cette résolution est fortifiée en moi par îe retour à la santé qui m’a permis non seulement de reprendre les travaux parlementaires, mais aussi d’affirmer mon désir de continuer à servir la France et la BépubÜque.

Jamais notre chère patrie n’a eu plus besoin d’ordre, de prospérité et de sécurité.

L ordre n est possible que dans le respect de la propriété et de la liberté individuelle,

La prospérité publique ne se développe que par l'émulation dm classes; elle exige le rétablissement des rapports normaux et confiants entre les travail leurs et ceux qui les emploient,

La sécurité n’est garantie que par une armée forte, disciplinée, unie dans la même pensée de sacrifice,

Di j la propriété et la liberté individuelle sont constamment menacées par les menées collectivistes I

La lutte des dusses divise chaque jour plus profondément le monde du travail. Enfin, l’antipatriotisme révolutionnaire fait craindre que Foubli des devoirs militaires qui incombent aux Français ne compromette un jour Jes destinées du pays.

Même au plus fort des revers de 1S71M871, mes anciens compagnons d’armes du 4« bataillon de 1 Aisne et moi nous ne désespérions point do la gloire et de la grandeur de ta France.

Mais si l’bervéisme devait poursuivre ses ravages parmi noire jeune génération, rabaissement du sentiment national serait pire que les pires défaites de rannée terrible!

Collectivisme, lutte des classes, aniipatriqiisme 1 sont autant d’agents de désorganisation nationale et sociale cju’il faut détruire.

Ils arrêtent le progrès auquel je m’applaudis d’avoir aidé par mes votes au Parlement depuis quarante-deux ans*

An cours de la législature qui s’achève, j’ai voté en effet la loi militaire do deux a m, parce qu’elle établit l’égalité dans Fimpôt du sang.

J’ai voté, en outra, la loi d’assistance aux vieillards.

Ce sont les deux réformes utiles accomplies par la Chambre élue en 1902, La réforme de notre législation des cultes n’a pas eu mon approbation, J’eslïine que le Parlement avait 1 obligation stricte de consulter préalablement le suffrage universel.

C’est Fesprit même de nos institutions qui exigeait cette consultation de la v*lontô nationale.

Il ne faut pas oublier que h séparation des Églises et de l’État est due à h pression exercée sur le Gouvernement et les Chambres par M, Jaurès, Son parti poursuit l’anéantissement des cultes, comme s’il n'était pas |é tradition et d’essetice républicaines de respecter la liberté de conHcience et d'assurer Je libre exercice des cultes.

Le programme de la législature prochaine, tel qu’il semble devoir se dégager de l’expression de la volonté nationale, comprendra une réforme financière et une œuvre d’assistance sociale.

Dm s 1 urdre des finances, il faudra mettre fin au régime de la surenchère et inaugurer une sévère politique cl économie budgétaire, complétée par une modification de notre système fiscal ayant pour double objectif une plus juste répartition de LimpÔt et le dégrèvement des petits contribuables.

Pour les collectivistes, l’impôt sur le revenu apparall surtout comme un moyen de procéder à l’inventaire du domicile privé et à la confiscation progressive de la propriété.

Il importe à la prospérité du pays de décourager ces vues révolutionnaires et d’opérer la réforme fiscale avec l'exclusive préoccupation d’assurer à l’État les ressources nécessaires aux oeuvres d’assistance et d’assurance sociales, mais surtout d’établir une égalité réelle des charges.

Notre région du Nord est particulièrement lésée par les récentes mesures qu a dictées l’intérêt électoral. C’est ainsi que le rétablissement du privilège des bouilleurs de cru dégrève le Midi de 50 millions d’impôt, au détriment des populations du Nord de la

n ci, ii uc ■ ,

Aussi la défense des intérêts de notre région doit-elle être et est-elle 1 objet de ma constante sollicitude*

Dans Tordre des questions sociales, je suis partisan de la création d'une caisse de retraites pour les travailleurs* Je vendrais qu'il fut fait pour toute la classe laborieuse ce que fai fait à Thêtel de ville de Saint-Quentin pour les employés communaux dotés par mon administration d'une Caisse de retraites aujourd'hui en plein fonctionnement.

Le projet sorti des délibérations de la Chambre des Députés contient de nombreuses imperfections. Il est inapplicable. Pourtant, d'un accord presque unanime, la Chambre a tenu à le voter avant T expiration de son mandat et à renvoyer au Sénat afin que la discussion des retraites ne subisse aucune interruption résultant du jeu des formalités de transmissions parlementaires*

Mes chers concitoyens,

L'expérience prouve que les longs programmes sont de vaines énumérations* Malgré la lenteur de faction parlementaire, la prochaine législature sera féconde si la Chambre des Députés, affranchie de la tyrannie socialiste, rétablit le contrôle régulier de nos finances publiques et mène à bien les deux importantes lois sur les retraites ouvrières et l'amélioration de notre système fiscal que je m’engage à voter, en ayant fait l'objet spècial de mes études dans les grandes commissions du Palais-Bourbon*

Dans cette espérance, je vous invite à opposer votre union librement consentie à Pétroîte discipline du parti collectiviste qui tire sa dangereuse force de la servitude individuelle sous laquelle il plie ses adeptes*

Ralliez avec moi le drapeau tricolore qui apporte dans ses plis glorieux: lapais, le progrès et la liberté* •

Obligez à s'abaisser devant YOtre clairvoyant patriotisme le drapeau rouge, sinistre emblème de la guerre civile, de la haine des classes, de Pémeute, de la révolution!

Vive la République ï

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