M. QUESNEL
Elu au premier tour de scrutin* — S. 741 voix*
Mes chers Concitoyens ,
Appelé pour la première fois, il y a vingt-sept ans, b représenter notre arrondissement, je viens vous demander de me renouveler le témoignage de votre confiance*
J’ai conscience d’en être toujours digne, et si des attaques incessantes ont pu abuser des délégués sénatoriaux qui ne pouvaient en contrôler les véritables motifs, la cordiale insistance de mes amis à me recommander de poser ma candidature m’a prouvé que vous êtes prêts à en faire bonne justice*
Aussi bien, je suis, comme vous, un terrien de notre beau pays de Gaux : vous avez suivi toutes les étapes de ma carrière, et les affectueux encouragements qu’en maintes occasions vous m’avez apportés n’ont fait que resserrer les liens qui nous unissaient, sans détruire jamais l’harmonie qui existe encore entre nos aspirations, nos intérêts, nos opinions*
Ainsi furent facilitées et mieux comprises les explications qu'au cours de cette campagne, j'ai données sur mon passé, bien que j’aie la conviction que pour vous elles étaient superflues*
Elles ne me dispensent pas cependant de vous exposer brièvement mon programme.
Politique intérieure .
Républicain, je le suis, je l’ai toujours été, mais demain comme hier, je nenV associerai à aucune mesure qui soit de nature à restreindre la liberté et l’égalité des citoyens quels qu’ils soient, quoi qu’ils pensent*
La Liberté, je la veux, pour tous, sans exception, dans le droit commun et j’estime que la loi ne doit jamais être une arme aux mains d’un parti pour en restreindre la jouissance.
La Paix intérieure ne peut être définitivement acquise à ce pays, qui a tant souffert des divisions, qu’à la condition que notre législation reconnaisse à tous les Français le droit d’exprimer leur opinion, le droit de participer aux exercices de leur culte, le droit d'enseigner s’ils en sont jugés capables et dignes, sans que l'Etat s’en constitue jamais un monopole.
Et à ce sujet, pour qu’aucune équivoque ne subsiste sur mes sentiments, je tiens à déclarer que mon approbation sera acquise à toute modification de nos lois, jugée nécessaire, parce que j’estime que le rôle essentiel des parlementaires consiste, dans l’ordre moral, comme dans Tordre économique, de les adapter aux courants de l’opinion en perpétuelle évolution.
Pour résumer d’un mot, je suis un partisan résolu de cette Union Nationale que nous convie à réaliser M, Poincaré. C’est elle qui a toujours inspiré tous mes actes, et vous avez ainsi la garantie que j j resterai fidèle*
Politique extérieure.
J’ai toujours pensé que la sécurité de notre Pays ne pouvait reposer que sur une armée suffisamment préparée et armée pour prévenir toute attaque,
Je le crois encore et j’estime qu’il ne nous sera pas possible d’entrer plus avant dans U voie du désarmement, tant que les autres Nations n’auront pas donné des gages suffisants d’une loyauté égale à la nôtre, de leur désir de paix durable.
Je n’en souhaite pas moins vivement que soit continuée la politique de rapprochement, qui tend à supprimer toutes les causes de confiif, mais ele&t une œuvre délicate dont les buts seulement sont esquissées et dont les moyens de réalisation sont encore insuffisants.
11 sera plus nécessaire que jamais de ne point suivre nos naturelles tendances à la générosité pour exiger que soient données aux organismes destinés à assurer la Paix, définitive toute leur efficacité.
C’est dire ^qu’en exigeant toujours le maintien des garanties néccessahres et le respect des traités, j’appuierai, avec le vif désir quelles aboutissent, toutes les tentatives faites pour nous délivrer à jawais dos horreurs de Ja guerre.
Politique financière.
Le gouvernement d’Union Nationale a pu, dans la confiance restaurée, ébaucher F oeuvre de redressement qui a produit déjà dTheureux effets.
Je lui avait donné toute ma confiance et tout mon appui ; ils lui sont toujours acquis.
Il est nécessaire que PElal donne l’exemple du respect des engagements, qu’il n’effrave jamais l’épargne par les menaces de projets inspirés de théories dangereuses mais, au contraire, qu’il persévère dans une politique d’amortissement de nos dettes, raisonnée et continue, grâce aux économies qui permettront de réaliser une sage compression des dépenses, un plus judicieux emplois des recettes et un scrupuuleux équilibre du budget.
