I. — Avant le mandat
Boursier de la Martinique, issu de cette population admirable qui tend à s'élever sans cesse par le travail et l'intelligence, comment n’aurais-je pas, toute ma vie, aspiré à me rendre digne de l'aide repue, puis à m'acquitter de ma dette, à seconder, à mon tour, mes compatriotes ? ~
Aussi bien, et je tiens à le dire tout aussitôt, par dessus le «entîment que j’ai eu si haut cependant, du grand honneur que m’ont fait mes concitoyens en m’élisant Député, je dois peut-être placer la plus profonde, la plus intime satisfaction qui m'a été donnée pendant l'exercice de mon mandat, celle de m’être aussi souvent que l’occasion m'en a été offerte, chaque jour puis-je dire, et pour des milliers d’amis connus et inconnus, employé à des interventions individuelles. Ce crédit, ces prérogatives, cette autorité dont j’étais investi par chacun des citoyens de ce Pays, j'ai consacré tout mon effort à en répartir à tous les concours. Si j'ai pu, ainsi, servir l’intérêt collectif parle nombre même des cas particuliers qui m’ont paru appeler cet effort, aucune récompense ne me comblera davantage
Ma profession ne m’avait-elîe pas préparé à accueillir cette mission de défenseur de la collectivité dont il est l’élu, qui n'est pas la moins délicate et la moins lourde lâche d’un représentant du Peuple ?
Avocat à la Cour de Paris depuis plus de trente ans, j’ai constamment défendu les causes du droit, de la justice, del idéal démocratique et social inscrit danscetle Déclaration des Droits de l’ Homme qui pour nous, Martiniquais, plus peut-être encore que pour les Français de France, est la charte de notre libération !
C’est, sans doute, parce que mon labeur, ma persévérance avaient appelé l’attention
bienveillante de mes concitoyens sur ma carrière, qu'ils me donnèrent cette investiture de 1924 si noble pour moi. Mais c'est aussi, je puis le croire, et surtout, parce qu'ils savaient que toute mon affection, mon dévouement pour eux, pour la petite patrie, prenaient naissance en moi non pas seulement dans une fraternité de fait, mais dans le cul Le même de toutes ces grandes idées républicaines de liberté et de progrès dans Tordre moral et matériel dont je n'ai jamais cessé d’être le serviteur»
Ils savaient quelle part ardente j’avais prise à la bataille des idées que la démocratie a menées pour les droits de l’homme, les droits du travail, la laïcité, renseignement, l'assistance sociale.
Ils savaient ma collaboration constanLe à la Ligue des Droits de l’Homme et depuis vingt ans à son comité cenLrai avec les Pressensé, les Anatole France, les Ferdinand Buisson, les Seignobos, les Àulard. . .
Ils n’ignoraient pas que toujours reconnaissant de ses bienfaits à la France qui libéra nos pères, j'ai pensé que Celle pour qui nous élevions nos fils nous doit et leur devra toute sa libération intellectuelle et sociale dont 1 évaluation propice de ses méthodes éducatives et politiques la dote elle-même.
Ils n Ignoraient pas, mes concitoyens, que partout où je pouvais servir la Martinique, on me trouvait :
Au Comité consultatif du Commerce, de l'Industrie et de l'Agriculture aux colonies, à cette société d’assistance « La Solidarité Coloniale. »
Ils savaient mou attitude au front, aux années pendant la grande guerre, et partout où je pus m'employer pour mes compatriotes sous les armes, comme è ce comité d’Àide et d'Assislancc Coloniales, que je fondai dès le début des hostilités et qui secourut si efficacement les Martiniquais et les originaires de toutes nos colonies.
