M. LE BAIL
Élu au i*r tour de scrutin. — 12J15 voix.
Notre programme est celui de l'Alliance Républicaine démocratique qui a pour président M. Adolphe Carnot, membre de Vin statut, et compte, parmi les membres de la Commission centrale exécutive, MM, Magnin, Lourdes, Viger, Godin, Louis Barthou, Chautemps, Poincaré, Siegfried, CaiTIaux, anciens ministres.
M. Georges Le Bail, député, est le délégué général de l’Alliance pour le département du Finistère.
Le programme de l’Alliance est ainsi formulé dans le bulletin hebdomadaire dt cette grande association républicaine qui a eu pour président d’honneur M. Waldedt- Rousseau :
L'Alliance Républicaine démocratique a pour but de grouper les républicains qui, soit dans le Parlement, soit dans le pays, repoussent les utopies collectivistes et rhypocrisîe nationaliste, maie qui, sincèrement démocrates, sont très décidés à entreprendre toutes les réformes nécessaires, s'inspirant avant tout de cette grande loi de justice sociale qu’on invoque à tout propos, et qu’en fait, on foule si aisément aux pieds,
L’Alliance Républicaine démocratique a an double but : d’abord la constitution de ce grand parti républicain démocratique, qui est le parti de l’avenir, sagement et profondément réformateur, ne redoutant aucun progrès, décidé à aller toujours en avant, mais évitant très soigneusement la politique de surenchère, se préoccupant surtout des questions économiques et soda les, et se différenciant ainsi de ceux auxquels paraît suffire la politique pure; parti se distinguant aussi, par sa conception de la liberté et des droits de l’État laïque, des prétendus libéraux qui, au nom de la liberté, font hi bien les affaires des adversaires de l’idée républicaine. Ensuite l'Alliance, tout en faisant campagne avec tous les républicains sans exception, sans exclusion, sans se laisser absorber par aucun, sans rien retrancher de son idéal politique et social, poursuit contre la coalition réactionnaire dite nationaliste, contre les s oL disants défenseurs de l’ordre, contre les faux conservateurs, une lutte sans merci, sur leur propre terrain, au nom môme de la défense sociale mieux comprise; elle s’efforce de rassurer les électeurs timides que l’on entraîne vers la réaction par la peur, de les convaincre qu’un gouvernement réformateur ne saurait être accusé de favoriser le désordre et de trahir la patrie.
L’Alliance Républicaine démocratique formule ainsi son programme;
Une République ordonnée et vraiment libérale, basée sur la justice égale pour tous, en même temps que secourable aux faibles;
Respectueuse de tous les droits, mais résolument réformatrice; économe des deniers publics ;
Anticléricale, mais non antireligieuse ;
Antinafionalistc, mais gardienne vigilante de l’honneur et de la puissance de la patrie ;
Confiante dans le loyalisme de l’armée nationale chargée, sous la suprématie du pouvoir civil de défendre le sol, le drapeau et la Constitution ;
Adversaire des utopies communistes ou collectivistes, nettement hostile aux moyens violents, à la politique de surenchère, mais constamment et passionnément préoccupée de tous les progrès et, avant tous les autres, du progrès social.
Circonscription de QUIMPEKLÉ,
M. J. de KERJÉGU.
Élu au î*r tour de scrutin. — 10.977 voix.
Mes chers compatriotes,
Le mandat que vous m’aviez conge il y a quatre a us vient de prendre fin.
Encouragé par un grand nombre d’entre vous et conscient d’avoir tenu tous mes engagements de 1902, Je sollicite pour la cinquième fois, l'honneur de vous représenter à la Chambre des Députés.