Seule, la Paix intérieure, assurée par la trêve des partis, lui permettra (T entreprendre un vaste programme de réorganisation administrative, qui nous évitera des mesures prises hâtivement, aous la pression des événements, pour aboutir à des économies fictives.
En lui assurant la stabilié, elle lui laissera ia possibilité d’assurer notre monnaie contre les fluctuations du change et de codifier notre fiscalité pour la rendre plus équitable, mieux répartie.
Aux impôts indirects qui pèsent plus lourdement sur les travailleurs et les familles nombreuses, devra être substitué un régime fiscal mieux équilibré .et la taxe sur le chiffre d affaires devra etre transformée ep taxe à la production^ pour ne plus mettre en état d'infériorité les petits commerçants.
Adversaires des monopoles, je m’associerai à toute mesure qui en rendra rexploitatiofi à 1 initiative privée» à la condition que soient respectés les droits acquis à leurs agents.
J 'accorderai enfin .tout mon appui au Gouvernement pour qu’il obtienne de nos allié* un règlement plus équitable de nos dettes de guerre, sur la base d'une plus scruptâfôtftf reconnaissance des charges qu'elle noue a imposées.
Politique sociale *
La stabilité financière nous permettra d’aborder une politique sociale mieux définie et plus efficace*
Elle doit, à mon avis, s’inspirer du grand principe de îa fraternité, et non pas de la lutte épuisante des classes.
Elle doit d abord et surtout viser à protéger la famille* favoriser l’accroissement dû I*
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natalité, accorder aux familles nombreuses T aide effective à laquelle Leur donne droit la part plus grande qu elles prennent à la prospérité du pays et à sa défense.
Elle doit favoriser l’épargne et l'accession du travailleur à la propriété,
GesL ainsi que j'étudierai avec une plus attentive sollicitude boutes les mesures tendant k l’extension du crédit immobilier, des offices d'habitations à bon marché, des allocations am familles nombreuses* du sursalaire familial.
La loi sur les assurances sociales, votée hâtivement, ne peut être qu’une base de discussion pour aboutir à une institution qui, laissant une large part a l'initiative privée, en amoindrira les charges tout en protégeant effectivement je travailleur contre les épreuves de la vie.
J'estime, en effet, que l’Etat doit toujours jouer un rôle de tuteur bienveillant à l'égard des déshérités de la vie, depuis leur enfance, pour la préserver contre les fléaux qui la menacent* jusqu a la vieillesse, pour lui assurer le repos dans la dignité.
Si tous les travailleurs ont droit à une égale sollicitude de l'Etat, la population maritime de nos côtes, en raison des conditions particulières de son existence* a le droit d’attendre de ses représentants un souci plus vigilant de la défense de ses intérêts.
U est juste de fournir à nos marins le moyen, comme à tous les citoyens, de participer aux consultations électorales, par l’institution d'un mode de vote sous pli fermé par procuration.
Les dangers qu’ils courent journellement justifient la création d'une récompense spéciale destinée à consacrer leur valeur professionnelle,
Mon appui et mon vote sont acquis aux projets tendant :
1Q A «créer des retraites proportionnelles aux marins âgés de 50 ans, ayant déjà un nombre d'annuités de navigation ;
2° A réorganiser les services d'assurances des marins contre la vieillesse, le décès* les risques et les accidents de leur profession,
$° A créer un supplément de navigation hauturière ;
4Ü .A instituer et développer le crédit maritime mutuel.
Politique économique.
Le rôle de l'Etat consiste à défendre la propriété sous toutes ses formes et à accorder également son appui et sa protection à toutes les branches de T activité,
ïl doit, par conséquent, répudier toutes les mesures d’exception qui seraient susceptibles, soif de les dresser les unes contre les autres, soit d’apporter des entraves à leur expansion.
La diminution du coût de la vie ne peut être obenue que par l’abondance de la production ; tous nos efforts doivent donc tendre non seulement à ce qu elle couvre tous nos besoins pour nous libérer d’onéreuses importations, mais de contribuer par des exportations toujours assurées à revaloriser notre monnaie et à garantir le travailleur contre le chômage.
Pour l'industrie, la révision de notre tarif douanier, encore incomplète, doit assurer une protection plus efficace pour qu'elle puisse lutter contre la concurrence étrangère,
La libre circulation des capitaux doit favoriser son approvisionnement, la stabilité des changes doit lui permettre d'établir ses prix, sans craindre les imprévus de la spéculation- La mise en valeur de notre domaine colonial lui fournira les matières nécessaires et le développement de renseignement technique une main-d'œuvre expérimentée.