Rien ne leur avait échappé de l'opportunité des oeuvres que je réussis à créer : le Dîner de la Canne à Sucre fondé depuis 1901 et où les Martiniquais peuvent, suivant T ex pression de Tun de nos Présidents, notre compatriote, M* Lenard, conseiller à la Cour de cassation, « venir faire chaque mois une cure d'air natal » ; le Comité de défense des intérêts généraux de la Martinique, où je soutenais, dans la capitale, les efforts de la petite patrie, où j'évoquais pour la première fois les immenses bienfaits de ce crédit agricole que je devais, plus tard, et aujourd'hui encor e5 réclamer aux Pouvoirs publics pour notre pays, que j'ai pu voir décider en principe et que j'obtiendrai en fait ; enfin, 1 Institut colonial français, cette grande association depuis reconnue d’utilité publique, véritable synthèse des élites iiaÜbnVdes, qui, avcÿleur président, Vnm\ va l 1 n l'n ] ü -fl e bi R c u n ion, M inisl re
de la Défense Nationale pendant! h guerre, m’ont élu vice- président délégué générât: -
C'est là que m'a trouvé l’appel de mes compatriotes, quand je venais ainsi de faire adopter par les personnalités les plus notoires de l'activité française, un programme de soudure étroite des énergies de la métropole et des France d'outre-mer et que, avec mon ami, V. Rasquel, le très distingué Président de la Cour de la Guadeloupe, je venais de publier un pieux monument du souvenir aux enfants des colonies, de la Martinique d abord, glorieusement tombés pour la Patrie, aux morts, aux blesses, à tous les vaillants de la grande guerre : le livre d'or de l'effort colonial français pendant la guerre.
C'est là que je venais de créer un groupe de défense des rhums coloniaux, où se canalisaient aussitôt toute la documentation, toute Faction dispersées, relatives à cette grande industrie, richesse de notre grande Martinique et de ses sœurs, où, suivie au jour le jour, la question du contingentement devait permettre plus tard les réalisations que Ton connaît, et surtout les premiers gestes d'équité envers les petits, les sacrifiés.
IL — - Le mandai.
L'homme que j’élais lors des è1 actions de Î924, ses électeurs le trouveront semblable, je veux le croire, absolument, à celui qui s’arrête à la veille des élections de 1928, et avec eux, se tourne sur le sillon par lui creusé, avant et pendant cea quatre années de législature.
Comment d’abord ne pas répéter au souvenir de cette période et de son inoubliable début, ce que je proclamais deux ans plus tard le 23 août 1926, dans une réunion à la Martinique : « C’est l'orgueil de ma vie d’avoir été appelé par l’élite de ce pays pour me mettre au service de tous ! C'est ma fierté d’avoir été désigné « malgré moi » pour assurer la défense de vos intérêts au Parlement ; c’est mon honneur d’avoir rempli ce mandat consciencieusement et suivant la meilleure formule démocratique. »
Politique générale :
Ainsi que je le disais encore à cette même occasion, j'eus la chance, dès mon arrivée au Parlement, de retrouver là de nombreux collègues avec lesquels* depuis trente ans, j'étais en relations au Palais, et de développer ainsi, heureusement, d’anciennes amitiés dont j'ai essayé de favoriser mes compatriotes.
C’est, sans doute, ce concours de circonstances qui m’a valu d’être élu vice-president de la Commission de législation civile et criminelle et secrétaire de la Commission des colonies, à la Chambre des Dépuiés et d’être appelé comme président à diriger les travaux de la Commission supérieure des archives coloniales qui comprend des hommes tels que MM. Langlois, memere de l’Institut, directeur général des archives nationales, Duchêae, conseiller d’Etat, directeur des affaires politiques au Ministère des Colonies, Vidier, inspecteur général des archives départementales, Prou, membre de l'Institut, directeur de TEcole des Chartes, Poussier, archiviste paléographe au Ministère des Colonies.
À ce titre, divers rapports me sont échus : par exemple sur l’Etat-héritier, sur la création de tribunaux de commerce dans les colonies, sur la cession des câbles télégraphiques, sur la liberté individuelle, sur l’immunité parlementaire, sur la réorganisation de 3a magistrature métropolitaine, etc. ♦ . , etc, . .