Après vous avoir déclaré que, plus, que jamais, j’en tendais rester Iklèle à la politique nettement républicaine, comme aux prîueîpes de liberté et de tolérance dont je m'honore d'avoir été en toute occasion le défenseur aussi ferme qi e convaincu, je vous indiquais alors? pour prévenir tout malentendu, quelle serait mon altitude si les graves questions suivantes venaient eu discussion durant la législature qui allait s’ouvrir :
Rapports des Egibes et de l’État ;
Réduction du service militaire ;
Retraites ouvrières ;
Réformes fiscales.
F affirmais , tout d’abord, mon intention de maintenir le Concordat, dont l’application loyale de part et d'autre pouvait encore, et mieux que tout autre régime, assurer la paix religieuse, sans laquelle il n’est pas de paix sociale, et concilier les prérogatives de la société civile avec le respect dû aux convictions sincères.
J’ai voté contre la séparation, et mon adhésion est dès à présent acquise à tonie mesure législative ou administrative susceptible de ramener Je calme dans les consciences et la paix dan^les familles, en facilitant à tous les croyants la pratique de leur culte dans sa forme traditionnelle.
En ce qui concerne la réduction du service dans l’armée et la marine, je ne vous cachais pas mou désir de voir alléger les charges militaires que Tétât actuel de l'Europe et le souci de notre indépen lance nous imposent ; mais j "ajourais que, si vif que fût ce désir, dans cette question dont la solution pouvait mettre en jeu Texisience même de la France, je considérerais avant tout et surtout l’intérêt de la patrie,
J’ai voté le service da deux ans, mais j’ai repoussé toutes les dispositions de la loi qui me paraissaient de nature à affaiblir noire puissance militaire, s- ule garantie effi ace de notre sécurité ei du maintien de la paix.
Quant aux lois de solidarité sociale, ayant pour but de .secourir Fin validité des travailleurs ou de mettre leur vieillesse à l'abri du besoin, j’exprimais T espoir que la République ferait pour la démocratie française ce que maint autre pays voisin avait déjà su réaliser.
Je n'ai donc pas hésité à voter ia loi sur insistance aux vieillards et plus récemment celle des retraites ouvrières.
Mais j i dois loyalement déclarer que, lorsque ce dernier projet reviendra devant la Chambre, après examen par le Sénat, je me refuserai, comme je Fai déjà fait une première fois, à inscrire dans ia loi le principe de l’obligation.
J’estime, en effet, qu’ici encore la vérité est dans la liberté, et qu’il faut laisser à
chacun le soin de choisir la forme d'épargne qui convient le mieux à sa situation et à ses goûts*
C'est seulement par le développement des Sociétés de secours mutuels, des syndicats maintenus dans leur rôle professionnel, et de toutes autres associations analogues, puissamment encouragées et subventionnées par l’État, que le très complexe problème des retraites pourra être résolu, sans entraîner, pour les travailleurs, la perte de leur liberté d’epargne et, pour les finances publiques, des charges tellement excessives que nul n*a encore pu les indiquer avec quelque précision, t
Je vous signalais enfin, il y a quatre ans, les difficultés de la situation financière et j'ajoutais que l’équilibre budgétaire ne pourrait être rétabli qu’au prix de larges et profondes économies.
Je regrette d’avoir à constater que, malgré des plus-values importantes, dans le reu dément des impôts, la situation ne s’est guère améliorée, les dépenses publiques progressant plus rapidement encore que les recuites,
La prochaine Chambre devra se placer résolument en face de ces difficultés, qu’il serait yain et coupable de méconnaître*
Toute dépense insuffisamment justifiée devra être impitoyablement écartée à l’avenir et si, pour atteindre ce but, il faut limiter l’mitiative de la Chambre en matière budgétaire, je n 'hésite rai pas à sanctionner les modifications au règlement necessaires pour rendre impossible l’ouverture de crédits trop souvent proposés dans un intérêt électoral.
