M. BARON
Elu au deuxième tour de scrutin. — 5.827 voix*
Mon cher Concitoyen,
Le Congrès républicain du 12 février 1928 a estimé que l’on devait adopter la tactique des candidatures multiples pour que toutes les fractions de notre grand Parti puissent défendre au premier tour leur programme et sunir au second tour pour battre le candidat de la droite que vous reconnaîtrez tous, malgré son maquillage et son déguisement.
Je me suis engagé, si j’étais désigné par mon parti, à observer strictement la discipline républicaine; et à cela, je ne faillirai pas.
Le même jour, un Congres radical et radical-socialiste, présidé par M. le sénateur Roger Deltbil, ayant à ses côtés deux de mes collègues au Conseil général, m’a désigné comme son porto -drapeau aux élections du 22 avril.
Je suis fier de la confiance que me témoignèrent ce jour-là tant de militants désintéressés, et les chefs qu’ils avaient placés dans presque tous les cantons à leur tête. Je n’ai pas 3a prétention de croire que c'est à cause de mes mérites personnels qu’ils me la donnèrent, mais je suis persuadé que c’est la rectitude de ma vie publique, déjà longue et exempte de toute compromission ou faiblesse, qui les déterminèrent ce jour-là.
Placé dans un coin de Quercy, que les Delpech, les Bru, et mon père arrachèrent par une lutte longue, patiente, de fous les instants, à 3a réaction, j’ai suivi et je suivrai pieusement. les exemples de ces hommes modestes à qui îa Démocratie doit tant.
Soldat discipliné, j’ai lutté depuis plus d’un quart, de siècle à côté de tous nos grands chefs qui ont honoré et honorent la Démocratie de Tarn-et-Garonne.
Cette discipline, je l’ai observée malgré le navrement de l’ami tié, quand, le cœur gros, mais sans faiblesse, j’abandonnai celui dont j’étais le modeste lieutenant et qui avait été pendant longtemps l’ami fidèle de mon père, pour soutenir avec toute l’ardeur de ma jeunesse M. Chaumeil au deuxième tour de scrutin de mai 1906,
J’aî toujours vécu à côté des humbles, des petits industriels, des petits commerçants* et surtout à côté des travailleurs des champs. J’ai partagé et leurs joies et leurs peines; je connais leurs désirs et leurs légitimes revendications.
Si je suis un laïque convaincu, je suis aussi un libéral impénitent, respectueux de toutes les croyances* Je l'ai prouvé durant les quinze années que j'ai passé à la mairie de Lauzerte,
Mon programme, vous le connaissez: c'est celui du Parti radical et radical socialiste; programme précis, sans équivoque, de liberté, de solidarité, de progrès et de paix.
Mon parti est l'adversaire de toutes les dictatures, que ce soit celle d’un homme, d'une classe, d'une puissance économique* Il défend le régime démocratique qu'il a contribué à établir dans le pays. Aussi éloigné du facîsme que du communisme, il repousse les conceptions dangereuses qui tondent à placer l’Etat sous la dépendance d'une féodalité financière et économique,
Pour qu'il n’y ait point d’équivoque, je dois cependant m'expliquer sur quelques points :
Ce que vous avez voulu avant tout en 1924, ce que vous voulez encore avant tout, c’est la paix ; Me plus voiries horreurs de la guerre. La majorité des élus de 1924 avec Briand, Herriotet BoncourH a tenu les promesses faites : Grâce à elle, l'œuvre de paix est commencée. Londres, Locarno, Genève, marquent les grandes étapes. Mais cette construction est encore fragile : le moindre vent soufflant de droite peut la jeter bas. Les élections de France seront suivies à quelques mois à peine par les élections générales et en Allemagne et en Angleterre, Si vous élisiez une Chambre de droite, forcément à tendance impérialiste, et au delà de la Manche, et au delà du Rhin, la réponse viendrait immédiatement et la paix serait menacée. Fervent patriote, je suis convaincu que pour avoir la paix, il faut préparer la paix et non la guerre. Mais dans Tétât de l'Europe et du monde, le désarmement coiunlet est un rêve ou plutôt une duperie. Il nous faut une armée, mais une armée à conceptions modernes* La Chambre expirante a voté le service d'un an, La crainte de l’électeur a poussé les adversaires les plus acharnés de la réforme à la voter. Si vous voulez que le service d'un an soit appliqué, vous devez choisir des hommes qui, comme ceux de mon parti, le veulent sans arrièrepensée.
