M. C HA IGNE
Élu au tour de scrutin. — 8.33k vo:i.
Mes chers compatriotes,
L'ère des discussions de politique pure est à la veille d’étfe close. Les adversaires de la République n'osent plus l'attaquer qu'en se disant républicains.
La question religieuse est résolue par une loi que de nombreux amendements libéraux, préparés, déposés, Yosêa par mes amis et par moi, rendent acceptable pour tous les cultes.
Cette loi laisse aux diverses confessions religieuses la disposition de tous les biens du culte ; elle leur abandonne la jouissance gratuite et perpétuelle de tous les édifices religieux; elle accorde des pensions aux ecclésiastiques qui remplissent certaines conditions d'âge et de durée de services; elle maintient leur traitement entier ou partiel pendant huit ans aux ministres du culte, pour laisser aux associations cultuelles Je temps de se constituer ; elle ordonne; enfin, la remise aux communes des quarante-deux millions du budget des culte?, au prorata de l'Impôt foncier des propriétés non bâties. Celte restitution permettra d'effectuer des dégrèvements d'impôts communaux dont le montant pourra être attribué au service des cultes suivant ia volonté de chacun.
Dans les conditions où celte loi se présente, elle réalise bien l'espoir exprimé par M. l'abbé Lemire, député d'Hazebrouck, espoir aux termes duquel « les associations cultuelles seraient assez larges, assez libérales pour qm le ca holïcisme put s’y mouvoir aussi facilement que les autres cultes ».
Pour ceux qui ne veulent pas faire de la politique sous le masque de la religion, la constitution nouvelle des Eglises, constitution qui est \ ratiquée par la plupart des peuples civilisés, justifie les paroles suivantes de M, fibat : i< il fauJra voir que l’Eglise catholique
peut vivre avec celte loi, qu'elle peut même prendre une place plus grande, parce qu’elle devra s’accouiumer aux mœurs fécondes et fortifiantes de la liberté, »
Le moment est dore venu — le régime républicain n’étant plus contesté que par une infime minorité — de réaliser les réformes économiques, administratives, judiciaires, fiscales et sociales nécessaires au développement de la démocratie.
Ces réformes doivent être faites en prenant pour base l'intangible respect de la propriété individuelle.
Elles comporteront une mise en œuvre plus méthodique, plus régulière, de tous les moyens de production,
À l’agriculture, noi;& assurerons un enseignement spécial et pratique, toujours plus étendu, des chambres consultai tives, un crédit définitivement fondé sur une loi des warrants agricoles récemment améliorée et s’accommodant mieux aux habitudes tu raie s.
Complétant la loi d’assistance eux invalides et aux vieillards, Ja loi sur les retraites ouvrières et paysanne?, soumise actuellement au Sénat, devra être définitivement établie dans le sens qu’exigent impérieusement, les sentiments républicains de solidarité et de justice sociales,
A l’industrie et au commercé, il conviendra de donner la sécurité par des traités de commerce à long terme.
Les économies réalisées sur notre administration vieillie et trop coûteuse, les taxes imposées à la partie de la richesse qui en a ôté exempte jusqu’ici, suffiraient à gager noire budget de la solidarité. On pourra recourir, en outre, aux monopoles à établir sur les consommations de luxe, comme l’alcool.
Notre production vinicole devra être protégée contre la fraude en complétant l’article 7 de la loi du 28 janvier 1903, par la création d’un titre de mouvement appliqué aux sucrés. Le droit des bouilleurs de cru ne devra plus être remis en question.
L’administration des monopoles devra continuer à payer les tabacs ordinaires un prix rémunérateur et étendre la faculté de les cultiver aux communes qui en réclameront les bénéfices, tout en augmentant le contingent des planteurs anciens. Elle devra accorder un coefficient élevé d’augmentation aux tabacs fins.
L’édification du magasin de tabac en feuilles de La ftéole et la création d’un Institut, acceptés en principe par M, le Ministre des Finances, permettront ces extensions de culture qui comprendront la production de tabacs achetés jusqu’ici à l’étranger. Ils nous autoriseront aussi à envisager la production de tabacs destinés à P exportation.
Aujourd’hui que la question de la navigabilité du Dropt, comme celle relative à la ligne de chemin de fer de Libourne h Langon, sont définitivement résolues, il importera de faire créer sans aucun retard la ligue ferrée de La Ré oie à Sainte-Foy par le canton et la ville de Pellegrue.
Dans notre arrondissement, notre effort devra s’exercer amsi dans le sens du complément de notre réseau de Caisses agricoles ot de Rétablissement dévastés associations mutuelles contre la mortalité du béiail.
À l’extérieur, je suis pour une politique de paix, sans rien compromettre de l’honneur, de la dignité, de la grandeur de là p:itrie.
Cette paix doit être assurée par une marine et une armée fortes, placées au-dessus de toutes les surenchères et des disputes des partis.
Jo suis pour le maintien de nos alliances, pour la consolidation de nos amitiés, pour la continuation de nos bons rapports avec tous les peuples, et pour le recours à l’arbitrage de plus en plus étendu aux différends entre les nations.
Mes chers compatriotes,
Depuis qualre ans, je n’ai rien négligé des intérêts généraux, régionaux et particuliers dont vous avez bien voulu me confier la garde.
Suivant ma promesse, je suis venu, chaque année, dansions les cantons, rendre compte de mon mandat. Je prends à nouveau cet engagement.
Quant aux injures incessantes, aux calomnies, aux attaques dans ma personne et jusque dans ma famille, qui m’ont été odieusement prodiguées pendant toute la durée de mon mandat, je n’ai qu’un mot à dire : de semblables attaques déshonorent les partis qui les emploient ; elles rejaillissent sureaux qui ne font rien pour les empêcher et qui fout au contraire, le triste calcul d’en bénéficier par contre-coup.
■ C’est bien mal connaître ce libre pays, qui vit de loyauté, de justice et d’honneur. Il n’ a que du mépris pour les coups portés de bas en haut, frappés par derrière et daas l'ombre, et pour les mensonges qu’on se garde prudemment de produire au plein jour de réunions publiques et contradictoires.
Jamais il ne conviendra, ni à mes amis, ni à moi, même pour user du droit de réponse de recourir à d’aussi misérables moyens, " *
Ma situation est la voire. Propriétaire dans notre arrondissement, nos besoins, dos souffrances, nos intérêts sont communs.
J’attends donc avec confiance le verdict du 6 mai prochain, conscient de n’avoir pas démérité, et plein d une foi ardente dans l’esprit de justice de mou pays et dans son indéfectible attachement à une République de paix, de progrès et de liberté.
Vive la République démocratique !