PROGRAMME POLITIQUE
Politique extérieure ,
Ne laisser aucun doute sur la sincérité des intentions pacifiques de la France.
La République doit guider le monde vers un idéal de piix et de justice 1
Son noble rôle est de diriger l’humanité vers Page heureux où le Droit primera la Force 1
Pour accomplir fièrement cette mission, la France doit rester forte et respectée.
Pour être forte, elle doit ûimenter les alliances qui Punissent aux nations amies.
Pour être respectée, elle doit donner à quiconque oserait tenter contre elle une aUaque injustifiée l’impression profonde qu’on viendrait se heurter inutilement à une nation virile, dont tous les enfants, unis par un même amour .de la Patrie, opposeraient à l'envahisseur une barrière infranchissable*
Défense nationale
Quelle que soit la volonté de îa France de vivre en paix avec ses voisins, elle ne peut ignorer que l’Europe entière est en armes autour d’elle et que l’Empereur féodal qui est à sa frontière, a^ant sans cesse la main sur la garde de son épée, donnait hier encore à ses soldats Tordre de tenir la poudre sèche et les sabres aiguisés.
Est-ce le moment de songer au désarmement ? Et pouvons-nous nous affranchir des charges militaires qui pèsent si lourdement sur nous ?
Hélas I Nous ne le croyons, pas 1
Notre armée est l'indispensable sauvegarde de notre indépendance nationale ; tous les bons citoyens doivent concourir, dans un patriotique effort, à la maintenir à la hauteur de la tâche qu’elle peut avoir à remplir et nous considérons comme les pires des criminels les antimilitaristes qui veulent sa destruction.
le sortirais des limites de ce programme si ^entreprenais* une étude approfondie de notre organisation militaire.
Tout ce que je puis dire aujourd’hui, c’est que les études spéciales que j’ai faites, comme officier, me permettront de m’occuper à la Chambre, avec compétence, de ces questions si intéressantes pour tous, puisque la nation entière passe par l’armée.
Je suivrai plus spécialement les effets produits par l’application toute nouvelle du service de deux ans.
Sans prendre, dès maintenant, aucun engagement prématuré à ce sujet, j’ai Tespcir que nous pourrions prochainement alléger certaines charges, — comme celles des 28 jours et des 13 jours, — sans compromettre pour cela la solidité de ncs forces militaires.
Je suLq en effet, convaincu que les appels des réservistes pourraient être plus courts et que ceux des territoriaux pourraient cire supprimés, car ils no donnent pas de résultats suffisants pour justifier une aussi grande gêue imposée à des pères de famille qui ont perdu toute habitude de la vie militaire,
Mais, pour pouvoir eu toute sécurité atteindre ce résultat, il est nécessaire d’avoir des cadres instruits et disciplinés.
Une armée sans discipline n’ existe pas et nous estimons que les officiers sont les premiers à devoir donner Texemple de cette discipline.
Mais nous sommes également convaincu que l’armée n’est pas faite pour le rôle de police intérieure qu’on lui a trop souvent, imposé, et nous sommes absolument favorable à la création du corps de gendarmerie mobile que le Gouvernement se propose d’établir.
il y a ta plus grande urgence à remplacer par des soldats expérimentés les jeunes gens du service de deux ans, qui ne peuvent avoir, pour ces missions extrêmement pénibles et délicates, le calme et le sang-froid nécessaires.
Marine,
L’entente si heureuse qui a fait de l’Angleterre notre amie, la sympathie qui nous rapproche chaque jour davantage, de l'Halie, nous permettent d’envisager avec plus de calme le développement formidable donné par l’empereur d'Allemagne à sa flotte de guerre; mais ce changement survenu clans l’équilibre des marines européennes nous impose quand même le devoir de maintenir nos unités de combat au niveau des découvertes modernes.
Nous ne prétendons pas avoir une compétence universelle : les études militaires que nous avons faites ne noos permettent pas de trancher les questions de construction navale, récemment mises en discussion à la suite de la guerre russo-japonaise.
Nous sommes d’avis que, pour trancher les questions techniques, il y a lieu, pour les députés, de tenir le plus grand compte des avis du conseil supérieur de la marine, composé de l’élite de nos amiraux.
Instruction publique.
Élève de FUnlversité, nous lui sommes profondément attaché et nous souhaitons qu’elle se maintienne h la tête du mouvement intellectuel moderne,
La supériorité incontestable de ses maîtres lui permet d’en avoir la légitime ambition ; mais l’émulation est nécessaire pour qu’elle sache garder le premier rang, auquel elle a droit.