J'ai expliqué le 23 août 1926, et tout dernièrement encore, en janvier 1928, comment j'avais été amené h soutenir \o Cartel jusqu’au jour où la scission, la désunion affir¬
mées irréparables au sein des parties q uflê- ébnsüf uàient^ la Franera entrevu le 20 juillet 1926 laiîanqueroute et la ruine.
À l'instar de tous ceux qui plaçaient au-dessus de tout l’intérêt supérieur de la France, j'ai soutenu alors le Ministère Poincaré, après avoir contribué à constituer fin ter-groupe de salut national qui, par ses 330 adhérents a assuré enfin, à la Chambre, la majorité stable sans laquelle aucun Gouvernement n’eût été viable. M. Poincaré n avait-il pas d'ailleurs la collaboration dans son Cabinet des chefs les plus notoires et incontestés des anciens groupes du Cartel à l'exception des socialistes — MM. Painlevé, Ilerriot et avec eux M. Briand ?
J’ai conscience d’avoir, ce faisant, servi la démocratie martiniquaise en servant la démocratie française. Car, l’ascension vertigineuse du dollar n'affectait pas seulement la métropole, mais encore toutes celles de nos possessions soumises plus ou moins directement à l’action de cette devise étrangère en raison de leur position géographique.
Et je pouvais donner sans réserve mon appui au Cabinet, dès lors que M. Briand y poursuivait sa politique de paix européenne, politique de Locarno, politique des accords complétée par toutes les mesures propres à fortifier la Société des Nations et a assurer la Béfense Nationale.
J'ai soutenu aussi Je Ministère dans sa lutte contre le communisme qui constitue, cela est incontestable, un danger de guerre, comme il pont se aux désordres et aux troubles intérieurs eu voulant désorganiser la vie de la Nation*
À’ u j o u rd ’li ni , 1 ? ex p é rien c e Poinc ar eon s e n t ie , d’ail Je u rs , par no m b r e de r. ad i eaux e t d e socialistes eux^memes, est faite : la situation est rétablie, le budget est en équilibre. Dès 1927, il présentait un excédent de recettes appréciable taudis que, dans le même temps, la confiance renaissait et que le franc sc revalorisait peu à peu. L3 encaisse-or de la Banque de France donne h cette situation une assise solide. La France paye à guichets ouverts ses bons de la Défense Nationale sans risque de surprises d'aucune sorie. Lin peu d'air pur a pénétré partout et la nation apaisée poursuit, saloir un rythme régulier, sa marche vers ta prospérité, son commerce générai reflétant éloquemment le degré de cette prospérité, la réalité de cette tr a n q u i 1 1 i Lé gé n é r a 1 e e n B u r e r o n q u ise au x prix d 1 e fïorl s inouïs. L’heure ? S1 àp pro ch e où de tou te s les patries d'outre-mer, la France ne fera plus qu'une grande Patrie mondiale, où grandiront les races évoluées, où Je labeur dans l’ordre et la paix concourra avec l'initiative et le capital, au développement d’une prospérité économique et d'un progrès social immenses, grâce à nos colonies*
Qui songeriît k me blâmer du soutien que j'ài apporté au Gouvernement actuel? j'ai agi, même si je devais avoir tort, sur l’avis, non seulement de ma conscience mais de mon amour du pays. N'est-ce pas lui qui m'a dicté mon attitude dans la question du remboursement des dettes interalliées? Elles constituaient, au regard même de la Martinique, une . menace singulièrement grave, A défaut de la ratification de l'accord Mc 11 on -Béranger, la cession de certaines dès terres françaises d’outre-mer aurait été envisagée. Je l'ai alors crié et je le répète une fois de plus : nos vieilles lies ne sont pas des terres de proie ; elles sont, et doivent demeurer selon 3a pensée de Jaurès a des lambeaux de la Patrie palpitant sous d’autres cieux, »
Politique locale :
Noire pays natal a retenu plus spécialement certaines de mes initiatives pour des facteurs essentiels de son progrès, de sa sécurité morale et matérielle.
Deux surtout et d abord :
a) L'application à la Martinique de la législation sur les accidents du travail*
7>) La répartition du contingent des rhums.