Pour le commerce, la loi sur la propriété est une garantie dont la nécessité n est .plus
discutée, mais dont les modalités doivent être aménagées de façon à ne plus créer d'hosti* lité entre le propriétaire et le locataire.
L’impôt sur les bénéfices commerciaux doit être aménagé de façon à ne pas imposer aux petits commerçants des complications dans 11 administration de leurs affaires, de même que la répression nécessaire des spéculations illicites ne doit jamais entraver la liberté du commerce, par des mesures d’exception ou des taxations arbitraires seulement admissibles pendant les périodes de crise.
Le libre jeu de la concurrence garantit mieux le consommateur contre l'élévation anormale du prix de la vie qu’un régime de taxation pratiquement inapplicable dans la plupart des cas.
L’agriculture est aux prises avec des difficultés multiples que l’Etat doit l'aider à surmonter *
La liberté de la vente et de l’exportation des produits agricoles doit être définitivement acquise.
Notre régime douanier, sagement révisé, leur assurera une protection suffisante pour que le cultivateur elle travailleur de la terre trouvent une rémunération équitable de leur labeur* L’abondance de leur production garantira plus sûrement la diminution des prix que l'abolition des droits de douane, qui aurait pour conséquence de la réduire et de nous livrer à la merci des importateurs et des spéculateurs*
La fiscalité rurale* plus que toute autre, a besoin d’être revisée.
Si le régime du forfait pour le payement de l'impôt sur les bénéfices agricoles a pour avantage de soustraire les cultivateurs aux complications d’une comptabilité impossible à tenir, il a pour inconvénient de laisser a leur charge, dans les années déficitaires, un impôt sur des bénéfices qu’ils n'ont pas réalisés.
Pour le rendre plus rationnel, il suffira de procéder à une révision du cadastre qui réparera les erreurs sur lesquelles reposent les évaluations par suite de transformations de« terres et par 1 application d un coefficient variable pour leur tenir compte des bonnes et dos mauvaises années.
Le développement des coopératives, du crédit agricole, de renseignement professionnel et ménager, 1 action des chambres d agriculture, 1 exonération des droits de douane sur les engrais ont déjà retenu toute mon attention et bénéficieront de mon appui,
tous mes efforts tendront également à rechercher les mesures les plus efficaces pour retenir à la terre les collaborateurs indispensables à notre agriculture, tout particulièrement celles qui auront pour but d’assurer aux familles nombreuses le bénéfice du sursa^ îaire familial et la création du bien de famille, l'extension rapide de l’électrification de$ campagnes,
D une manière générale, pour permettre à notre production nationale de se développer, je rechercherai les mesures tendant à lui faciliter les moyens de transports et de les améliorer, de leur créer des débouchés sur les marches étrangers et dans nos colonies, en associant nos représentants et nos administrateurs plus étroitement à notre politique économique.
Mes chers Concitoyens,
Je vous ai tracé à grands traits le programme dont l’exécution s’imposera à vos représentants.
Je n’oublie pas ce que sont en droit d'en attendre les anciens combattants* Si la situation n a pas permis de donner satisfaction à toutes leurs réclamations, elles méritent toujours d être retenues, et je m associerai à toutes les propositions de nature à les faire plus rapidement aboutir, en leur attribuant le droit de priorité qu’impose la reconnaissance que leur doit le pays qu’ils ont sauvé.
Je m’associe de tout cœur aux revendications contenues dans les cahiers de la France
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meurtrie en souhaitant que, toujours unis, ils restent sourds aux sollicitations de la politique qui divise.
Aussi bien, notre pays en a trop souffert, pour que mon premier souci ne soit point, la bataille terminée, si vous me renouvelez votre confiance, de mettre à la disposition de tous mon dévouement le plus absolu*
Hier, je fus de ces associés fidèles et persévérants de l'œuvre entreprise par M. Poincaré auxquels il a récemment témoigné sa reconnaissance* Je n'ai pas d'autre ambition que de la mériter encore, persuadé qu'ainsi j'aurai bien défendu vos intérêts et bien servi la France et la République.
Louis QUESNEL
Ancien sénateur* — Ancien député.
Chevalier de la Légion d'honneur. — Croii de guerre.
Maire de Baons-le-Comte.
Conseiller d'arrondissement du canton dTerviile.
Président du groupe syndical agricole et de la caisse cantonale du crédit dTerviHe. Candidat d’Union nationale républicaine.
(Alliance républicaine démocratique).