Il faut qu’elle suive attentivement le progrès de riustruction, chaque jour plus grand chez les peuples voisins : c'est par la liberté, par la décentralisation, que les Universités allemandes et anglaises tiennent une aussi grande place dans le monde int llectueh
Ne croyons pas que touF est pour le mieux chez nous ; ce serait l’erreur d’tin esprit étroit : rivalisons avec ceux qui marchent en avant.
Nos professeurs if ont pas accompli tout leur devoir, quand ils ont donné à nos enfants l’instruction.
Comme les instituteurs, ils ont une charge plus haute : l’éducation morale de Fenfance, c’est-à-dire le plus noble et le plus rëxioiutabie des devoirs.
C’est h eux qu’incombe !a mission de faire, de toute cette jeunesse qui leur est confiée, une génération de citoyens probes, honnêtes, vertueux, honorant le travail et l’aimant ; aimant leur Ratrie jusqu’au sacrifice de leur vie, et tous sincèrement dévoués à la République,
Oui I nous le déclarons : nous avons Fespoir que, dans un temps rapproché, il n’y aura plus en France deux jeunesses séparées par Fin franchissable fossé que crée une éducation politique opposée, et nous appelons de tous nos vœux Fépoque où tous les Français, ne mettant plus en question la forme duY Gouvernement, ne lutteront plus entre eux que pour obtenir plus de liberté, plus de bien-être pour leurs frères déshérités, plus d'égalité entre tous les citoyens.
Cultes .
Le Parlement, au cours de la dernière législature, a voté la loi de sépara tion des Églises et de l’É u%.
Ce n’est plus Pheurede discuter sur le principe même de cette loi.
Elle est un fait acquis, et la question se pose seulement désormais de savoir comment elle devra être appliquée.
J’ai, sur ce point, une opinion extrêmement ferme, qui m’est inspirée par le culte ardent que je professe pour la liberté de chacun*
La loi de séparation doit être appliquée avec Je souci supérieur de ne point froisser les consciences et avec le parti pris d’éviter tout ce qui pourrait ressembler à une persécution religieuse*
S’il est vrai qu’un gouvernement digue de ce nom doive tenir la main à ce que tous s’inclinent devant la souveraineté de la loi, il a également le devoir de n’en point faire une arme de combat qui pourrait, en frappant sans discernement et sans prudence, causer d’inutiles blessures.
La loi de séparation doit apparaître, dans son application, comme une loi de liberté, jamais comme une loi de persécution*
Justice.
L’indépendance du juge est la garantie de la bonne administration de la justice,
Nous pensons," dès lors, que le recrutement de la magistrature doit s’inspirer du double souci de sa compétence et de son impartialité*
Dts projets de loi ont été déposés en vue de régler l’avancement normal des magistrats, et de le soustraire au favoritisme et aux sollicitations de tout genre.
Ces projets seront l’objet de toute notre atten tion, et nous les examinerons avec la préoccupation constante d'arsurer aux justiciables la h^ute impartialité à laquelle ils ont dioit.
La justice doit être impartiale, elle doit aussi être prompte. Nous soutiendrons de nos votes tous projets de loi qui auront pour objet de permettre aux cours et tribunaux de hâter la solution des projets qui leur sont soumis. ^
impartiale et prompte, la justice doit encore être à la portée de tous. Nous rechercherons les moyens d’en restreindre les frais, souvent disproportionnés avec l’objet même des litiges.
Nous savons, par notre expérience personnelle, quels eont les immenses services rendus aux petits justiciables par l'assistance judiciaire.'
Nous avons, depuis notre inscription au grand barreau de Paris, consacré toute notre activité et tous nos efforts à Ja défense gratuite désintérêts des pauvres.
Nous voudrions voir le bénéfice de l'assistance judiciaire accordé, non pas seulement à ceux qui peuvent justifier d’un certificat d'indigence, mais encore h toute une catégorie de petits patrons, de petits cultivateurs qui, sans être des indigents, dans le sens étroit de ce terme, ne peuvent cependant formuler de revendications en justice qu’à la condition de s’imposer les plus dures privations dans le présent et de grever lourdement l’avenir.
Agriculture.
Dans un département comme le nôtre, toutes les questions agricoles doivent tenir le pTeii 1er rang, pour tout député soucieux de remplir les obligations de son mandat
Pour notre arrondissement, en particulier, les questions intéressant la grande industrie n’occupent pas une place comparable à celle qui revient g l'étude de l'amélioration du sort de l’agriculteur.