Une autre considération non moins sérieuse nous commande, en matière de dépenses, la plus extrême prudence*
Le sort des lois d’assistance et de solidarité sociales, dont nous souhaitons tous la prochaine réalisation, reste, ( n effet, subordonné à cette double condition: des budgets sincères et une bonne situation financière^ — d'impôts nouveaux se superposant aux anciens et en aggravant encore le poids, il ne saurait de longtemps en être question* Pour ma part, du moins, je ne les voterai pas.
Prêt à examiner, sans parti pris, tous les remaniements de taxes pouvant avoir pour effet de répartir plus équitablement entre les différentes catégories de citoyens le fardeau des charges publiques, je m'associerai volontiers à tous les efforts tentés dans ce but, mais, en aucun cas, je ne voterai un iftipôt global sur le revenu, inquisitorial et vexatoire, dont la perception entraînerait, comice conséquence inévitable, la divulgation des secrets les plus intimes de chaque famille, et dont le poids retomberait plus sûrement sur la propriété immobilière, sur les revenus du travail et sur les salaires impossibles à dissimuler, que sur toute autre nature de biens.
Lis grandes questions qui, dès 1902, sollicitaient l’attention du législateur, ne sont pas Jes seules dont aura à se préoccuper la prochaine Chambre*
Depuis trop longtemps déjà l’on voit, sur certains points du territoire, la liberté du travail entravée, des violences graves s'exercer contre les propriétés et les personnes, Pordre public compromisjiar des agitateurs de profession, le plus souvent étrangers à la région quhls viennent troubler, et prêts à tout pour intimider les travailleurs sérieux uniquement soucieux de faire prévaloir légalement et pacIfiquemeoT leurs revendications professionnelles*
Non contents d’exrrcer pour leur compte le droit de grève, que nul ne songe à leur contester, ils prétendent, de plus, interdire aux ouvriers indépendants toute liberté de travail.
Une telle mêeon naissance des lois ne saurait être tolérée sans les plus graves dangers*
L’indépendance du citoyen et le maintien de l'ordre public sont, en effet, des conditions essentielles de vie pour une démocratie Comme la nôtre.
Le devoir do Gouvernement, en présence de ces tentatives d’intimidation et de désordre, n’esi jamais douteux : il doit, avant tout, protéger la liberté Individuelle et sauvegarder la paix publique*
Dans le thème temps où se produisent ces excitations à Faction révolutionnaire,
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une campagne plus abominable encore se poursuit contre ce qui avait toujours uni jusqu'à présent tous les Français dans un même culte et un égal amour : la patrie et Fermée,
En vérité, je liens pour superflu d'affirmer ma résolution de seconder toutes les mesures susceptibles d'arrêter cette odieuse propagande et d'en prévenir le retour.
Sur notre terre bretonne, pays de soldats et de marins, toujours prêts pour le service de FÉtat, le dévouement à la patrie nous tient si profondément au cœur que Fon nous ferait injure en semblant mettre en doute nos sentiments devant ces criminelles aberrations.
Je crois également inutile de vous assurer de mou entier dévouement aux hommes et aux choses de notre arrondissement.
Vous savez qu'à défaut du pouvoir de réaliser tous vos vœux — pouvoir dont je ne dispose pas — j'ai du moins le sincère désir de défendre en toute occasion et de mon mieux tout ce qui vous intéresse et tout ce qui vous tient à cœur.
Nous nous connaissons maintenant de bien longue date, mes chers Compatriotes, d'affectueuses et fréquentes relations, la communauté de nos intérêts, un égal désir de voir notre pays heureux et prospère ont créé entre nous des liens que, pour moi du moins, les années ont rendus toujours plus étroits et plus précieux.
Par le scrutin du 6 mai prochain, vous direz, en toute indépendance, si vous approuvez toujours la politique d'apaisement, de tolérance et de liberté que je me suis constamment efforcé de faire prévaloir et qui a si puissamment contribué au progrès de l'idée républicaine dans notre arrondissement
J, de | KERJÉGU,
Député sortant,
Président du Conseil général du Finistère,