Partisan de la liberté de conscience, et attaché à la laïcité effective de l'État, mon parti ne tolérera pas que Ton porte atteinte aux lois fondamentales de 1901 et de 1905*
Une société basée sur l’inégalité ne peut vivre, car toujours elle sera menacée par la Révolution* Nous ne sommes pas les adversaires de la liberté de l'enseignement qui stimule l'émulation, mais nous voulons faire rentrer dans la réaliLé l'école unique, c'est-à-dire l'école pour tous, qui permettra aux enfants du peuple, si déshérités soient- ils, de recevoir T instruction complète, tant secondaire que supérieure, et mettra fin au régime des bourses, souvent injuste, toujours insuffisant,
Je crois que le principe de la propriété individuelle convient seul à l'état actuel intellectuel et moral du peuple français* Je crois que la théorie de la lutte des classes est non seulement une erreur, mais une faute* Mais des temps nouveaux sont venus. Les travailleurs de la terre, de Tusine, ont droit à plus de justice. L'association, la coopérative, le syndicat, sont entrés d’une façon définitive dans l'organisation sociale actuelle* Non seulement je ne puis admettre que l'on touche aux lois sociales de la IIIe République, mais encore j'estime qu'il y a lieu de développer le mouvement cooperatif et syndical en le maintenant dans la légalité*
La Chambre, au moment de se séparer* a voté la loi sur les assurances sociales telle qu'elle lui était renvoyée par le Sénat* La droite, devant l'altitude de M* le Président du
Conseil, nra pas osé arrêter la réforme. Eïle compte prendre demain sa revanche. Certes cette loi n'est pas parfaite. Il faut ïa compléter et la modifier. Telle qu’elle, elle est cependant une œuvre de justice nécessaire. Mais si les partis de gauche étalent battus en avril, la loi, j aimais ne serait appliquée.
Faciliter l'accession de la propriété aux travailleurs des champs, la participation aux bénéfices aux travailleurs de Tu sine, mettre tout au moins sur le même plan le travail et le capital, telle est l’idéal de mon parti.
Partisan des monopoles d'Etat, je veux également, qu’un contrôle s'exerce sur toutes les industries qui bénéficient d'un monopole de fait,
An point de vue financier, nous ne pouvons énoncer que des principes, la situation dans laquelle nous nous trouvons, résultat de la guerre, oblige souvent à modifier les méthodes. Les moyens employés par M. Poincaré pour rémédier à la crise n'étaient pas absolument ceux préconisés par mon parti. Faute de majorité à gauche, la Chambre qui vient de disparaître était restée impuissante. Comme la plupart des Français, je suis reconnaissant à M. le Président du Conseil d’avoir puj continuer le redressement commencé, d'avoir pu, grâce à son autorité, sa fermeté et son talent, créer une majorité, juguler la spéculation, éloigner pour jamais, espérons-le, le spectre de la banqueroute.
Le programme financier de mon parti est bien simple : mettre fin au plus tôt au cours forcé du billet de banque qui engendre l’affolement des changes et facilite la spéculation ; permettre à la Banque de France de rembourser ses billets à guichet ouvert à un taux qui, sans ruiner le petit rentier, n'entraîne pas la fermeture des usines et le chômage. La stabilisation devra être faite de façon que ceux qui donnèrent de l'argent à la Nation menacée ne soient pas spoliés, tandis que les mauvais Français qui firent passer leur or à l’étranger conserveraient leurs biens, souvent acquis aux dépens du pays. On doit avoir de moins en moins recours aux impôts indirects qui frappent l'ensemble des consommateurs, c'est-à-dire tous les pauvres gens; on doit modifier et remplacer au plus tôt. l'impôt sur le chiffre d'affaires. Dans l’impôt direct, on doit différencier les produits du capital et du travail ; diminuer les impôts do mutation, gêne qu'on ne peut supporter, et enfin trouver les ressources dans la répression impitoyable de la fraude,
La Chambre de 1019 eût pu peut être réaliser l'impôt sur le capital, alors que les gros capitaux se trouvaient encore en France et que Ton pouvait à peu près établir le montant des fortunes individuelles, surtout celles provenant des bénéfices de guerre. La Chambre de 19d4 na pu le faire; la Chambre de 1928 ne devra pas le faire. L'impôt sur le capital ne pouiraït plus frapper que la propriété rurale, le petit rentier, l’industrie moyenne, le petit épargnant; la grosse fortune, avec ses comptes et dépôts à l'étranger est insaisissable.