D’une manière générale, nous pouvons dire que toutes les questions de travaux publics et de commerce sont intimement liées aux questions agricoles et sont dignes, à ce titre, de toute notre attention*
Les voies de communication : chemins de fer, canaux, routes, chemins vicinaux et ruraux, sont une cause directe dé diminution des prix de transport, ils assurent, par conséquent, aux produits de ia culture des prix plus rémunérateurs et, en sens inverse, ils permettent à l'agriculteur de se procurer, à meilleur marché, les matières premières et les objets fabriqués dont il doit faire l’acquisition pour exploiter son domaine.
Dans le même ordre d’idées et poi* atteindre le même but, nous devons favoriser toutes les mesures tendant à abaisser les tarifs de transport en France.
Je ne m’étendrai pas sur le privilège des bouilleurs de cru : c’est une question régionale qui ne peut soulever de contro\erse dans notre pays. Il est évident que tout représentant de flndre ne peut être qu’un défenseur du privilège des bouilleurs décru.
'lois, en dehors de cette question, simple pour nous, il y en a d’autres qui nécessitent une é ude approfondie et dont l’application est extièmemeDt délicate; par exemple, celles qui touchent au prix du blé.
LV, il faut tenir compte, d’une part, de l’impossibilité où se trouverait le cultivateur de continuer son exploitation agricole, source vitale delà richesse en France, si la culture du blé cessait d’ètre rémunératrice, — d'où nécessité, par des tirons protecteurs, d’empêcher un écrasement des cour;' par ^envahissement excessif des blés étrangers; — et d’autre part, il ne faut pas abuser de ces droits, il i e faut pas t hercher, par des moyens factices, à obtenir une hausse exagérée de ce produit, qui est de première nécessité p£ur# la nourriture des travailleurs.
C’est un des problèmes les plus complexes de Téconomte politique, un de ceux que j’ai
déjà particuliérement étudiés et auquel j'appliquerai toute mon attention, si j'ai l’honneur d’être voire représentant.
Un autre problème également intéressant est celui de rétablissement des bieas de famille insaisissables et, d’une façon plus générale, celui de l'acquisition et delà conservation de la propriété par la petite épargne.
Je n'en connais pas de plus séduisant, puisque sa solution aurait, comme premier résultat, de retenir aux champs le jeune soldat, revenu du régiment, en lui permettant de fonder une famille sur ce sol, devenu le sien, sur ctüe propriété qui lui serait garantie contre les difficultés des mauvais jours.
Il ne peut pas y avoir de divergence sur ie but à atteindre, il n’y en a que sur le choix des moyens à employer pour y parvenir*
Je crois qu’il sera possible, avec Faide de FÉtat, de trouver une combinaison d’amoitissement et d’assurance sur la \ît% permettant au ménage de l’ouvrier de devenir propriétaire sans craindre qu’une mort prématurée vienne anéantir pour sa famille le fruit de ses épargnes,
Mais nous touchons là à l'étude des questions sociales, sur lesquelles nous aurons à revenir à propos de la loi sur les retraites ouvrières.
Finances .
Certaines réformes fiscales s’imposent et nous pouvons indiquer dans leurs grandes lignes quelques-unes de ces réformes ;
Alléger l'impôt foncier, qui frappe si lourdement Fagriculteur.
Diminuer les droits de transmission de îa propriété.
Dégrever, autant que possible, les petites cotes et les contribuables chargés de famille.
Faire disparaître ceitaines impositions vieillies et déjà condamnées par leur défaut de proportionnalité; par exemple, la contribution personnel le-mobilière et celle des portes et fi nêtrésL
Mais ces réformes entraîneraient nécessairement des diminutions de recettes qu’il faudrait compenser pour maintenir le budget en équilibre, — équilibre dont les députés sont responsables, puisque Fune des plus importantes de leurs prérogatives est la gestion de la fortune publique.
Nous déclarons donc que nous ne consentirons jamais à voter des dégrèvements, si on ne nous présente pas, en même temps, comme compensation, des ressources certaines et facilement réalisables.
Agir autrement serait un acte malhonnête : ce serait céder à Fenfraînement qui pousse malheureusement certains députés, peu consciencieux, à voter, sans examen, tous les dégrèvements enfantés par Finmative parlementaire, dans Fespoir de se rendre populaires 1
Ils pensent, en effet* que Félecteur accueille toujours favorablement les dégrèvements* sans songer que ces détaxes ont, comme fatale répercussion, soit des emprunts, impossibles à justifier en temps de paix, soit la création de charges nouvelles,
La dernière Chambre, au moment de disparaître, a cédé dans de telles proportions à ce coupable entraînement, qu'elle laissera après elle une situation vraiment difficile à liquider.
