‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 106 sur 336 · M. G EL LIE · texte numérisé non relu

M. G EL LIE

Élu au premier tour de scrutin. — 8.195 voix.

Mes chers Concitoyens,

Ce n’est pas seulement le candidat qui se présente à vous aujourd'hui et qui vient vous exposer scs idées. C’est aussi, je puis dire c’est autant l’ami, le compatriote qui vit le jour dans ce Blayais où s’écoulèrent les années souriantes de mon enfance, dans ce Blasais qu’il me semble aujourd’hui n’avoir jamais quitté, dans ce pays de hou sens et de courtoisie dont nous admirons la nature enchanteresse, dont nous connaissons aussi les besoins, les resj sources, J es possibili tés d'avenir,

M©n programme ?

C est avec vous que je 1 ai fait. Sans effort, ücsl sorti de nos entretiens, de nos échanges de vues, des rapports constants que nous n’avons cessé d’avoir ensemble, et vous n’aurez pas de peine à retrouver dans ma profession de foi, comme sur un fidèle miroir, le reflet de vos propres pensées, de votre foi républicaine, de votre attachement à votre petite comme à votre grande patrie et de votre confiance en leurs destinées.

Reconstruisons :

G est donc un programme positif que je vous apporte : après l'œuvre de destruction, c est 1 œuvre de reconstitution qu'il faut entreprendre* Car, à n'en pas douter, c'est encore le signe de la grande guerre qui influencera, comme les deux précédentes, !a prochaine législature* La formidable liquidation du cataclysme de 1914 va peser de tout son poids sur la vie des peuples en général et de la France en particulier pendant de nombreuses années, jusqu en 1935, date fixée par le Traité de Versailles comme terme d'occupation par les alliés des territoires allemands.

Cette œuvre de reconstruction, fa législature de 191 9 l'avait bien entreprise sans délai ; mais ses moyens étaient limités financièrement et c'est à l'emprunt quelle avait dû faire appe.. En pouvait-il être autrement au lendemain d’un bouleversement qui avait tari les sources de 1 impôt, base essentielle de tout équilibre budgétaire?

La Chambre de 19124 s'est efforcée de rétablir la normale financière en s'adressant, elle, surtout à l'impôt. Sa besogne incomplète devra être achevée par la Chambre de demain qui aura le souci de rétablir de justes et fructueuses compensations entre les deux systèmes, celui de l’impôt raisonnable et celui de l’appel opportun au crédit de la nation.

Il serait d’ailleurs injuste de nier et vain de critiquer aujourd’hui les efforts des deux législatures précédentes. Leur tache était difficile.EIie fut parfois tragique Et peut^on reprocher à un malade la fièvre qui le mine et au médecin les remèdes héroïques qu'il emploie car.ïles cas graves, sinon désespérés ? La France, épuisée, enfiévrée, devait être tirée, tout d abord, d u danger. Elle l’est aujourd’hui et sa convalescence permet de former pour elle de grands espoirs et de bâtir de réconfortants projets de réalisations. L’effort généreux, pour a -teindre avec prudence et sagesse le but que nous nous sommes assignés.doit se poursuivre ans I union volontaire et réfléchie de tous les Français, dont les yeux sont tournés vers la '-m.è. e du progrès social, c est-à-dire vers la diffusion la plus large possible du bien être à à totalité des citoyens. Mais, pour arriver à ce but magnifique. la Démocratie ne peut compte. que sur le groupement méthodique, réfléchi, discipliné de toutes ses forces réunissant en

une organisation harmonieuse et rationnelle la somme de toutes les volontés individuelleset éparses, volontairement enrôlées sous une discipline intelleotuelie et morale sans laquelle il n'est pas de résultat.

Sans doute il appartient à la collectivité de se créer et de poursuivre un idéal de justice sociale. Plus que toute autre nation, la France a toujours fixe son regard de ce côté. Mais pour que eet idéal no demeure pas une chimère insaisissable, il faut quTil procède d’une conception à la fois généreuse et pratique* Un plan rigoureux s’impose, un devis est nécessaire qui doivent mettre en face les unes des autres les ressources et les dépenses, la production et la consommation, ces deux facteurs inséparables et dont l’ union indispensable échappe précisément aux théoriciens du socialisme et du communisme. Laissons ceux-ci à leurs rêves.