L'impôt juste entre tous, celui de mon parti, c’est l'impôt global et progressif sur le revenu.
La progression en matière d'impôts, c'est la justice, aussi bien clans l'impôt sur le revenu que dans 1 impôt sur les successions. Mais au sujet de l’impôt sur les successions, il faut un large dégrèvement à la base; autrement ce serait la mort de la petite propriété rurale.
Je n oublierai jamais ce que noos devons aux mutilés de guerre. La France a envers eux une dette que nous devons payer.
No 3814
Sollicitant l'honneur de représenter une circonscription surtout agricole, je vous dois des explications très nettes. Il est nécessaire d'arrêter l'exode rut al, de développer T électrification des campagnes, de poursuivre une politique d’engrais à bon marché, d’encourager la sélection des semences, de favoriser toutes les administrations foncières, de doter les offices agricoles et les chambres d’agriculture des ressourcesnécessaires à leur bon fonctionnement, de diminuer les tarifs des chemins de fer pour le transport des produits agricoles et nécessaires à la culture, il faut développer le crédit agricole, favoriser les syndicats, instituer un enseignement pratique qui n’éloigne pas le paysan de la ferme. Il faut surtout mettre fin à ce grand mal social : l’incertitude du lendemain, en créant, les assurances agricoles qui devront devenir un chapitre de loi sur les assurances sociales.
Mon cher Concitoyen,
En rétablissant le scrutin d'arrondissement, les Chambres ont voulu, à juste Litre, rapprocher l’élu de r électeur pour la défense des intérêts locaux.
Je m’attacherai à développer la production et Importation des chasselas, fruits et primeurs qui font la fortune de notre région. Je défendrai les éleveurs et les producteurs des céréales. Je poursuivrai mon œuvre d'électrification des campagnes, soucieux seulement de réalisations possibles et immédiates, m’efforçant d’éviter que les usagers, communes ou particuliers, trompés par telles ou par telles sociétés, soient un jour exploités par elles.
Je m’efforcerai de développer et de perfectionner nos moyens de transport, permettant aux habitants des campagnes de porter leurs produits aux grands marchés, au premier rang desquels je place Montauban, Casteisarrasin, Moissac et ^ alcncc.
Pour retenir les habitants à la campagne il faut donner un peu de joie à la vie : les sociétés sportives, de chasse, de pêche, comme celles qui groupent les intellectuels et les artistes, pourront cire assurées de mon dévouement.
Citoyen ,
De h extrême gauche à l’extrême droite, tous les partis semblent se liguer contre le Parti radical-socialiste, ce qui prouve bien qu’il est fort et que son programme répond aux vœux de la nation. Mais eu l’attaquant, ils lui empruntent son programme, seul défendable, avec la bien réelle pensée de ne pas l’appliquer.
Vous ne vous y tromperez pas : Vous savez où sont vos véritables amis.
Vous ne vous y trompez pas non plus lorsque nos adversaires nous cniprutcnt notre cri de ralliement, que je poussa moi i\ la lin de ces trop longues explications, avec loi et du fond du cœur.
Vive la République laïque, démocratique et sociale î
Vive ht circonscription de Moissac !
îi/nExxiî BARON
Cheviller de !a Légion d’honneiir.
Maire de Lauiertr.
Conseiller général de Tarn-et- Garonne.
Circonscription de MONÎTAUBAN.