Par ïcüro, en date du 11 octobre 1926, le Ministre des Colonies m annonçait que la loi sur les accidents du travail entrerait en vigueur le 1er janvier 1927, dans notre pays, ainsi qu-à la Guadeloupe et a la Réunion.
On a pu écrire que c’était là une date dans notre histoire «■ une émouvante conquête des races évoluées qui ont donné au pays une élite d’hommes remarquables dans tous les domaines ».
Comment a-t-elle pu s'accomplir ?
Je voudrais citer tout entière une brochure éditée en 1926 par l'Institut coloriai français, L'auteur retrace l’histoire de l'initiative que j'ai cru devoir, avec un sentiment profond des nécessités sociales qui la commandaient, mettre à l'élude dès les débuts de cet organisme en 1920.
Ou ne pouvait aborder un tel sujet, sans trop d investigations^ de consultations, sans le concours de juristes consommés, d?esprils avcrLis de toutes les réalités do la vie d'outremer, A ma suggestion, l'Institut- colonial procéda h une vaste enquête. Des rapports furent établis, discutés, des vœux émis, toute une élite dirigée par mon grand ami, M. la bâtonnier Meimésson, me donna le concours de son approbation de son action. Notre chère petite
patrie émît, ■elle-iinêine* par la voix de ses, corps constitués, des vœux qui vinrent appuyer oes efforts.
Les Commissions des colonies à la Chambre et au Sénat s’émurent. Le Ministre .des Colonies fit mener une enquête parallèle dans les colonies intéressées par les autorités locales, auprès des commissions ; consultatives du travail, des chambres de commerce et d’agriculture! de commissions spéciales composées d’employeur s et de- travailleurs.
J’étais entré à la Chambre et, depuis le 2l mai 1024, je ne cessais de pousser à la réalisa tLon de ce projet qui m’était si cher. Le 16 mars 1925, j’avais la joie d’apprendre par le président de Ja Commission ides colonies et le président de l'institut colonial, que virtuellement, l’application de 3a loi était acquise, ,car le 2 avril.W|25iy le Conseil d’Elat -avait approuvé un vaste projet présenté par le Ministère des Colonies,
Dès i lors, les .échos ne tardèrent pas. à venir jusqu’à moi de la joie réelle de la fraction intéressée de la population. Dans la presse, dans des letLres particulières, dans des réunions nombreuses, partout, s’affirma le sentiment profond de ce que cette réforme comportait de bienfaisant pour la classe du travail. Un Martiniquais, un ouvrier, m’écrivait qulil était « heureux et fier pour son pays; de le voir choisi .pour point de départ de celle ère bienfaiv sanie dans la protection du travail aux, colonies, » et m’en remerciait dans des termes qui m’allèrent au cœur.
Celle voix, il m’a semblé qu’elle Iradisait l'immense ; sa tisfaction de tous . ces hommes qui, chaque jour, donnent au travail leur santé, leur jeunesse, qui chaque jour font au pays un ;peu Tplue de: richesse avec . leurs bras, avec tout .L'effort de leur être.
Son écho ne s’éteindra jamais au fond de moi. À la pensée que le travailleur démon pays peut. désormais compter que sa peine est assurée contre tous des risques, doutes les aventures, contre tout déni de justice et toute erreur, je ressens une sérénité, une fierté infinies.
La répartition du contingent des rhums :
J'ai écrit plue haut, qu’avant même d'être élu, g>vais^ au sein d’un gnoupe.de défense d^s rhums coloniaux^ réuni tout ce qui pouvait contribuer à préparer une action qun je sentais nécessaire < dan s. ce domaine immense d’une inclust rie, source de travail ;ei de bienêtre pour notice pays.
LaJoi de 1 922 avait créé le contingentement des rhums. J. 'avais jpu m’élever moi-même, avec toute la production, avec les travailleurs eux-mêmes, contre cette législation limitative, arbitraire à notre égard. Elu, je savais depuis longtemps que toute discussion était devenue vaine,, que les colonies nom me Ja Fiance avait trouve leur compte dans un régime avérLéd -usage excellent dans ses effets au ju u v d 1 h 11 1 c ôlmj^a aX&^Iq u s ertRconîesLés.