Je veux bien admettre, et très largement, que certaines solutions peuvent sortir des circonstances mêmes et qu’il y a de telles ressources dans le jeu des forces naturelles, tant de vigueur impérieuse, tant de réserves réparatrices dans l'effort d’un organisme qui veut persévérer, que nous pouvons compter sur une efflorescence magnifique parce que les moyens d’action dont nous disposons aujourd’hui pour aider la nature sont immenses, sans comparaison possible avec ceux dont pouvaient user nos devanciers, La caractéristique essentielle de noire temps est la prise presque illimitée que, par une prévision réfléchie et réglée, l’homme peut s’assurer sur les énergies spontanées* L’organisation, cette organisation dont on parle tant à propos de nos anciens ennemis, qu1 est-elle au fond sinon la mise en œuvre extrêmement avertie de techniques supérieurement développées, rationnellement ordonnées par une forte discipline les tournant vers des fins d utilité commune ? C’est donc à organiser, suivant cette conception, les merveilleuses richesses de notre pays que devra s’attacher la législature de demain*

La crise agricole :

Or, de toutes ces richesses* la plus négligée, la plus) retardataire, est assurément, nous devons bien le reconnaître, l’agricuitfre* Gonflée d’admirables possibilités d'avenir, l’agriculture subit pourtant une des crises les plus sérieuses et les plus injustes quelle ait jamais traversées. Faute de pouvoir être mis en valeur, ses trésors restent inexploités par absence de main-d’œuvre. Quantité et qualité de la matière première sont gravement atteintes et le sol de France, si riche, en arrive à ne plus se suffire à lui-même. La terre sc dépeuple, la dénatalité eLla mortalité infantile y sévissent cruellement, tandis que le fonctionnarisme et l’usiûe, formidables pompes aspirantes, congestionnent les grandes cités en vidant les campagnes.

Comment arrêter le mal ? En empruntant à la ville ses méthodes d'attirance et de séduction, en donnant à la campagne l’attrait, le confort que tous, citadins et ruraux, poursuivent aujourd’hui : lumière par une vaste électrification, santé par une intelligente hygiène, agrément par l’organisation de distractions auxquelles l'art cinématographique sagement appliqué pourrait apporter son élément de plaisirs sains et moralisateurs. Dans cette voie, rien n’a été fait pour ainsi dire. L’initiative privée seule, mal secondée, jamais encouragée, n’a pu jusqu’ici obtenir de résultats satisfaisants.

Que dire en ce qui concerne plus particulièrement notre région Rlayaise,de notre principale culture, celle de la vigne ? Peut-elle progresser réellemen t si l’on n’enseigné pas a nos jeunes gens, dès Fécole, les nouvelles méthodes ampélographiques et œnologiques qu’il est indispensable, pour la réputation de nos vins, de substituer aux routines surannées ? Toute production est devenue de nos jours scientifique elle progrès nous pousse : ne lui tournons pas le dos et marchons avec lui. Mais unissons-nous pour cela. Nos efforts isolés resteraient infructueux ; cherchons notre force clans TarmaLure syndicale, dans la Mutualité agricole, dans le Crédit rural, celte institution de premier ordre dont l'Etat devra, par une large participation budgétaire, encourager et faciliter le fonctionnement et le développement sur une plus vaste échelle en confiant aux Chambres d’agriculture, corps aujourd’hui sansâme parce

que sans ressources, la gestion financière d'importants. crédits destinés à l'agriculture locale .

Comme au temps de Sully, labourage et pâturage seront toujours, tant quelle vivra les d eirx m a me 11 es ? ü e 1 a France. Jamais, nous ne produirons trop, jamais, dans notre pays, là surproduction* agricole ne sera- génératrice des dangers que pourrait y créer au contraire, une surproduction industrielle en disproportion avec les lois économiques du pays et du monda. Notre exportation agricole ne subira jamais les crises de notre exportation industrielle et les produits de notre sol trouveront toujours à l’étranger des débouchés quc 'ne t ton ver O rît parf aussi a rsement nos produits iiidüàtrielri.

Il faut énergiquement dénoncer sur ce point la perfidie alu socialisme essayant do dresser, comme en une nouvelle Jacquerie, les ouvriers des villes contre les travailleurs dés champs, alors que l'intérêt de ces deux immenses catégories de citoyens est au contraire dans une union profonde, parce que consommateurs et producteurs, sont, à un égal degré, tributaires du marché national dont les uns sont les pourvoyeurs et les autres lès, clients' Sur ce marché non pas seulement national mais international, le vin se place immédiatement comme une valeur économie de premier ordre; valeur de consomma lion directe ou valeur ^échange, il constitue l’un des liens les plus étroits entre le monde des campagnes ci le monde des ailles, grandes ou petites.