11 est incontestable, en effet, que le budget de 1906 se solde par un déficit. Quant à celui de 1907, ce n’est pas sans peine qu’on pourra l’établir.
La plus extrême prudence devra donc présider au vote de la prochaine loi de finances.
Non seulement, on devra poursuivre la recherche inlassable des économies; mais encore il faudra avoir le courage de renoncer pendant quelque temps aux dégrèvements nouveaux et aux -dépenses nouvelles : il faudra, de toute nécessité, laisser reposer le budget.
Sans créer de nouvelles dépenses, on peut s’efforcer d’arriver à une plus juste distribution des charges publiques, et trouver une formule qui aboutirait, non à une superposî-
lion des chargea du petit contribuable, qui sont déjà excessives, niais à une plus équitable répartition de Vimpôt.
Questions sociales .
Nous ne confondons pas les questions sociales et !e socialisme.
Le socialisme est une doctrine philosophique, et les limites que nous nous sommes imposées ne nous permettent pas d’en discuter ici les principes.
Nuus ae pensons pas que te travail paisse se passer du capital.
Nous ne pensons pas qu’il soit possible de supprimer en France la propriété privée*
Nous ne pensons pas qu’il soit bon d’exproprier les grandes industries pour en couder l’exploitation à l’État.
Nous ne sommes donc pas socialiste.
Mais nous considérons comme l’un des devoirs essentiels de tout député d’apporter la plus grande attention à l’étude des questions sociales, dont le monde entier se préoccupe au xxe siècle et dont la solution doit être poursuivie sans relâcha par tout homme se rendant compte Se la place prépondérante qu’occupent, dans notre société, les travailleurs de l’agriculture comme ceux de l’industrie, puisque ce sont eux qui créent, par leur intelligente activité, la richesse du pays.
Nous ne pouvons, dans ce programme, qu’énumérer celles de ces réformes que la Chambre devra s’efforcer de faire aboutir dans la prochaine législature :
Assurance contre la maladie et le chômage.
Organisation de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel. -
Création des conseils du travail et des tribunaux d’arbitrage.
Quant à la loi sur lés retraites ouvrières, elle n’a pas été votée par le Sénat ; elle devra donc revenir en discussion devant la nouvelle Chambre.
On sait qu’elle repose actuellement sur le principe de l’obligation, imposée à tous les ouvriers, de subir une retenue dn 2 0/0 sur leurs salaires pour alimenter la caisse nationale des retraites.
Nous ne sommes pas favorable à ce principe d’obligation et nous préférerions trouver la solution du problème dans un développement intense de la mutualité, avec un large concours de l’État apporté aux Sociétés- de secours mutuels.
Le droit de grève ne peut pas être contesté ; mais ce qui ne peut pas davantage être discuté, c’est . l’obligation absolue, pour les grévistes, de respecter la liberté du travail et de oc pas porter atteinte aux propriétés privées.
La République est un régime de liberté; mais c’est une raison de plus pour qu’elle assure, contre la tyrannie des syndicats, la liberté des citoyens et la sécurité publique.
Aussi n’hésitons-nous pas à proclamer que le premier devoir d’un gouvernement républicain est de donner l’impression très forte que l’ordre sera respecté par tous et que la liberté, sous son égide, ne deviendra jamais L’anarchie !
Mes chers Concitoyens,
Méditez sur ce programme politique qui est le mien et que je crois pouvoir résumer en ces quelques mots :
L’ordre et la sécurité dans l’État.
Le développement normal du progrès*
La jusiiee et la liberté pour tous les citoyens.
Pénétrez-vous de l’importance du devoir que vous aurez à accomplir, le jour du scrutin, en choisissant votre mandataire*
Songez que la Constitution vous a rendus, par votre bullatïn de vote, maîtres de voa destinées » l
C’est en ayant le respect de votre rôle d’électeurs que vous honorerez le plus le suffrage universel.
Si mes idées sont les vôtres, si mes intentions répondent à vos vues, si vous croyez que j aurai le pouvoir et 1 energie de lutter pour la défense de vos intérêts, si vous- croyez enfin que je saurai gagner, auprès des pouvoirs publics, l'influence légitime que doit avoir .votre représentant pour vous servir utilement, vous voterez pour moi 1
Vive la République !
» Paul BÉNAZET.
lro Circonscription de CHATEATJROUX.