Cependant, moi qui. savais quel conflit social ce contingentement, par le fait de k répartition des quantités attribuées à la Martinique, la plus grande productrice de rhum, pouvait y susciter, je ne suivais: pas sans la plus vive anxiété l’évolution du système ainsi instauré.
Les événements montrèrent que je n’avais pas tort de me tenir sur mes gardes et de .rester être item eu. tin formé de tous les éléments du problème.
À la suite d’un rapport qualifié -de- «f tendancieux »;par mon collègue et ami fîarthe, et dont j’ai écrit ce qu'il contenait d’imputations injurieuses contre notre pays et ses travailleurs, rapport fourni au Ministre des Colonies par l’inspecteur des colonies envoyé en mission sur ses ordres à la Martinique, un décret inacceptable venait compromettre la paix sociale et l’équilibre économique de notre Martinique.
J’intervins immédiatement auprès du chef du Département, induit en erreur par ses subordonnés, par un inspecteur pressé, partial, et un gouverneur tout aussi dépourvu de sûreté et d'équité de jugement.
Je pus déterminer ~ j ai écrit de quelle façon — L’arbitrage du Président de la Commission des: boissons de la Chambre.
Ce que fut cette sentence, rendue par un parlementaire dont on sait toute T autorité, il faut bien que je le redise, puisqu'on semble avoir oublié, et is enthousiasme avec lequel fui accueilli Fun des meilleurs serviteurs de la démocratie, et le bienfait reçu par les modestes, les petits, les sacrifiés*
À fous ceux-ci qui n'avaient jusqu'alors que des contingents dérisoires, 300, 400, 500,
1 *500 litres, à ceux qui n'avaient rien, je demandai qu'il fût accordé un minimum de 5*000 litres d'alcool pur*
C'était, pour moi, la certitude de faire couler un peu de ce grand fleuve d'or du contingentement stabilisé vers les déshérités et les humbles. C'était la certitude do développer cette petite propriété rurale qui doit être et qui est un des éléments de F équilibre social et du bien-être des masses populaires à la Martinique.
Je ne pouvais admettre ces extrêmes, si prodigieusement éloignés Fun de Faotre, que notre grande industrie et notre population martiniquaises voyaient consacrer par Fini qui té dTune répartition abusivement gonflée par en haut, étranglée par en bas*
L’arbitre ne put dépasser la dotation minimum de 3.700 litres* Mais, pour moi, qui savais ce que sont les difficultés d'existence à la Martinique, pour moi qui les avais^ jusqu'à 20 ans, partagées, ce fut un bonheur que de songer à Famélioralioii apportée par ce minimum à bien des familles dans la gêne*
Un peu de bien-être dans tant de foyers malheureux jusqu’ici, comment ne pas s'eu trouver enrichi dans sa conscience, récompensé dans sa peine I
Par ailleurs, combien d’iniquités redressées, de « sacrifiés » rétablis dans leurs droils l
J'ai expliqué tout cela â la Chambre en retirant mon interpellation, puisque j'avais satisfaction*
JTai dit à mon pays, maintes fois, et dans tous ses détails, toute mon action, sa signification, ses résultats* J'ai comparé chiffre par chiffre tout ce que la répartition obtenue comportait d'avantageux pour tous par rapport à celte qui se préparait sur la foi d’un rapport intolérable.
J'ai exécuté plus tard à la Chambre les responsables de l'œuvre néfaste qui, après avoir failli introduire un scandale fauteur des pires conséquences dans le calme d'un pays laborieux et confiant, prétendaient y créer une situation si trouble que les habituels profiteurs des agitations ainsi créées se fussent trouvés sans peine accéder à leurs fins*
Le Ministre a lâché son Inspecteur, rendu un décret conforme à l'arbitrage de M* Barthe, déplacé son gouverneur et l’éminent Président de la Commission des boissons, rentré en France s'est attesté pour la Martinique, s'est proclamé dans de retentissantes manifestation! publiques, un fervent, un dévoué ^ ^rk Martinique.