L'organisation deTBtat ;

La production et la prospérité agricoles n’ont pas que des vertus économiques et eom, merci aies, Elles exercent, encore sur les finances nationales une influence politique certaine. Cr'ïülnüO d'éoareae, une amoülLiirft nmsnidw nniee.,™.. - 1 1 ,

matériel, soit dans l’ordre intellectuel, qui sont l’ossature vitale en même temps que le luxe et la grâce d’une grande nation .comme la France. Le « bas de laine « français qui a permis de tensr si longtemps la guerre', doit ù nouveau permettre d'organiser la paix daim là sécurité, dans 1 ordre et dans la richesse acquise. C’est grâce à cette fortune publique., qttf avait fait, jadis de la France le « banquier du monde « que les grands problèmes sociaux

Problème de l'école unique dans le sens de la gratuité de l’enseignement secondaire

et supérieur, mais non dans le sens du monopole ;

Problème de la réduction du service militaire dont les obligations inéluctables portent ant de trop longs jours préjudice à l’activité économique du pays, étant entendu que k use nationale ne devra pas souffrir dune plus large substitution de l’imoAl fiscal

Ftlîlfl mi ±

Problème de la prévoyance, de l'assistance, des assurances sociales dont les données à heure présente, sont à peine posées et qui doivent se résoudre, pour atteindre leur bot

d humanité, en de larges réalisations que et actuels.

n’ont pas encore permis nos budgets passés

privées; la question de la liberté de conscience, qu’on lien visage au- point <1*

Tue politique ou religieux et dont les facteurs se ramifient jusque dans les grandes question* modernes de la séparation des Églises et de 3 État, de 1 enseignement etc., eu un mot, dans toutes les questions qui ont à leur base le principe de liberté.

Pour s'organiser positivement, F État devra faire table rase de ses méthodes surannées et formalistes à l'excès, qui heurtent si malencontreusement les nécessités et les condition* de la vie actuelle et qui en retardent le mouvement plus rapide. Il devra s’inspirer de* exemples de l'initiative privée, plus souple, plus attentive à révolution des idées et des choses, plus productrice de résultats pratiques et féconds. Dans cette tâche de réformatioa administrative, L’État pourra s’entourer utilement de conseils professionnels techniques, émanation des diverses branches de F activité du pays, lesquels, s’ajoutant aux Chambres de commerce et aux Chambres d’agriculture, viendraient se synthétiser en une sorte de Conseil national économique dont les consultations et les lumières seraient au plus haut point précieuses pour le Parlement dans sa législation agricole, industrielle, commerciale, douanière, maritime.

On n’aura garde d’oublier, dans cette réformation, les fonctionnaires, rouages vitaux de la puissante machine. Le statut qui leur a été promis depuis longtemps déjà, devra fixer de façon précise leurs rapports avec F État, quant h leurs droits eL quant à leurs devoir* Leurs traitements devront répondre au travail que l’on exige d’eux et leur permettre de vivre dans la dignité que leur commande la fonction d’autorité ou de gestion dont ils sont investis.

Sans tarder, la réforme judiciaire devra trouver son perfectionnement dans l’extension de la compétence des juges de paix, dans l'institution du juge unique au siège des anciens tribunaux, toutes choses qui auront pour résultat de rapprocher du justiciable une justice dont ils sont d’autant plus éloignés que tout notre système actuel de communications est encore, pour ainsi dire, à Fétat rudimentaire. Tout un programme est attendu pour l'industrialisation des P. T. T., F extension des réseaux ferrés, la création de services automobiles postaux, l'amélioration et ta création de routes, etc.

L'État moderne ne peut plus se contenter des formules et des moyens de l’État d’hier, de l’État souverain et pourvoyeur, de l’État nourricier. Son aide patriarcale aux citoyens doit sc transformer en collaboration quasi-scientifique, diversifiée suivant les mille et un besoins d’une nation où tout doit être étudié, prévu, ordonné en vue d’une harmonie étroite entre les classes de la société, entre le.capital et le travail, entre la production et la consommation. A coté de la coordination des faits basée sur l’expérience matérielle et dirigée vers l’avenir, U faudra faire jouer F expérience de la psychologie politique résultant pour la démocratie de la pratique du pouvoir. L’autorité, certes, est la condition nécessaire de tout gouvernement quel qu’il soit ; mais 1 État n’est plus ce un homme » et une véritable science gouvernementale a remplacé les méthodes précaires des gouvernements personnels. Des exemples féconds de cette méthode objective que nous préconisons nous ont été donnés par des pays dont le sens réaliste s fait la fortune rapide et nous devons tourner sur ce peint nos regards attentifs vers les États-Unis d’Amérique où semble avoir été trouvée la formule sinon définitive, du moins très perfectionnée, de La collaboration de tous les éléments sans exception qui constituent la vie d un pays.