J’ai recueilli pour re m e r ci eîneS t s de mon œuvre une violente campagne d'outrages, des haines et des hostilités avouées ou secrèLes* Qu'importe ? <t J’ al œuvré, pour « ce rapprochement des extrêmes qui atténuera l'inégalité des conditions, donnera au tra- « vaïlleur plus d’aisance, plus de garanties, et permettra à la valeur, au mérite, de se tailler « leur place au soleil »,
J'ai ruiné la stabilisation des injustices existantes, sauvé les sacrifiés, élargi le sort des petits,- allège les charges des modestes. Que la plupart dos grands privilégiés de F Usiné m'en veuillent, ne me pardonnent pas d'avoir agi dans le souci des humbles, soit : le jugement des autres me suffira ; je crois à la justice, je crois au cœur du peuple.
Le crédit agricole à la Martinique :
Je Fai dit au début de ce compte rendu ; j’ai poursuivi l'application du crédit mutuel agricole bien avant mon entrée à la Chambre.
Cette institution salutaire pour le petit cultivateur, j'ai à cœur de la voir, de la faire fonctionner à La Martinique* Elle n'en est pas loin, j'en ai reçu l'assurance et mes efforts n’auroiit pas été vains ; mais, il y a là une qu es Lion d'une ampleur qui, de même que Fap-
plication de la législation sur les accidents du travail, appelle une persévérance, une ténacité d’action appuyée sur une préparation étendue.
L’aide aux familles nombre uses :
Dès le début de la législature, j’ai songé à agir de manière que le Gouvernement se préoccupât enfin de sauver du besoin nos magnifiques foyers martiniquais qui, selon Tanërenne tradition, se peuplent si volontiers d'un nombre respectable d’enfants.
Je sentais qu en raison même du nombre de bénéficiaires martiniquais éventuels, 1 Administration se montrerait hésitante à décider d’étendre à notre colonie les dispositions de la loi du 14 juillet 1013. Je n en étais que plus résolu à obtenir celle application en faveur des familles de notre département. Je me suis adressé au Ministre des Colonies i plusieurs reprises pour lui demander d envisager Fextension à la Martinique des avantages combines de la loi et des dispositions plus libérales encore en vigueur à Paris,
Finalement, j ai eu la vive satisfaction d’aboutir ; des instructions ont été données par M. Léon Perrier dans le sens que je souhaitais ; d’autre part, le Conseil général de la Martinique, convaincu dû bien-fond a. bien voulu prendre une résolution favorable au projet ; enfin, une enquête a été ouverte dans toutes les communes .pour déterminer le nombre des bénéficiaires éventuels.
Comme ceux-ci ne pourront se prévaloir des dispositions envisagées qu autant que leurs enfants seront légitimes ou reconnus, « les chefs des familles irrégulières domptant toutes difficultés, se hâteront de régulariser leur situation. Ainsi, j'aurai la grande joie de voir incessamment toutes les familles de mon pays pourvues de cette assistance désormais obligatoire, qui honore ceux qui ont assumé la redoutable tâche de fonder un foyer français.
J en dirai autant d ei charges de famille pour les fonctionnaires : combien rrfia-t-il fallu* de démarches pour, obtenir que le personnel local bénéficiât de ces justes avantages destinés à permettre aux pères de famille, de subvenir aux besoins des leurs.
Égalité des traitements des fonctionnaires. — - Leur retraite :
Ce sont dçs préoccupations du même genre qui m'ont guidé encore lorsque j’ai instamment prié le Ministre de faire traiter enfin le personnel local et le. personnel des municipalités à la Martinique de la même façon que les personnels similaires de la Métropole, Mes interventions d ordre général en faveur des diverses administrations et des divers ser^ vices de la colonie, mes interv^ntiôn^part^ulj^es eq faveur dr rnr^dnjyL jrd il>m>îfir^>i l'irnT" “$||S*connus ou violés procédaient de celte même p r é o ec u p atî ô n 3e justice et de dignité, notamment en ce qui concerne l’amélioration des soldes et du supplément colonial,
\ ous connaissez, par ailleurs, mes multiples démarches en faveur do la magistrature et des auxiliaires de la j ustice, du personnel de l’enselgnem entr du trésor, des secrétaires généraux, des postes et télégraphes, des douanes, des travaux publics, des contribution s,? des transports, d un mot, de toutes les administrations et de tous les services coloniaux* locaux et municipaux.
Personnel municipal :
Et, puisque j’ai parlé du personnel des municipalités également, quTü sache bien quer je renouvellerai mes démarches tendant à l’amélioration de ses traitements et de ses retraites sur lés memes bases que dans la Métropole, tant que je n'aurai pas reçu, pour eux, pleine et entière satisfaction.
Constamment, le législateur métropolitain s’est préoccupé, au cours de la dernière législature, du sort de ces si utiles fonctionnaires. Je veux que, constamment aussi, le législateur colonial s'en préoccupe de ia même façon. ,
Caisse mlercoloniale:
Et ceci m'amène, par voie de conséquence, à parler de la Caisse intercoloniale des retraites* Cette institution, h la vérité, joue de malheur ! Un conflit de principe a opposé dès F origine le Département des Finances et celui des Colonies : fallait-il admettre, dans les sommes allouées au titre de la solde, îe supplément colonial pour le calcul du chiffre servant de hase à la pension?
M. Léon Perrier, naturellement, a répondu par l'affirmative* Le Département des Finances, au contraire, qui n'a pas une juste conception de ce qu'est le supplément colonial, a répondu par la négative. Le Conseil d'Etat est saisi du conflit depuis des mois et des mois.
J’ai reçu l'assurance qu'il allait, enfin, se prononcer et j'en ai profité, pour adjurer à nouveau le Ministre des Colonies de défendre âprement son point de vue devant la Haute Assemblée*
Quoi qu'il en soit, voilà une question irritante, angoissante, qui n'est pas encore résolue.
Personnel de la Compagnie générale transatlantique:
Je viens, en outre, de renouveler, à Paris, mes précédentes démarches en faveur da personnel local de la Compagnie générale transatlantique, si digne d'intérêt à tous égards. J'ai eu du directeur général, lui-même, M* Tellier, la promesse que la question serait examinée avec le plus vif souci de la justice et de l'équité*
Anciens combattants :
Les anciens combattants ont été l’objet également de toute ma sollicitude ; je n'ai jamais oublié, et je ne pouvais, d'ailleurs, oublier, la dette sacrée que ïa France a contractée vis-à-vis dfeux. Non seulement j'ai voté d'enthousiasme toutes les lois qui apportaient quelque compensation à leur sacrifice sans prix, maïs encore, dans toute la mesure de mon pouvoir, j'ai appuyé les desiderata de ïa Fédération à chaque occasion.
Ces démarches d'ordre général, ont été complétées de démarches particulières chaque fois qu'un cas particulier justifiait une intervention-
Cette règle de conduite, elfe a été mienne, au surplus, pas seulement vis-à-vis des anciens combattants, pas seulement vis-à-vis des fonctionnaires et des militaires, mais encore vis-à-vis de tous ceux qui, à un titre quelconque, avaient à signaler une injustice à réparer. Une erreur à redresser, l'opportunité d'une aide en faveur d'un faible, d'un déshérité, d'une victime de 1' ordre social*
Tel est, rapidement esquissé, le compte rendu de mon mandat, de mes travaux, de’ mon labeur dans leurs parties qui — pour éviter de trop longs développements — doivent retenir plus spécialement I1 attention des électeurs à la veille de ïa consultation électorale* Je ne veux pas mettre io point final à l’évocation de ces quatre années, à cette récapitulation d'un rude effort poursuivi sans parti pris contre quiconque, avec toute ma loyauté, sans donner une fois encore, comme je l'ai fait dans tous mes discours à la Martinique, une pensée douleureuse, un souvenir profondément ému à toutes les victimes des troubles électoraux de 1925*
Beaucoup de mes adversaires politiques, avec qui j'avais gardé des relations personnelles, les dirigeants de l'un des plus importants syndicats des fonctionnaires on je n'ai pas toujours compté que des amis, ont connu les grands efforts que j’ai faits en janvier et en février 1925 pour arriver à atténuer le conflit qui mettait aux prises une partie de la Martinique, notamment le monde des fonctionnaires, avec le gouverneur Richard* Ài-je trouvé chez les intéressés la confiance, le soutien qui m'eussent permis de pousser mon ini-
— 1699 — No 3814
tiative jusqu’à son résultat utile ?. * * je ne fais que poser la question. Je ne me dérobe à aucune responsabilité.