La question monétaire ;

A cette transformation, prudente sans doute, mais inéluctable de la nation future, trouve dès maintenant rattachée, par le fait des événements, la question monétaire dont la gravité n’échappe à personne, question d’autant plus complexe qu’elle touche à la fols au passé et à l’avenir. Au passé, car l’État qui est, -au fond, un honnête homme, ne saurait* sans manquer à son contrat, remplacer par du papier dévalorisé 1 or d avant guerrer A l’avenir, car le crédit de demain pour l’État dépend de la scrupuleuse bonne foi avec laquelle il tiendra ses engagements. La confiance engendre le crédit, mais le crédit ne peut çx ister sans la confiance.

Il faut donc envisager une prochaine stabilisation monétaire s’appuyant sur des formules conciliatrices, sur de justes compensations qui aboutiraient non pas, sans cloute, à une stabilisation achevée, maïs qui nous conduiraient par étapes, par paliers sagement établis, à une revalorisation graduelle du franc, de ce franc que le Président du Conseil et. le Ministère d'Union nationale ont, en 19:26, sauvé de la chute irrémédiable. L’établissement de ces paliers qui n est, au surplus, qu'une affaire d'opportunité et de science financière, sera, cependant, indispensable pour donner à l’économie nationale la sécurité don* elle a besoin dans ses opérations industrielles et commerciales, au dedans comme au dehors.

D’autre part, tout à côté du problème de stabilisation, se place celui de la dette flottante dont M. Poincaré a commencé déjà de régler le rythme amortisseur. D antres Pavaient tenté avant lui sans beaucoup de succès. Le Président du Conseil, nouveau libérateur du territoire, a su, dans le respect de la stricte légalité, sans dictature et sans secousse, dégager la France de P étreinte financière qui 1 étouffait et aérer son lourd budget dans les rassurantes conditions que Ton sait.

La paix :

Comme à k stabilisation monétaire, le Gouvernement c le demain devra s’attacher à îa .stabilisation de la paix. C'est par la route de Loearno, c’est par les assises internationales de Genève, c’est par le régime des pactes de non-agression, de garanties et d’arbitrage ; par faction du Bureau international du Travail et Y Institut de coopération intellectuelle, par les grandes conférences économiques que le monde entier, enserré dans un réseau pacifique de plus en plus étendu, de plus en plus chargé d’obligations juridiques et de liens moraux, s’éloignera de plus en plus de l’idée de guerre pour s'installer de plus en plus dans l’idée de paix illuminée par l'idée capitale de sacrifices mutuels, de concessions réciproques par lesquels on s acheminera vers un idéal commun de liberté, d’affranchissement des hommes, d’affranchissement des peuples, dans la justice et le droit.

L’isolement des nations n’est plus permis; il n’est plus possible. La vie internationale prend chaque jour un aspect plus rationnel, plus méthodique, plus contingent* L’époque contemporaine ne se paye plus de mots, elle veut des faits. Elle veut la paix, la paix dans Je travail et la sécurité.

Ainsi les nations envisagent une ère de prospérité. La France, qui n’a subi la guerre que pour défendre le droit, est à la tête de celte nouvelle croisade. Ge sera, dans f histoire des peuples, son honneur et sa gloire.

En participant à cette volonté de réalisations, vous en aurez, mes chers concitoyens, votre part. Vous permettrez, par votre sagesse politique, cette éclosion de réformes dont je viens d’esquisser les grandes lignes et dont je me ferai le défenseur ardent et convaincu si vous nie faites l’ honneur et la confiance de m’envoyer au Parlement.

Blayais de race, profondément, attaché à ma petite patrie, reflet radieux de notre grande V rance, je resterai avec vous en contact permanent, écoutant vos aspirations, vos suggestions, vos conseils, me penchant vers vos désirs et mettant à les faire aboutir toute mon énergie et tout mon cœur.

Tel vous me connaissez, tel je serai demain...

Emile GELIJE

Candidat de Concentration républicaine*

lre Circonecripticn de BORDEAUX*

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