J’ai demandé en janvier 1925 à ceux des maires qui étaient des adversaires d’être reçus par eux. Ils s’y sont refusés* S'ils avaient accepté de s'entretenir avec moi, la situation dans son ensemble n eût-elle pas cto plus j udicieusem eut examinée et peut-être dès lors heureusement résolue ?. *
Mais la passion étant dans tous les esprits, comment eut-on pu prévoir pourtant que la lutte dût être à ce point âpre, que le so! de notre Martinique dût être baigné du sang de ses enfants ?
Et quelle douleur d’avoir à évoquer ainsi dans notre pays des souvenirs trop fréquents de ces scènes sanglantes dont les répercussions et les prolongements ne Font que retarder les conquêtes de îa démocratie*
En vingt ans^ c'est un maire, ce sont trois conseillers généraux, ce sont d'humbles enfants du peuple qui jonchent de leurs cadavres le champ des batailles politiques.
Certaines haines nées de ces tragiques événements semblent s’être apaisées* Ne trouvet-on pas réunis dans 3e même parti, la même politique, certains hommes qui s'étaient jetés les uns contre les autres avec une extrême violence à l’occasion du meurtre de Siger ?
Tant mieux, lorsque les passions et les colères désarment ! Après ïa guerre la paix I
Mais j'ai, moi aussi, le droit de crier que ce n’est pas en suivant les suggestions mauvaises de ceux qui attisent les haines pour satisfaire leurs ambitions que la démocratie martiniquaise réalisera ses fins toujours contrariées par les batailles entre les fils du peuple*
Gérault Richard a exploité ces sentiments de colère dans ITle-Sœur, Nous savons de quel prix, de quelles larmes la Guadeloupe a payé la tragique expérience.
Les formations politiques du passé sont aujourd'hui rompues. L'oligarchie usinière détentrice des richesses immenses veut être servie, elle ne pardonne pas aux hommes que nous sommes de poursuivre la conquête des droits auxquels peut prétendre le peuple qui sou lire.
L'heure est venue de choisir et les circonstances facilitent le choix — entre les haines qui se perpétuent au profit de la richesse et la formation massive de toutes les forces popuau profit, de ceux qui peinent.
J ai dit, j'ai écrit, je répète que je n’ai ni haine, ni rancune, ni préjugés contre quiconque, la Martinique entière sait que j’ai accueilli sans distinction de race, d'opinion, amis et adversaires qui m’ont honoré eu s'adressant à moi.
J’ai mis au service de 3a Martinique toute ma personne et tous mes moyens*
Mon mandat, chacun peut m’en demander compte. Je lui répondrai, l'âme sereine ; « Ma vie et ma carrière répondent do mon mandat. J ai vécu, j’ai peiné pu»*» iL^rrrrri 7F7 ma patrie et de mes frères. Qu’à son tour mon mandat me réponde delà fidélité ei de la confiance de la Martinique »,
J’ai le droit de dire à notre paya que je reste à son service et d’espérer que dans mon passé, mes compatriotes trouveront la garantie que je servirai avec de la foi républicaine, de la loyauté et du dévouement.
Alcide DELMONT
Avocat à la Cour d’appet de PaHa.
Député de la Martinique.
2e circonscription.